Lorsque tu dis que Quintana est à des années-lumière de son niveau 2013-2015, tu te trompes.Liam a écrit : 30 juil. 2018, 09:58 Je trouve les commentaires sur ce Tour assez durs. J’ai l’impression que l’affaire Froome et l’attitude de Sky font, malheureusement, pas mal de dégâts et empêchent les suiveurs de profiter du spectacle. Ce que je comprends et déplore à la fois.
De mon côté ça n’a pas été si désastreux que ça (et ça n’a pas qu’à voir avec le nom du vainqueur, je vous vois venir :p) en tout cas pas plus que les précédentes éditions. Voir mieux. J’ai globalement préféré cette édition à 2016 et 2017. Beaucoup de déceptions sur les étapes de plaine, visiblement, mais je ne les ai jamais regardé en entier pour ma part. Je prends l’antenne dans les 40/50 derniers kilomètres et ça me suffit. Pour moi ça a toujours été des étapes chiantes de tout temps. Pas plus maintenant qu’avant. On peut regretter que les échappées partent désormais trop facilement mais dans le déroulement global de la course ce n’est vraiment pas ce qui m’intéresse et sur ça que je vais juger. Je note quand même qu’on a eu un final de première étape très animé, avec beaucoup de tension et des chutes qui ont morcelé le peloton et fait perdre du temps à pas mal de leaders. C’était quand même assez intense. Le gros point noir de la première semaine (le seul à mon sens) sont les deux étapes Bretonnes, particulièrement Quimper, qui étaient bien tracé et qui n’ont pas excité les baroudeurs. Moi qui suis un peu plus la GFC que les autres, je ne comprends pas qu’un Vichot n’ait pas tenté le coup plutôt que de multiplier les raids en montagne. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, théoriquement il y aurait dû y avoir un paquet de coureurs intéressés pour faire la course ce jour-là. Ça c’était vraiment triste.
Concernant la montagne j’ai trouvé que c’était bien mieux que les deux dernières éditions. L’escamotage Romme/Colombière était scandaleux mais dans l’ensemble c’était quand même bien sympa avec du mouvement tous les jours. Sky a bien maîtrisé la course, ce qui a pu donner l’impression d’une course cadenassée mais il y a quand même eu pas mal d’offensives. Hormis l’étape d’ouverture, les Alpes ont quand même été bien exploitées par les favoris pour un premier massif, généralement assez amorphe, avec à chaque fois des offensives de loin de favoris et des dernières ascensions mouvementées. J’ai bien aimé ce qu’ont fait Valverde et Dumoulin sur l’étape de la Rosière et encore plus ce qu’a fait Kruijswijk sur celle de l’Alpe. Mention aussi à Bardet qui fait un beau numéro dans l’Alpe avec une attaque à 7 bornes de l’arrivée qui l’a obligé à se maintenir 15 secondes devant le groupe maillot jaune pendant 5 kilomètres. C’était risqué car il pouvait avoir le contrecoup en haut et il est allé au bout de son idée. Cette étape de l’Alpe était pour moi une des étapes de premier massif les plus enthousiasmantes de ces dernières années.
Les Pyrénées ont été dans la continuité des Alpes, une première escamotée (mais assez mal tracée) et deux dernières plutôt sympa. L’étape du Portet a été conforme à ce que j’attendais. Vu le monstre de fin d’étape je n’attendais rien des deux premiers cols. Pour autant il y a eu du mouvement d’outsiders et une belle accélération des AG2R dans Val-Louron qui a bien égrené le groupe des favoris. Et dans la dernière ascension ça a bien bataillé, tous sont passés à l’attaque. Forcément Sky en surnombre a maîtrisé son sujet mais les favoris ont fait la course. Quintana y fait à ce titre un de ses plus gros numéros sur le Tour. Et puis la dernière étape de Laruns a été très plaisante. A y réfléchir c’est la plus belle de montagne depuis 2015 et certainement une des 5-6 plus belles de la décennie. Ce jour-là, difficile de reprocher quoi que ce soit aux coureurs et d’attendre plus d’eux, ils se sont bien mis minables.
Voilà, ça n’aura pas été un Tour légendaire, mais quand même très sympa à regarder en ce qui concerne les étapes décisives. C’est ce que j’attends à titre personnel car j’oublie assez vite les premières semaines. Si je devrais comparer avec les Tours modernes (s’entend de la décennie) je dirais que c’est un Tour dans la moyenne haute. En dessous 2011 et 2015 mais au-dessus des autres et bien plus intéressant que les deux précédents.
Concernant les coureurs, un énorme coup de cœur pour Geraint Thomas évidemment, que je suis depuis tellement d’années. J’ai pas mal maudit son choix de se détourner des classiques, car je rêvais depuis 2014/2015 qu’il devienne le coureur le plus complet du peloton. Quelque part il l’est mais j’aurais aimé que ça se matérialise sur une même saison. J’aurais adoré le voir remporter un Ronde et la même année briller sur les courses par étapes montagneuses (on s’en rapprochait en 2015). Mais son choix de tout miser sur les GT l’en a empêché. Tant pis pour moi, tant mieux, il vient de décrocher le Graal, ce qui n’aurait certainement pas été possible sans s’y consacrer à 100% alors je lui pardonne volontiers. J’espère simplement qu’il va désormais revenir dans les Flandres et sur les pavés, je suis sûr qu’il a encore de belles choses à y faire. Wiggins n’a pas réussi son pari de remporter Roubaix en fin de carrière, j’adorerais que lui y parvienne.
Pour rester chez Sky, assez circonspect du chrono de Froome de la même manière que je l’étais de sa dernière semaine du Giro. Il donne l'impression d'envoyer les watts au moment où il en a envie et (surtout) besoin. Avant ce chrono il a quand même largement subi la course dans le dernier massif, semblait en bout de course et il sort le gros chrono qu'il faut au moment opportun. J'ai encore une fois un peu de mal compte tenu de ce qu'on sait de la dernière Vuelta et de ce qu'on imagine de son sursaut salvateur de fin de course. Que Roglic ait foiré son chrono est une chose qui ne lui est pas imputable, mais qu'il fasse jeu égal avec Dumoulin qui apparaissait bien supérieur et l'a, en outre, toujours dominé dans l'exercice en est une autre qui me met mal à l'aise. Les perfs de ses 3 derniers GT sont quand même bien difficiles à lire et à expliquer rationnellement.
Pour le reste, un peu déçu de ne pas avoir vu Phinney jouer sa chance sur les pavés, il semblait fort sur ce Tour. La présence d’Uran l’en a logiquement empêché. Mais il semble retrouver un vrai bon niveau physique. C’est le deuxième Tour qu’il boucle de suite, j’espère que ça va porter ses fruits dans les années à venir sur les classiques. En tout cas il me semble en progression et c’est inespéré.
J’ai bien aimé ce qu’a fait Bardet cette année dans des conditions et des circonstances peu favorables, il a bien assumé son statut. Il a fait la course de fort belle manière sur les deux étapes reines de ce Tour. Pas grand-chose à lui reprocher. Son résultat brut n’est pas révélateur de son niveau et de son investissement sur la course. On va dire que ça balance avec 2016. En tout cas il s’inscrit, dans la continuité de l’an dernier, comme un des meilleurs grimpeurs du peloton et ça c’est quand même très très fort par rapport à ce qu’il laissait entrevoir sur ses trois ou quatre premières saisons pros.
Les Movistar ont quand même bien bidé. Alors ils n’ont pas été épargnés par les circonstances mais quand même… Valverde m’a semblé très très loin de son meillleur niveau. Il a fait un début de saison tonitruant avec en point d’orgue un Tour de Catalogne de très haute volée mais depuis il est régulièrement dominé. Sa saison n’est pas blanche mais dans les très grands rendez-vous (classiques et Tours) il n’a rien remporté. Il lui reste une Vuelta et un Mondial pour accrocher une victoire de prestige à laquelle il était pourtant habitué. Son début de saison était-il son chant du cygne ? Je m’interroge aussi sur Quintana, dont le niveau moyen me semble à des années lumières de ce qu’il montrait entre 2012 et 2015. Il sort une très grosse perf au Portet mais sinon c’est laborieux. Il y a bien l’excuse de la chute pour l’étape de Laruns mais précédemment dans les Alpes il n’a absolument pas pesé. Quand on voit l’écart de niveau entre lui et Bardet entre 2013 et 2015 et où ils en sont aujourd’hui tous les deux ça laisse dubitatif. Landa a été au niveau globalement par contre même si on voit bien qu’en leader et sans circonstances favorables il est plus difficile pour lui de faire des écarts.
A contrario les Lotto-Jumbo ont fait une superbe course. Groenewegen en claque deux, Gesink a joué les échappées, Kruijswijk fait un des raids les plus impressionnants des Tours contemporains puis se classe Top 5, Roglic 4ème + 1 victoire d’étape pour son premier GT à jouer le général. Le bilan est ultra solide. Bémol sur les atermoiements du col d’Aubisque où il y avait certainement mieux à faire dans l’optique du podium, mais vu la douille que Froome met à Rogla dans le chrono, pas sûr que ça ait changé grand-chose finalement.
Chez GFC j’ai bien aimé ce qu’a fait Gaudu. J’avoue que jusqu’ici il me laissait assez indifférent, je ne saurai trop expliquer pourquoi mais là j’ai bien aimé. Je lui trouve un beau coup de pédale dans la pente, il semble toujours assez facile. Je suis sûr qu’il va beaucoup apprendre et que ce Tour va lui donner de la force. Il a manqué de caisse dans les fins d’étapes longues et a toujours explosé dans les derniers kilomètres mais il s’est bien accroché. Sur l’Alpe il est Top 15 à quelques virages de la fin mais finit à l’agonie. Sans surprise il va chercher son meilleur résultat sur l’étape sprint du Portet, où les qualités d’endurance sont moins mises à contribution. Il a matière à travailler et à progresser avec les données récoltées, c’est encourageant.
La comparaison avec Bardet n'est pas bonne pour une raison très simple: Romain est beaucoup plus fort qu'en 2015. Son entraineur prétendait qu'il avait progressé de 7°/° entre 2015 et 2016, et je suis pas sûr que le Bardet 2018 soit moins fort que celui d'il y a 2 ans, bien au contraire.
Seulement, y a des mecs qui étaient derrière eux et qui leur passent devant. La meilleure moyenne de Quintana en puissance/étalon de dernière ascension, c'est 415W, en 2016. C'est moins bien que le Nibali du Tour 2014 (417W, et sans vraie concurrence), et selon les chiffres de Portoleau, le gallois Geraint Thomas serait autour des 420W. Le niveau monte, monte, voilà tout. Même Bardet, qui a beaucoup progressé, va devoir cravacher pour rester en 1ère division. Pinot n'a jamais été aussi fort que lors du Giro 2017, mais il est dans le même cas que Quintana et Bardet. Y a des mecs qui progressent. Lors du dernier Giro, il affirmait que Pozzovivo était plus fort que l'an dernier, et que Simon Yates (avant sa défaillance du Jafferau) grimpait mieux que le Quintana du Giro 2017.
Pour moi, les Quintana, Bardet, Pinot et certains autres (Chavès, Mollema) appartiennent pratiquement au passé. Ces coureurs auront beaucoup de difficultés à remporter un GT, sauf parcours très adaptés (la prochaine Vuelta est idéale pour Nairo). Ce sont désormais Dumoulin, Froome et Roglic qui mènent la danse, en attendant confirmation pour Thomas. Et l'avenir appartient à Bernal, plus peut-être à Lopez, Carapaz et Simon Yates. Je peux me tromper (ça arrive régulièrement

