Super_Cuvet a écrit : 27 juil. 2017, 10:53
Il ne faudrait quand même pas réécrire l'histoire. Au soir de l'étape du Dauphiné 2016 à Méribel, pour les "Pinotistes" la messe est dite et leur chouchou a irrémédiablement distancé Bardet. Le premier a tout compris, le second a tout faux et le Tour ne ferait que confirmer un état de fait inéluctable.
Un an et quelques jours plus tard, la tendance s'est renversée ou tout du moins équilibrée.
Je veux bien être "Bardetiste" et si ce soir-là je tentais de défendre Bardet sous les quolibets d'une grande partie du forum, je n'oubliais pas que Pinot s'est toujours montré supérieur à Bardet jusqu'alors. Je dois aussi reconnaître que Bardet est en train d'atteindre un niveau que je ne le soupçonnais pas capable d'atteindre.
Même s'ils sont de la même année et qu'ils ont toujours couru ensemble, il y a des choses qu'il faut prendre en compte au moment des comparaisons. Bardet est de la fin de l'année, ça n'a guère d'importance maintenant mais ça en avait dans les catégories jeunes. Bardet est passé pro 2 ans après Pinot, il était logique que le second ait plus de résultats à la même période et il était un peu malhonnête de les comparer en 2013-2014 et prétendre que Pinot serait toujours devant Bardet (même si je suis surpris du peu d'écart qu'il y a entre eux aujourd'hui). On peut aussi prendre en compte le fait que Bardet ait fait des études, mais là je serai moins catégorique.
Pour en revenir un peu au débat sur savoir lequel est le plus sûr, je pense quand même que Bardet est un niveau au-dessus actuellement.
Déjà, la confirmation de son podium surprise sur le Tour 2016 est absolument énorme. Au niveau Français, c'est du jamais vu depuis des années. Et c'est le Tour. Je veux bien entendre que Pinot est super fort parce qu'il est bon partout sauf sur le Tour et que ce n'est pas si important, ce n'est pas vrai. Le Tour, c'est incomparable à tout le reste. Bardet est sur le podium protocolaire sur les Champs depuis 4 ans maintenant. Les craquages de Pinot en 2013, 2016 et 2017 sont bien réels (je suis gentil car je pourrai mettre 2015).
Les craquages de Bardet sont quand même limités et vite rattrapés. En 2012 il se blesse au Tour de Californie ce qui le prive du Dauphiné puis il fait n'importe quoi au GP de Québec (mais se rattrape à Montréal 2 jours après). En 2013 il se met la pression sur l'Amstel et la Flèche et se rate complètement avant de faire 13e à LBL. En 2014 il est une victime indirecte d'une chute sur Paris-Nice (Betancur est au même niveau que lui dans le peloton à ce moment mais de l'autre côté et passe sans encombre). En 2015, il doit abandonner le Tour de Catalogne malade. En 2016 il prend un gros éclat en Romandie. En 2017, il y a l'épisode voiture sur Paris-Nice, un Tour de Catalogne "moyen" et le chrono du Pays basque. Je vais quand même chercher loin certains craquages.
Je ne connais pas aussi bien la carrière de Pinot mais outre le Tour de France, je me souviens d'abandons sur le Tour de Suisse 2012 et la Vuelta 2014 peu "glorieux". Et si on veut être sévère, il a perdu quelques podiums ou belles places sur le dernier chrono : Romandie 2013, Bavière 2014, Romandie 2015, Suisse 2015 ou Pays basque 2016. Je rappellerai aussi le Critérium International 2015 où il subit la loi des AG2R...
Jamais pensé ça à Méribel, au contraire je trouvais ça inquiétant en vue du Tour (et lui aussi le savait déjà probablement).
Il est indéniable que Pinot étant plus "doué" à l'origine, et plus consacré pleinement au vélo, la différence était plus importante au départ et s'est réduite depuis.
Bardet "sur le podium depuis 4 ans" dont une fois pour le classement par équipes et une fois pour un titre de supercombatif au minimum contestable - et contesté à l'époque.
Mais oui deux podiums enchaînés c'est très fort, un plutôt opportuniste et bien joué, et un beaucoup plus convaincant sur le niveau atteint cette année, l'avenir dira s'il peut aller encore plus haut ou s'il a raté la chance de sa vie de faire mieux cette année, avec un alignement de planètes qu'il ne retrouvera peut-être plus jamais.
"Les craquages de Pinot en 2013, 2016 et 2017" oui, mais j'ai déjà expliqué pourquoi il était abusif de les mettre tous dans le même sac.
Leur répétition a cristallisé un certain blocage chez Pinot avec le Tour peut-être, mais aucun n'est imputable à une simple faillite physique ou mentale sortie de nulle part, et si on creuse un peu une analyse trop facile et même un peu paresseuse, les raisons sont à chaque fois différentes et en rien comparables.
Déjà détaillé pourquoi plus haut.
Les vrais échecs sont 2015 et 2016, il le dit lui-même, l'un bien rattrapé en fin de Tour, l'autre pas du tout.
Mais même avec des bonnes raisons, différentes à chaque fois, ça reste des échecs hein, le sport de haut niveau n'admet pas vraiment les excuses, et le cyclisme se joue aussi sur la capacité à programmer et gérer sa forme, ne pas tomber malade, ne pas tomber tout court, résister à la pression, etc.
Mais l'apprentissage passe aussi par là, nécessite de se prendre des gamelles, les failles ou erreurs identifiées ont été corrigées ou sont en voie de l'être.
Ce temps est révolu donc elles ne seront plus "pardonnées", mais il a répondu pleinement sur toute sa première partie de saison, et son Giro alors qu'il y jouait gros.
Pour les craquages, "subi la loi des AG2R" au CI c'est un peu fort, à croire qu'il était à la rue - il n'a pas su gérer alors qu'il était le plus fort, c'est un peu différent, c'était relativement inédit pour lui, il a corrigé et gagné l'année d'après.
Un peu limite aussi de ressortir tour de Suisse 2012 (tiens, il a plutôt bien rebondi juste après non ?) et la Vuelta 2014 où il souffrait trop et n'avait pas digéré son énorme Tour...
Et les chronos, ça lui a coûté quelques podiums, mais enfin il a largement progressé depuis, et ce n'est plus un handicap - et ça a même été une force en 2016 - et 2017 jusqu'au Giro.
Rien à voir avec les tirs qu'a pris Bardet (encore au Dauphiné aussi) qui sont absolument rédhibitoires.
Et il en a aussi quelques faillites physiques, mentales ou tactiques...
Mais c'est un peu absurde de toute façon de lister les craquages, surtout en allant chercher aussi loin, on peut remonter aussi aux années espoirs et juniors tant qu'à faire.
Ce qui compte c'est la dynamique d'ensemble, le "niveau moyen" tenu avec fiabilité et la courbe de progression qu'ils ont.
Et depuis leur installation parmi les meilleurs, ou disons parmi ceux qui peuvent faire des top 10 régulièrement sur à peu près tous leurs objectifs, hors Tour qui reste un problème pour lui, pas aussi "systémique" que certains se plaisent à le croire, mais enfin les résultats parlent, un problème quand même...
DONC depuis 2-3 ans disons, Pinot est malgré tout l'un des plus réguliers/performants parmi les coureurs de classements généraux, et au-dessus de Bardet si on prend tout le reste de la saison, ce qui invite au minimum à nuancer l'analyse.