Le problème, et on a déjà eu le débat et tu me trouvais un peu dur, c'est que Pinot a eu sa chance sur le Giro, et qu'il l'a "laissée" passer, pour diverses raisons (malchance, fragilité, destin, tu choisis celle que tu veux). Il a misé pendant 2 ans sur le Giro pour une 4ème place et un abandon la veille de l'arrivée alors qu'il était 3ème.
Sur la Vuelta il fait 6ème l'an passé et le doublé Giro / Vuelta n'a jamais été prévu par l'équipe (s'il y a va l'an passé c"est à cause ou grâce à la pneumonie).
Les années passent vite en effet et c'est ça qui me fait peur.
Sur le prochain GT où Pinot viendra pour le général (c'est à dire le Tour 2020), il aura déjà 30 ans et pas mal d'occasions manquées pour un podium ( Giro 2017, 2018 et Vuelta 2018), voire plus (Tour 2019, où il aurait fait 2 ou 1 je pense).
Quand on voit le potentiel de Pinot à 22 ans, ce qu'il fait sur les Tour de France 2012 et 2014, et ce qu'il vient de faire sur ce Tour de France 2019, je me dis que c'est incroyable et vraiment triste/dommage qu'il n'ait qu'un podium de GT à son palmarès, à bientôt 30ans.
J'espère que la roue va tourner et fera oublier toutes ses déconvenues.
Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Modérateur : Modos VCN
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Yes effectivement, mais justement je pense qu'il y a un goût d'inachevé au Giro, de ne pas avoir goûté le podium (au moins). Et une envie de revanche dans un coin de sa tête. Même si là il l'a enfouie bien bien loin du coup. Du mal à me faire à l'idée qu'il ait laissé passer définitivement sa chance au Giro, j'espère vraiment qu'il viendra boucler la boucle de ses premières amours. Et qu'il ira carrément pour la gagne.
Oui le doublé Giro/Vuelta n'a jamais été prévu et il a réalisé ce programme "idéal" par accident effectivement. Mais la donne a évolué, d'autres figures émergent, on peut supposer qu'à 32 ans (par exemple), il "s'offre" ce programme une année où Gaudu jouerait le général au Tour pour la première fois, voire où Démare retournerait au Tour avec son groupe, ce qu'il aurait négocié dans sa prolongation... ? Enfin je tire des plans sur la comète bien sûr, on en est loin mais c'est pour illustrer que ce n'est pas forcément figé ad vitam.
Après, les années passent vite oui, mais ça va vite dans les deux sens : il y a un an on pouvait craindre qu'il passe tragiquement à côté de sa carrière, et depuis il a fait
- une magnifique Vuelta (sans podium mais on s'en fiche, enfin pas toi mais moi oui vu le contexte, on ne va pas repartir là-dessus
),
- de beaux championnats du monde (même si... regrets !)
- gagné Milan-Turin, victoire pas majeure mais course historique et première course d'un jour emportée, important,
- puis le chef-d'oeuvre du Tour de Lombardie qu'il convoitait depuis toujours
- le stage en altitude que tu appelais de tes voeux, pas concluant mais bien d'avoir essayé
- un début de saison mitigé, victoires sur des "petites" courses et moyen sur les rares grandes, un peu malade
- avant de nous sortir ce Tour de feu, hélas mal fini.
Ça fait pas mal déjà ! Imagine où on peut en être dans un an ?
Peut-être qu'il poussera assez longtemps aussi, Nibali jouait encore la gagne/le podium du Giro en mai à 34 ans et demi... Pinot a dit vouloir durer, mais pas forcément dans le même rôle sur la fin.
J'aimerais bien qu'il s'attaque aux ardennaises sans trop attendre aussi, ce serait super pour varier... Et il a ses chances !
On dit que c'est incompatible avec la préparation de longue haleine du Tour, je ne sais pas, mais c'est peut-être ce point qui peut le faire encore renoncer (différer ?) en voulant reproduire l'approche de cette saison (avec quelques variantes de programme, mais la même structure).
Oui le doublé Giro/Vuelta n'a jamais été prévu et il a réalisé ce programme "idéal" par accident effectivement. Mais la donne a évolué, d'autres figures émergent, on peut supposer qu'à 32 ans (par exemple), il "s'offre" ce programme une année où Gaudu jouerait le général au Tour pour la première fois, voire où Démare retournerait au Tour avec son groupe, ce qu'il aurait négocié dans sa prolongation... ? Enfin je tire des plans sur la comète bien sûr, on en est loin mais c'est pour illustrer que ce n'est pas forcément figé ad vitam.
Après, les années passent vite oui, mais ça va vite dans les deux sens : il y a un an on pouvait craindre qu'il passe tragiquement à côté de sa carrière, et depuis il a fait
- une magnifique Vuelta (sans podium mais on s'en fiche, enfin pas toi mais moi oui vu le contexte, on ne va pas repartir là-dessus
- de beaux championnats du monde (même si... regrets !)
- gagné Milan-Turin, victoire pas majeure mais course historique et première course d'un jour emportée, important,
- puis le chef-d'oeuvre du Tour de Lombardie qu'il convoitait depuis toujours
- le stage en altitude que tu appelais de tes voeux, pas concluant mais bien d'avoir essayé
- un début de saison mitigé, victoires sur des "petites" courses et moyen sur les rares grandes, un peu malade
- avant de nous sortir ce Tour de feu, hélas mal fini.
Ça fait pas mal déjà ! Imagine où on peut en être dans un an ?
Peut-être qu'il poussera assez longtemps aussi, Nibali jouait encore la gagne/le podium du Giro en mai à 34 ans et demi... Pinot a dit vouloir durer, mais pas forcément dans le même rôle sur la fin.
J'aimerais bien qu'il s'attaque aux ardennaises sans trop attendre aussi, ce serait super pour varier... Et il a ses chances !
On dit que c'est incompatible avec la préparation de longue haleine du Tour, je ne sais pas, mais c'est peut-être ce point qui peut le faire encore renoncer (différer ?) en voulant reproduire l'approche de cette saison (avec quelques variantes de programme, mais la même structure).
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Forte interview dans l'Equipe, avec quelques réponses à des questions évoquées ici
(abonnés, parution demain en papier)
https://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-rou ... te/1044779
(abonnés, parution demain en papier)
https://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-rou ... te/1044779
- BanditManchot
- néo-pro

- Messages : 127
- Inscription : 11 mai 2018, 07:56
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Thibaut Pinot essaie de digérer son abandon dans le Tour, où il «était en train de faire quelque chose de grand». Et il n'y a désormais plus que ça qui le transporte : enfin remporter la plus grande course du monde.
Alexandre Roos mis à jour le 29 juillet 2019 à 20h39
partager
Thibaut Pinot se reconstruit dans le Var, à côté du Lavandou, depuis son abandon dans le Tour vendredi dernier. Ce lundi matin, avant de nous appeler, il était au marché, devant un étal de tomme de brebis truffée et de pata negra. « Il y avait beaucoup de monde, donc ça passait, raconta-t-il, mais en revanche, j'étais vraiment très surpris que les gens me reconnaissent beaucoup plus que les autres années, quand j'ai fait mes courses dimanche. » Le Français a conquis le public, il était dans la course pour remporter le Tour, et depuis trois jours, il ne cesse de remâcher ce nouvel épisode qu'il vit comme une injustice. « En plus, c'est une blessure très rare chez les cyclistes, c'est inédit », grince-t-il à propos de sa déchirure du vaste interne gauche qui l'empêche toujours de bien monter et descendre les escaliers. Avant de couper et de partir en vacances, Thibaut Pinot s'est confié, meurtri d'avoir dû quitter une course où il est persuadé qu'il aurait pu faire le match avec Egan Bernal.
lire aussi
Thibaut Pinot allait-il gagner le Tour de France ?
Comment avez-vous vécu la journée de dimanche, avec l'arrivée du Tour puis la diffusion du documentaire de France Télévisions dans vos pas ?
Pfff, pour moi, c'était une journée très, très longue, peut-être la journée la plus longue depuis très longtemps, je n'avais qu'une envie, c'est que ça se termine, et je suis très content d'être lundi matin.
Il s'est passé quoi dans votre tête ?
(Il hésite) Je préférais ne même pas me poser la question.
C'est-à-dire ?
Je n'ai pas voulu regarder la course, je n'ai pas voulu regarder les podiums parce que c'était dur, la plaie est toujours ouverte.
Vous avez fait quoi du coup ?
J'étais au restaurant et puis j'ai regardé le documentaire à 22h30.
Et ça vous a fait quoi ?
C'était dur, mais c'est des images que je connaissais personnellement, je les ai vécues de l'intérieur, c'était quand même moi l'acteur principal. Je suis content qu'il soit passé, mais j'aurais préféré une autre fin à ce documentaire.
Parlez-nous de votre blessure. On a entendu plusieurs hypothèses, un choc lors de l'étape de Gap, une blessure de foot qui traînait...
Un truc de foot ? Ahahah. Je ne vois pas d'où ça sort ça. Honnêtement, on ne sait pas, je vais passer des examens demain (mardi) au centre sportif à Monaco, et puis on en saura plus. C'est sûr que j'ai évité une chute dans l'étape de Gap de justesse, je fais peut-être un faux mouvement à ce moment-là, mais je n'en suis pas sûr.
Vous ne ressentez pas tout de suite une douleur ?
Non, le seul truc que je ressens, c'est le matin de l'étape de Valloire où, dès les premiers coups de pédale, je sens que j'ai un noeud musculaire dans le vaste interne, comme tous les cyclistes en ont quand on fait beaucoup de charges d'entraînement ou de courses, donc je ne me suis pas inquiété, mais ça a commencé comme ça.
Et quand cela devient-il plus inquiétant ?
Au ravito en bas du col de Vars et à partir de ce moment-là, il y a un truc qui s'est cassé tout de suite dans ma tête et j'ai compris que ça allait être compliqué.
Comment réussissez-vous à finir l'étape ?
Mentalement, j'y suis encore parce que je suis dans le match, mais physiquement j'étais sur une jambe. Movistar met en route dans l'Izoard, et là j'ai déjà très mal. Et après, quand je suis dans la roue des Ineos dans le Lautaret, je suis limite à déjà lâcher, je n'attends qu'une chose, c'est qu'on passe petit plateau pour mettre moins de force dans le Galibier, où les pentes sont plus raides. Je me dis que ça fera peut-être moins mal, que si j'arrive à passer la journée avec les favoris, ce sera parfait. Je me tenais à ça.
Et quand Bernal attaque ?
Je n'ai même pas cherché à comprendre parce que j'avais la jambe droite, celle qui était bonne, complètement asphyxiée, et la gauche où je n'arrivais pas à forcer, avec beaucoup de douleur au niveau du muscle. Pourtant, j'arrive quand même à être presque le meilleur derrière Bernal au sommet. C'est la dernière image que j'ai du Tour. Sur une jambe, j'étais encore là.
À quel point vous faites-vous mal pour aller chercher Geraint Thomas ?
Je donne tout parce que je sais que c'est mon arrivée. Je sais que la descente va être compliquée, je ne pouvais pas faire de sprint, donc à chaque relance, je me disais que j'allais prendre un peu d'avance, que j'allais la faire à mon rythme, c'est pour ça que j'ai pris le manche pour faire les relances que je veux, et surtout que je peux subir.
C'est là que vous avez paru le moins bien, surtout quand Alaphilippe déboule et que vous n'arrivez pas à prendre sa roue...
Oui, justement, parce que le muscle commence à refroidir avec la descente, et la première relance que fait Alaphilippe, je suis incapable de la suivre. Et une fois que tu as laissé dix mètres à Julian dans la descente, tu laisses passer les autres.
Et donc, le soir du Galibier, vous savez que c'est foutu ?
Dès que j'arrive, je vais au contrôle. Je m'assois, ça dure dix minutes, et là, on avait un kilomètre et demi à remonter à vélo pour aller à l'hôtel, et je ne pouvais pas me mettre en danseuse ni pédaler. Là, j'ai compris que quoi qu'on fasse, le lendemain, ce serait mort.
Comment parvenez-vous tout de même à vous remobiliser ?
Parce que les gens autour de moi y croyaient, que tout le monde était optimiste, les kinés, les ostéos, le médecin, ils me disaient que le lendemain, ça allait aller, mais j'ai l'impression qu'ils me mentaient parce qu'ils savaient très bien que je ne pouvais pas descendre les escaliers, comment ça pourrait aller mieux le lendemain ? Ils ne voulaient pas m'inquiéter sur la gravité de la blessure.
Avez-vous pensé à abandonner dès le soir de Valloire ?
Non, pas du tout, parce que tu as toujours ce petit espoir que ça passe, mais non...
Et donc, les premiers coups de pédale le lendemain ?
Je monte signer au podium et j'ai un bandage qui est ultra serré, donc ça calme la douleur, mais je me suis dit que ça allait me faire garrot et qu'au bout d'un moment je n'aurais plus de circulation sanguine dans le muscle. À ce moment-là, je sais que ça va être terrible, et c'est pour ça qu'au départ d'étape, je fais tout pour être dans les premières positions pour éviter les relances, les à-coups. Et voilà, au bout du premier col, en bas de la descente, je ne peux plus pédaler du tout.
Et que se passe-t-il dans votre tête ?
Ben, j'ai l'impression de revivre exactement ce que j'ai vécu l'an passé au Giro. Où tout s'effondre comme un château de cartes, en un kilomètre, tout ce que tu as construit en une saison... Même tout ce que j'avais reconstruit depuis le Giro, tout s'effondre de nouveau. Là, je suis dévasté.
Que vous dit William Bonnet, votre équipier, juste avant votre abandon ?
Que je n'ai rien à prouver à personne, que j'ai fait le maximum, qu'il est fier de moi... C'est aussi un symbole que ce soit William qui soit là, parce que c'est le mec en qui j'ai le plus confiance, c'est notre papa du groupe.
La nuit suivante, vous n'avez pas du tout dormi...
Non, je revoyais tout, les images, j'ai essayé de comprendre, de rechercher ce qui s'était passé, pourquoi... Et surtout j'ai rêvé de ce que j'aurais pu faire réellement si tout avait continué normalement. Me jauger face à Bernal dans l'Iseran... C'est surtout à ça que je pensais, à cette bataille avec lui.
Et vous vous disiez quoi ?
La dernière image que j'ai de moi avec lui c'est quand je le lâche à Prat d'Albis, c'est ça que je retiens. J'avais quand même la poignée et lui a fini par gagner le Tour. Mais on ne saura jamais rien, et c'est cette question-là que je me pose. Il n'y a pas de réponse, je n'en aurai jamais, et c'est horrible.
Vous devez bien avoir un début de réponse au fond de vous...
Bien sûr. Bien sûr que je me dis que même en lui donnant 1'40'' (à cause du coup de bordure), j'étais encore devant lui au général. Jusqu'au Galibier, bien sûr. Mais voilà, c'était peut-être le meilleur niveau que j'aie jamais eu, je commençais à rêver aussi. Une fois qu'on avait passé Gap, c'étaient trois jours dans les Alpes, et là, c'était pour moi, c'étaient les trois étapes que j'attendais. Forcément, dans la tête, tu commences à y croire.
À croire que Bernal était prenable ?
Bien sûr, et heureusement que j'y croyais, parce que les deux étapes dans les Pyrénées, je suis devant lui. Il n'y a pas de raison que ça change en quatre jours.
l est évidemment difficile de se projeter, mais sans muscle déchiré, vous le suivez dans le Galibier ?
Pfff... J'ai envie de vous dire oui, et puis, la vérité, c'est que c'est non. Je suis sur une jambe, et j'en lâche certains au sommet. Donc il y a des chances, oui.
À quel moment avez-vous commencé à y croire dans ce Tour ?
Le soir de Prat d'Albis. Quand tu es capable de lâcher tous les favoris un par un à la pédale, sur des pentes qui ne sont pas non plus les plus dingues, tu sais qu'il y a un effet d'aspiration sur ces pourcentages, c'est là que tu te dis que tu es fort. Mais j'étais serein, je prenais ça très bien, et je me suis même surpris à ne pas paniquer, à ne pas stresser.
Il y a quelque temps, vous auriez pété un câble en pareille situation ?
J'aurais angoissé de gagner, oui.
Qu'est-ce qui a changé ?
J'ai faim de victoires, j'en ai marre de cette frustration qui gâche ma carrière. J'avais envie de montrer de quoi j'étais capable, surtout sur le Tour de France, avec le soutien que j'avais. Je sentais que les gens n'attendaient que ça, et je m'étais pris au jeu aussi.
Vous avez été surpris par toutes ces marques d'affection, tous ces messages d'amour ?
C'est vrai que j'ai peut-être reçu plus de messages quand j'abandonne que quand je gagne en haut du Tourmalet. Je préfère ça, que les gens m'écrivent quand ça ne va pas, parce que c'est facile de le faire quand ça va. Ça m'a vraiment touché, parce que je ne suis pas le meilleur coureur du monde, c'est sûr, mais je suis différent des autres, et ça, je le sais. Je donne des émotions, bonnes ou mauvaises, certains me détestent, beaucoup m'aiment. Je ne laisse pas indifférent, et c'est quelque chose de bien. Je ne fais pas exprès, je suis comme ça. Si je peux rendre les gens heureux, c'est aussi un peu le but de tout ça. Et c'est pour ça que j'ai envie de revenir sur le Tour, pour continuer cette histoire.
Comment un gars comme vous, assez simple, qui aime sa tranquillité, gère une telle marée d'émotions ?
Je le prends bien parce que le Tour, c'est une bulle de ta vie, je laisse mes animaux et ma tranquillité de côté pendant trois semaines. Tu rayes tout ça, tu penses au Tour, à ce qui se passe au jour le jour. Cette année, je me suis vraiment senti bien dans le Tour.
Dans vos réflexions après votre abandon, vous avez dû repenser à votre destin, à l'alignement des planètes...
Oui, tu repenses à tout ça, surtout qu'il y avait eu la bordure d'Albi avant. Et j'ai envie de dire, heureusement qu'elle était là, c'est peut-être ça qui va me permettre de passer plus vite à autre chose. Parce qu'une bordure, ça reste la course, tu ne la changeras pas. Si j'avais abandonné en ayant de l'avance sur tout le monde, à dix secondes du Maillot Jaune (Alaphilippe), j'aurais mis beaucoup plus de temps à m'en remettre.
La claque de la bordure va donc vous aider à vous reconstruire ?
Oui, et le destin a bien fait les choses. Quitter le Tour 4e ou le quitter à dix secondes du Maillot Jaune, ce n'est pas la même chose.
Dans ces cas-là, vous êtes quand même obligé de vous dire que le destin s'acharne...
Oui, mais je pense aussi à ce que j'ai gagné. C'est pour ça qu'avant de penser au général, je voulais d'abord gagner une belle étape, et heureusement que j'ai le Tourmalet dans la poche, et que personne ne pourra me l'enlever. Je n'ai pas non plus rien fait de mon Tour. Je préfère gagner au Tourmalet et abandonner, que de ne rien faire et arriver sur les Champs. Je garde quand même ces souvenirs et cette montée du Tourmalet, qui était pour moi la plus belle arrivée du Tour, vu le monde, l'ambiance... C'est ce que je recherche dans le Tour, ces ambiances de feu.
Ça a été le plus gros frisson de ce Tour ?
Oui, même si quand tu arrives à la Planche des Belles Filles, dans ce premier mur, avec tout le monde qui crie ton nom, c'est pas mal aussi.
Vous gardez quoi du Tourmalet ?
Quand on est tous sur la même ligne, les cinq, six favoris, il n'y a plus d'équipiers, il ne manque que Thomas, c'est une bataille d'homme à homme, on est tous cuits, personne ne triche, tout le monde est à fond, c'est le plus fort qui va gagner et, là, c'était moi.
l y a un sentiment d'injustice aujourd'hui ?
Oui, et c'est le cas depuis le début de ma carrière, parce que je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter tout ça. Je ne comprends pas. J'ai fait sept Tours, quatre abandons, alors que sur les autres courses, je n'abandonne jamais. Ça n'arrive que sur les grands Tours, alors que ce sont mes courses. Les gens ont beau me réconforter, il n'y a que le temps qui pourra faire son oeuvre.
Le temps ou une victoire...
Oui. Pour oublier tout ça, toutes ces galères, il n'y a plus que la victoire. Un podium ne suffira plus.
Tout ce qu'il vous reste à faire dans votre carrière ?
Pour oublier tout ça, oui, il faudra que je gagne le Tour.
Votre rapport au Tour a changé avec cette édition ?
Encore une fois, je vois des signes du destin. L'an passé, j'abandonne le Giro, et si ce n'est pas le cas, je fais troisième de la course, d'accord, mais j'arrive sur le Tour carbo et je ne fais rien, je le sais. Et cette année, je ne reviens pas sur le Tour, et mon destin, ma carrière changent complètement. L'abandon dans le Giro me redonne l'envie de revenir sur le Tour. Sinon, je suis persuadé que je serais allé sur le Tour pour me casser la gueule. C'est, entre guillemets, une bonne chose.
Le Tour, vous nous disiez avoir une relation d'amour-haine avec cette course. Cette année, avez-vous saisi la force du Tour ?
Oui, je me suis rendu compte que tu peux gagner n'importe quelle course, tu peux être champion du monde, il n'y a que le Tour qui pourra faire de toi un coureur qu'on n'oubliera pas. C'est pour ça que je veux y revenir.
À chaud, après votre abandon, vous avez voulu tout balancer...
Il y a tellement de sacrifices de tout le monde, de tout le staff, de tous mes équipiers, les gens ne se rendent pas compte, et, avec eux dans la tête, j'abandonne encore, comme au Giro l'an passé, donc j'avais envie de baisser les bras. Mais je ne l'ai jamais fait dans ma carrière, j'ai toujours tout surmonté.
Vous sentez-vous capable de vous reconstruire encore une fois ?
Il faudra de toute façon. Je ne sais pas combien de temps ça prendra, si ce sera d'ici la fin de saison. Le Lombardie, bien sûr que ça reste la plus belle classique, mais je l'ai gagnée, et devant Nibali, je ne peux pas faire mieux... Il va falloir que je déconnecte de tout ça, on va parler beaucoup moins de vélo, je vais retrouver L'Equipe avec un petit carré de cyclisme dans le journal...
C'est injuste !
(Il rit) Non mais les réseaux sociaux sont moins remplis de messages du Tour, je vais me retrouver avec mes amis, je vais couper, profiter de la vie comme tout le monde, en vacances, et ensuite je me retrouverai avec mon vélo à l'entraînement, les sensations vont revenir, je vais reprendre du plaisir. Mais ça prend du temps, de l'énergie mentale. Je ne sais pas quand je vais pouvoir reprendre parce que ça déprendra de la blessure, mais je vais devoir repartir de zéro et quand tu sais que tu as quitté le Tour en étant un des meilleurs grimpeurs, tu vas devoir refaire toutes les fondations pour la fin de saison. Mentalement, c'est dur.
Comment avez-vous trouvé du réconfort depuis trois jours ?
Les vacances n'ont pas la même saveur que si j'avais fini sur le podium. La bière que j'ai bue quand j'ai fini le Tour n'était pas bonne, et pourtant j'aime ça. C'est fade.
Est-ce la plus grosse claque de votre carrière ?
Oui parce que c'est le Tour, et je touchais quelque chose de grand. Mais heureusement que j'ai de bons souvenirs.
Le coup de la bordure en a été un mauvais. Comment s'est passé le débriefing ?
Tous les coureurs se sont remis en question. Collectivement, ce jour-là, on n'a pas été bons. Certains avaient mal aux jambes, mais on n'avait pas le droit de ne pas être soudés comme on l'avait été sur tout le Tour de France. On est tous fautifs, moi aussi, j'aurais peut-être dû les booster un peu plus, les encourager. J'étais nerveux toute l'étape parce que depuis le départ, je sentais que ça allait mal se passer, j'avais un pressentiment, et quand j'ai vu le peloton, je me suis dit que ça allait être une sacrée journée. C'était une première claque, une bataille de perdue, et elle m'a fait du bien pour me remettre à l'endroit dans le Tour.
Comment êtes-vous passé à autre chose ?
On a fait le débriefing, tout le monde a parlé, et j'ai prononcé la dernière phrase, que samedi (au Tourmalet), on allait rouler et qu'on allait gagner. Et j'étais reparti là-dessus.
C'est totalement nouveau ça...
Oui, mais j'ai tellement grandi, mûri ces trois dernières années en tant que leader. J'ai du caractère, et maintenant j'arrive à le mettre dans le bon sens. Certains pensaient que j'étais un peu mielleux, mais je ne le suis pas du tout. Il fallait que j'apprenne, ça m'a pris du temps, plus que certains, c'est tout.
Vous essayez de remporter le Tour depuis 2012. Egan Bernal, lui, l'a gagné dès sa deuxième participation...
Tous les coureurs ont un destin différent, personne n'a la même histoire, et heureusement. Ma vie est comme ça, je fais avec. Certains ont un don, Bernal est né avec celui de gagner le Tour à vingt-deux ans. Moi je dois travailler, galérer pour peut-être arriver un jour à ce qu'il a fait. C'est comme ça.
Vous avez hâte de vous remesurer à lui ?
Oui, mais je n'y pense pas aujourd'hui, j'ai l'impression d'être déjà tourné vers l'an prochain, de retrouver mon niveau. Ce matin, j'ai pensé à découvrir Paris-Nice, c'est une course que je n'ai jamais courue. Je crois que j'y serai au départ.
Julian Alaphilippe a été votre compagnon de route dans ce Tour...
Oui et c'est aussi grâce à lui qu'il y a eu tout cet engouement. C'est le meilleur puncheur du monde, il n'y a que lui qui peut mettre le feu à certaines étapes comme ça, et heureusement qu'il l'a fait. On a ainsi découvert que les Ineos étaient moins forts que d'autres années. Ça m'a donné envie d'être dans la montagne.
Vous vous êtes dit à un moment qu'il pouvait gagner le Tour ?
Oui, le soir du Tourmalet, et à ce moment-là, tout le monde y croyait. Après, le lendemain, à Prat d'Albis, je le voyais plus sur le podium, parce qu'on arrivait vraiment sur les étapes difficiles, avec de l'altitude, donc forcément les purs grimpeurs allaient ressortir du lot. En tout cas, ce qu'il a fait est exceptionnel.»
Alexandre Roos mis à jour le 29 juillet 2019 à 20h39
partager
Thibaut Pinot se reconstruit dans le Var, à côté du Lavandou, depuis son abandon dans le Tour vendredi dernier. Ce lundi matin, avant de nous appeler, il était au marché, devant un étal de tomme de brebis truffée et de pata negra. « Il y avait beaucoup de monde, donc ça passait, raconta-t-il, mais en revanche, j'étais vraiment très surpris que les gens me reconnaissent beaucoup plus que les autres années, quand j'ai fait mes courses dimanche. » Le Français a conquis le public, il était dans la course pour remporter le Tour, et depuis trois jours, il ne cesse de remâcher ce nouvel épisode qu'il vit comme une injustice. « En plus, c'est une blessure très rare chez les cyclistes, c'est inédit », grince-t-il à propos de sa déchirure du vaste interne gauche qui l'empêche toujours de bien monter et descendre les escaliers. Avant de couper et de partir en vacances, Thibaut Pinot s'est confié, meurtri d'avoir dû quitter une course où il est persuadé qu'il aurait pu faire le match avec Egan Bernal.
lire aussi
Thibaut Pinot allait-il gagner le Tour de France ?
Comment avez-vous vécu la journée de dimanche, avec l'arrivée du Tour puis la diffusion du documentaire de France Télévisions dans vos pas ?
Pfff, pour moi, c'était une journée très, très longue, peut-être la journée la plus longue depuis très longtemps, je n'avais qu'une envie, c'est que ça se termine, et je suis très content d'être lundi matin.
Il s'est passé quoi dans votre tête ?
(Il hésite) Je préférais ne même pas me poser la question.
C'est-à-dire ?
Je n'ai pas voulu regarder la course, je n'ai pas voulu regarder les podiums parce que c'était dur, la plaie est toujours ouverte.
Vous avez fait quoi du coup ?
J'étais au restaurant et puis j'ai regardé le documentaire à 22h30.
Et ça vous a fait quoi ?
C'était dur, mais c'est des images que je connaissais personnellement, je les ai vécues de l'intérieur, c'était quand même moi l'acteur principal. Je suis content qu'il soit passé, mais j'aurais préféré une autre fin à ce documentaire.
Parlez-nous de votre blessure. On a entendu plusieurs hypothèses, un choc lors de l'étape de Gap, une blessure de foot qui traînait...
Un truc de foot ? Ahahah. Je ne vois pas d'où ça sort ça. Honnêtement, on ne sait pas, je vais passer des examens demain (mardi) au centre sportif à Monaco, et puis on en saura plus. C'est sûr que j'ai évité une chute dans l'étape de Gap de justesse, je fais peut-être un faux mouvement à ce moment-là, mais je n'en suis pas sûr.
Vous ne ressentez pas tout de suite une douleur ?
Non, le seul truc que je ressens, c'est le matin de l'étape de Valloire où, dès les premiers coups de pédale, je sens que j'ai un noeud musculaire dans le vaste interne, comme tous les cyclistes en ont quand on fait beaucoup de charges d'entraînement ou de courses, donc je ne me suis pas inquiété, mais ça a commencé comme ça.
Et quand cela devient-il plus inquiétant ?
Au ravito en bas du col de Vars et à partir de ce moment-là, il y a un truc qui s'est cassé tout de suite dans ma tête et j'ai compris que ça allait être compliqué.
Comment réussissez-vous à finir l'étape ?
Mentalement, j'y suis encore parce que je suis dans le match, mais physiquement j'étais sur une jambe. Movistar met en route dans l'Izoard, et là j'ai déjà très mal. Et après, quand je suis dans la roue des Ineos dans le Lautaret, je suis limite à déjà lâcher, je n'attends qu'une chose, c'est qu'on passe petit plateau pour mettre moins de force dans le Galibier, où les pentes sont plus raides. Je me dis que ça fera peut-être moins mal, que si j'arrive à passer la journée avec les favoris, ce sera parfait. Je me tenais à ça.
Et quand Bernal attaque ?
Je n'ai même pas cherché à comprendre parce que j'avais la jambe droite, celle qui était bonne, complètement asphyxiée, et la gauche où je n'arrivais pas à forcer, avec beaucoup de douleur au niveau du muscle. Pourtant, j'arrive quand même à être presque le meilleur derrière Bernal au sommet. C'est la dernière image que j'ai du Tour. Sur une jambe, j'étais encore là.
À quel point vous faites-vous mal pour aller chercher Geraint Thomas ?
Je donne tout parce que je sais que c'est mon arrivée. Je sais que la descente va être compliquée, je ne pouvais pas faire de sprint, donc à chaque relance, je me disais que j'allais prendre un peu d'avance, que j'allais la faire à mon rythme, c'est pour ça que j'ai pris le manche pour faire les relances que je veux, et surtout que je peux subir.
C'est là que vous avez paru le moins bien, surtout quand Alaphilippe déboule et que vous n'arrivez pas à prendre sa roue...
Oui, justement, parce que le muscle commence à refroidir avec la descente, et la première relance que fait Alaphilippe, je suis incapable de la suivre. Et une fois que tu as laissé dix mètres à Julian dans la descente, tu laisses passer les autres.
Et donc, le soir du Galibier, vous savez que c'est foutu ?
Dès que j'arrive, je vais au contrôle. Je m'assois, ça dure dix minutes, et là, on avait un kilomètre et demi à remonter à vélo pour aller à l'hôtel, et je ne pouvais pas me mettre en danseuse ni pédaler. Là, j'ai compris que quoi qu'on fasse, le lendemain, ce serait mort.
Comment parvenez-vous tout de même à vous remobiliser ?
Parce que les gens autour de moi y croyaient, que tout le monde était optimiste, les kinés, les ostéos, le médecin, ils me disaient que le lendemain, ça allait aller, mais j'ai l'impression qu'ils me mentaient parce qu'ils savaient très bien que je ne pouvais pas descendre les escaliers, comment ça pourrait aller mieux le lendemain ? Ils ne voulaient pas m'inquiéter sur la gravité de la blessure.
Avez-vous pensé à abandonner dès le soir de Valloire ?
Non, pas du tout, parce que tu as toujours ce petit espoir que ça passe, mais non...
Et donc, les premiers coups de pédale le lendemain ?
Je monte signer au podium et j'ai un bandage qui est ultra serré, donc ça calme la douleur, mais je me suis dit que ça allait me faire garrot et qu'au bout d'un moment je n'aurais plus de circulation sanguine dans le muscle. À ce moment-là, je sais que ça va être terrible, et c'est pour ça qu'au départ d'étape, je fais tout pour être dans les premières positions pour éviter les relances, les à-coups. Et voilà, au bout du premier col, en bas de la descente, je ne peux plus pédaler du tout.
Et que se passe-t-il dans votre tête ?
Ben, j'ai l'impression de revivre exactement ce que j'ai vécu l'an passé au Giro. Où tout s'effondre comme un château de cartes, en un kilomètre, tout ce que tu as construit en une saison... Même tout ce que j'avais reconstruit depuis le Giro, tout s'effondre de nouveau. Là, je suis dévasté.
Que vous dit William Bonnet, votre équipier, juste avant votre abandon ?
Que je n'ai rien à prouver à personne, que j'ai fait le maximum, qu'il est fier de moi... C'est aussi un symbole que ce soit William qui soit là, parce que c'est le mec en qui j'ai le plus confiance, c'est notre papa du groupe.
La nuit suivante, vous n'avez pas du tout dormi...
Non, je revoyais tout, les images, j'ai essayé de comprendre, de rechercher ce qui s'était passé, pourquoi... Et surtout j'ai rêvé de ce que j'aurais pu faire réellement si tout avait continué normalement. Me jauger face à Bernal dans l'Iseran... C'est surtout à ça que je pensais, à cette bataille avec lui.
Et vous vous disiez quoi ?
La dernière image que j'ai de moi avec lui c'est quand je le lâche à Prat d'Albis, c'est ça que je retiens. J'avais quand même la poignée et lui a fini par gagner le Tour. Mais on ne saura jamais rien, et c'est cette question-là que je me pose. Il n'y a pas de réponse, je n'en aurai jamais, et c'est horrible.
Vous devez bien avoir un début de réponse au fond de vous...
Bien sûr. Bien sûr que je me dis que même en lui donnant 1'40'' (à cause du coup de bordure), j'étais encore devant lui au général. Jusqu'au Galibier, bien sûr. Mais voilà, c'était peut-être le meilleur niveau que j'aie jamais eu, je commençais à rêver aussi. Une fois qu'on avait passé Gap, c'étaient trois jours dans les Alpes, et là, c'était pour moi, c'étaient les trois étapes que j'attendais. Forcément, dans la tête, tu commences à y croire.
À croire que Bernal était prenable ?
Bien sûr, et heureusement que j'y croyais, parce que les deux étapes dans les Pyrénées, je suis devant lui. Il n'y a pas de raison que ça change en quatre jours.
l est évidemment difficile de se projeter, mais sans muscle déchiré, vous le suivez dans le Galibier ?
Pfff... J'ai envie de vous dire oui, et puis, la vérité, c'est que c'est non. Je suis sur une jambe, et j'en lâche certains au sommet. Donc il y a des chances, oui.
À quel moment avez-vous commencé à y croire dans ce Tour ?
Le soir de Prat d'Albis. Quand tu es capable de lâcher tous les favoris un par un à la pédale, sur des pentes qui ne sont pas non plus les plus dingues, tu sais qu'il y a un effet d'aspiration sur ces pourcentages, c'est là que tu te dis que tu es fort. Mais j'étais serein, je prenais ça très bien, et je me suis même surpris à ne pas paniquer, à ne pas stresser.
Il y a quelque temps, vous auriez pété un câble en pareille situation ?
J'aurais angoissé de gagner, oui.
Qu'est-ce qui a changé ?
J'ai faim de victoires, j'en ai marre de cette frustration qui gâche ma carrière. J'avais envie de montrer de quoi j'étais capable, surtout sur le Tour de France, avec le soutien que j'avais. Je sentais que les gens n'attendaient que ça, et je m'étais pris au jeu aussi.
Vous avez été surpris par toutes ces marques d'affection, tous ces messages d'amour ?
C'est vrai que j'ai peut-être reçu plus de messages quand j'abandonne que quand je gagne en haut du Tourmalet. Je préfère ça, que les gens m'écrivent quand ça ne va pas, parce que c'est facile de le faire quand ça va. Ça m'a vraiment touché, parce que je ne suis pas le meilleur coureur du monde, c'est sûr, mais je suis différent des autres, et ça, je le sais. Je donne des émotions, bonnes ou mauvaises, certains me détestent, beaucoup m'aiment. Je ne laisse pas indifférent, et c'est quelque chose de bien. Je ne fais pas exprès, je suis comme ça. Si je peux rendre les gens heureux, c'est aussi un peu le but de tout ça. Et c'est pour ça que j'ai envie de revenir sur le Tour, pour continuer cette histoire.
Comment un gars comme vous, assez simple, qui aime sa tranquillité, gère une telle marée d'émotions ?
Je le prends bien parce que le Tour, c'est une bulle de ta vie, je laisse mes animaux et ma tranquillité de côté pendant trois semaines. Tu rayes tout ça, tu penses au Tour, à ce qui se passe au jour le jour. Cette année, je me suis vraiment senti bien dans le Tour.
Dans vos réflexions après votre abandon, vous avez dû repenser à votre destin, à l'alignement des planètes...
Oui, tu repenses à tout ça, surtout qu'il y avait eu la bordure d'Albi avant. Et j'ai envie de dire, heureusement qu'elle était là, c'est peut-être ça qui va me permettre de passer plus vite à autre chose. Parce qu'une bordure, ça reste la course, tu ne la changeras pas. Si j'avais abandonné en ayant de l'avance sur tout le monde, à dix secondes du Maillot Jaune (Alaphilippe), j'aurais mis beaucoup plus de temps à m'en remettre.
La claque de la bordure va donc vous aider à vous reconstruire ?
Oui, et le destin a bien fait les choses. Quitter le Tour 4e ou le quitter à dix secondes du Maillot Jaune, ce n'est pas la même chose.
Dans ces cas-là, vous êtes quand même obligé de vous dire que le destin s'acharne...
Oui, mais je pense aussi à ce que j'ai gagné. C'est pour ça qu'avant de penser au général, je voulais d'abord gagner une belle étape, et heureusement que j'ai le Tourmalet dans la poche, et que personne ne pourra me l'enlever. Je n'ai pas non plus rien fait de mon Tour. Je préfère gagner au Tourmalet et abandonner, que de ne rien faire et arriver sur les Champs. Je garde quand même ces souvenirs et cette montée du Tourmalet, qui était pour moi la plus belle arrivée du Tour, vu le monde, l'ambiance... C'est ce que je recherche dans le Tour, ces ambiances de feu.
Ça a été le plus gros frisson de ce Tour ?
Oui, même si quand tu arrives à la Planche des Belles Filles, dans ce premier mur, avec tout le monde qui crie ton nom, c'est pas mal aussi.
Vous gardez quoi du Tourmalet ?
Quand on est tous sur la même ligne, les cinq, six favoris, il n'y a plus d'équipiers, il ne manque que Thomas, c'est une bataille d'homme à homme, on est tous cuits, personne ne triche, tout le monde est à fond, c'est le plus fort qui va gagner et, là, c'était moi.
l y a un sentiment d'injustice aujourd'hui ?
Oui, et c'est le cas depuis le début de ma carrière, parce que je ne sais pas ce que j'ai fait pour mériter tout ça. Je ne comprends pas. J'ai fait sept Tours, quatre abandons, alors que sur les autres courses, je n'abandonne jamais. Ça n'arrive que sur les grands Tours, alors que ce sont mes courses. Les gens ont beau me réconforter, il n'y a que le temps qui pourra faire son oeuvre.
Le temps ou une victoire...
Oui. Pour oublier tout ça, toutes ces galères, il n'y a plus que la victoire. Un podium ne suffira plus.
Tout ce qu'il vous reste à faire dans votre carrière ?
Pour oublier tout ça, oui, il faudra que je gagne le Tour.
Votre rapport au Tour a changé avec cette édition ?
Encore une fois, je vois des signes du destin. L'an passé, j'abandonne le Giro, et si ce n'est pas le cas, je fais troisième de la course, d'accord, mais j'arrive sur le Tour carbo et je ne fais rien, je le sais. Et cette année, je ne reviens pas sur le Tour, et mon destin, ma carrière changent complètement. L'abandon dans le Giro me redonne l'envie de revenir sur le Tour. Sinon, je suis persuadé que je serais allé sur le Tour pour me casser la gueule. C'est, entre guillemets, une bonne chose.
Le Tour, vous nous disiez avoir une relation d'amour-haine avec cette course. Cette année, avez-vous saisi la force du Tour ?
Oui, je me suis rendu compte que tu peux gagner n'importe quelle course, tu peux être champion du monde, il n'y a que le Tour qui pourra faire de toi un coureur qu'on n'oubliera pas. C'est pour ça que je veux y revenir.
À chaud, après votre abandon, vous avez voulu tout balancer...
Il y a tellement de sacrifices de tout le monde, de tout le staff, de tous mes équipiers, les gens ne se rendent pas compte, et, avec eux dans la tête, j'abandonne encore, comme au Giro l'an passé, donc j'avais envie de baisser les bras. Mais je ne l'ai jamais fait dans ma carrière, j'ai toujours tout surmonté.
Vous sentez-vous capable de vous reconstruire encore une fois ?
Il faudra de toute façon. Je ne sais pas combien de temps ça prendra, si ce sera d'ici la fin de saison. Le Lombardie, bien sûr que ça reste la plus belle classique, mais je l'ai gagnée, et devant Nibali, je ne peux pas faire mieux... Il va falloir que je déconnecte de tout ça, on va parler beaucoup moins de vélo, je vais retrouver L'Equipe avec un petit carré de cyclisme dans le journal...
C'est injuste !
(Il rit) Non mais les réseaux sociaux sont moins remplis de messages du Tour, je vais me retrouver avec mes amis, je vais couper, profiter de la vie comme tout le monde, en vacances, et ensuite je me retrouverai avec mon vélo à l'entraînement, les sensations vont revenir, je vais reprendre du plaisir. Mais ça prend du temps, de l'énergie mentale. Je ne sais pas quand je vais pouvoir reprendre parce que ça déprendra de la blessure, mais je vais devoir repartir de zéro et quand tu sais que tu as quitté le Tour en étant un des meilleurs grimpeurs, tu vas devoir refaire toutes les fondations pour la fin de saison. Mentalement, c'est dur.
Comment avez-vous trouvé du réconfort depuis trois jours ?
Les vacances n'ont pas la même saveur que si j'avais fini sur le podium. La bière que j'ai bue quand j'ai fini le Tour n'était pas bonne, et pourtant j'aime ça. C'est fade.
Est-ce la plus grosse claque de votre carrière ?
Oui parce que c'est le Tour, et je touchais quelque chose de grand. Mais heureusement que j'ai de bons souvenirs.
Le coup de la bordure en a été un mauvais. Comment s'est passé le débriefing ?
Tous les coureurs se sont remis en question. Collectivement, ce jour-là, on n'a pas été bons. Certains avaient mal aux jambes, mais on n'avait pas le droit de ne pas être soudés comme on l'avait été sur tout le Tour de France. On est tous fautifs, moi aussi, j'aurais peut-être dû les booster un peu plus, les encourager. J'étais nerveux toute l'étape parce que depuis le départ, je sentais que ça allait mal se passer, j'avais un pressentiment, et quand j'ai vu le peloton, je me suis dit que ça allait être une sacrée journée. C'était une première claque, une bataille de perdue, et elle m'a fait du bien pour me remettre à l'endroit dans le Tour.
Comment êtes-vous passé à autre chose ?
On a fait le débriefing, tout le monde a parlé, et j'ai prononcé la dernière phrase, que samedi (au Tourmalet), on allait rouler et qu'on allait gagner. Et j'étais reparti là-dessus.
C'est totalement nouveau ça...
Oui, mais j'ai tellement grandi, mûri ces trois dernières années en tant que leader. J'ai du caractère, et maintenant j'arrive à le mettre dans le bon sens. Certains pensaient que j'étais un peu mielleux, mais je ne le suis pas du tout. Il fallait que j'apprenne, ça m'a pris du temps, plus que certains, c'est tout.
Vous essayez de remporter le Tour depuis 2012. Egan Bernal, lui, l'a gagné dès sa deuxième participation...
Tous les coureurs ont un destin différent, personne n'a la même histoire, et heureusement. Ma vie est comme ça, je fais avec. Certains ont un don, Bernal est né avec celui de gagner le Tour à vingt-deux ans. Moi je dois travailler, galérer pour peut-être arriver un jour à ce qu'il a fait. C'est comme ça.
Vous avez hâte de vous remesurer à lui ?
Oui, mais je n'y pense pas aujourd'hui, j'ai l'impression d'être déjà tourné vers l'an prochain, de retrouver mon niveau. Ce matin, j'ai pensé à découvrir Paris-Nice, c'est une course que je n'ai jamais courue. Je crois que j'y serai au départ.
Julian Alaphilippe a été votre compagnon de route dans ce Tour...
Oui et c'est aussi grâce à lui qu'il y a eu tout cet engouement. C'est le meilleur puncheur du monde, il n'y a que lui qui peut mettre le feu à certaines étapes comme ça, et heureusement qu'il l'a fait. On a ainsi découvert que les Ineos étaient moins forts que d'autres années. Ça m'a donné envie d'être dans la montagne.
Vous vous êtes dit à un moment qu'il pouvait gagner le Tour ?
Oui, le soir du Tourmalet, et à ce moment-là, tout le monde y croyait. Après, le lendemain, à Prat d'Albis, je le voyais plus sur le podium, parce qu'on arrivait vraiment sur les étapes difficiles, avec de l'altitude, donc forcément les purs grimpeurs allaient ressortir du lot. En tout cas, ce qu'il a fait est exceptionnel.»
- trevorphilips
- Equipier de luxe

- Messages : 7011
- Inscription : 05 juil. 2015, 13:20
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
je crois qu'on est à peu près d'accord sur l'histoire du rond point et de la bordureWombat a écrit : 29 juil. 2019, 11:28Le rond point est pas la cause absolue justement, on a bien vu les images et on sait qu'il y avait la place pour remonter mais comme tu le dis ils étaient carbos. Les Ineos étaient très mal placés pas longtemps avant que ça pète mais ils sont remontés à la cuisse (et c'est sur que Rowe/Castro/Kwiatko c'est d'un autre calibre que Bonnet/Roux).trevorphilips a écrit : 29 juil. 2019, 02:38 oui très bon/beau reportage (même si je m'attendais à + long)
qu'est-ce que ça aurait été s'il avait gagné... une sorte de "les yeux dans les bleus " du cyclisme
confirmation que le rond point a bien été la cause finalement : même si situé plusieurs kms avant la bordure, les équipiers expliquent qu'après ça montait et qu'ils étaient carbo et n'ont pas pu remonter. Comme quoi la moindre petite erreur peut se payer cash, surtout quand on n'est pas l'équipe avec les équipiers les plus puissants (sans faire injure aux équipiers fdj qui sont bons et onf fait ce qu'ils ont pu, même s'il y en a 1 qui se fait engueuler par pinot)
on espère une deuxième vidéo mais avec la victoire au bout cette fois-ci. ça risque d'être encore plus dur mais on ne sait jamais à l'avance ce qui va se passer (et il n'y aura peut être pas 1min40 perdue dans la nature). Il faut garder la détermination, d'ailleurs sa plus grande déception (le podium du giro 2018 perdu le dernier jour de montagne) l'a amené à être plus fort que jamais. Après faut aussi qu'il vise d'autres objectifs dans l'année ; il ne faut pas mettre tous les oeufs dans le même panier car si échec ya plus grand chose pour compenser. Mais il voulait probablement juste dire qu'au niveau des GT il ne se focaliserait plus que sur le tdf.
SInon j'aime bien Mauduit dans le reportage et c'est déjà un peu ce que je ressentais dans les ITW moto qu'on avait de lui quand c'était le DS de Contador et de Nibali. Un gars posé, calme qui saisit bien les enjeux de chaque situation.
Madiot à côté j'imagine qu'il faut adhérer au personne, mais pour moi c'est vraiment le coach psychologique pour une équipe de foot U15.
pour mauduit le reportage confirme que l'humain compte bcp pour lui (il s'était barré de saxo tinkoff car il n'envisageait pas l'humain comme l'envisageait oleg -> tu métonnes
madiot est lui exubérant, avec des réactions extrêmes lors des victoires, ça on le savait et ça me gêne pas, au contraire je trouve que c'est bien quand j'y pense, il (et d'autres) font ce "métier" pour vivre des émotions, c'est un passionné. Mais j'étais pas spécialement fan. Mais en voyant ce reportage je trouve qu'il est vraiment bon au niveau psychologie et qu'il sait parfaitement gérer son affaire, il répond bien aux questions des journalistes et protège son groupe ; il semble vraiment plus malin que je le pensais. Vraiment compétent. Comme l'ensemble de l'équipe et du staff
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Oui et pour Madiot, rentré à ce point dans la tête de son protégé, à ce moment au plus bas c'est assez impressionnant !
On sent qu'il le dirige, qu'il le laisse péter, puis reprend le contrôle.
Il semble le seul à être en capacité à lui parler, au-delà des émotions de Pinot avec staff/collègues
On sent qu'il le dirige, qu'il le laisse péter, puis reprend le contrôle.
Il semble le seul à être en capacité à lui parler, au-delà des émotions de Pinot avec staff/collègues
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Bon bah mon souhait de voir Pinot sur la Vuelta est mort né.
Déjà, la blessure semble plus grave que prévu s'il ne peut toujours pas marcher correctement 3 jours après.
Ensuite, je vois un coureur qui est post Tour et qui va avoir du mal à être remotivé par un "simple" Tour de Lombardie. Comme il le dit, il l'a déjà gagné, de la plus belle des manières en plus, et c'est pour ça que je trouvais qu'un podium sur la Vuelta lui apporterait plus qu'une nouvelle victoire en Lombardie.
Pinot a choppé le virus du Tour.
Déjà, la blessure semble plus grave que prévu s'il ne peut toujours pas marcher correctement 3 jours après.
Ensuite, je vois un coureur qui est post Tour et qui va avoir du mal à être remotivé par un "simple" Tour de Lombardie. Comme il le dit, il l'a déjà gagné, de la plus belle des manières en plus, et c'est pour ça que je trouvais qu'un podium sur la Vuelta lui apporterait plus qu'une nouvelle victoire en Lombardie.
Pinot a choppé le virus du Tour.
- loloherrera
- Leader

- Messages : 18114
- Inscription : 07 juil. 2014, 15:15
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Superbe entretien...entre ces propos et le docu, j'en arrive à me mettre à sa place, à penser comme lui, à ressentir tous ses up and down...j'en suis à souhaiter un grand truc pour lui l'an prochain, moi qui suis assez neutre en temps normal.
Au delà du coureur, c'est aussi l'homme qui se dévoile, se confie. Rarement été aussi captivé par une interview.
Au delà du coureur, c'est aussi l'homme qui se dévoile, se confie. Rarement été aussi captivé par une interview.
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Pour l'itw dans pour moi, les passages que je retiens. C'est indéniablement cet enchainement ci-dessous, qui évoque - pour ceux qui le suivent de longue date - une grosse une évolution.
À quel moment avez-vous commencé à y croire dans ce Tour ?
Le soir de Prat d'Albis. Quand tu es capable de lâcher tous les favoris un par un à la pédale, sur des pentes qui ne sont pas non plus les plus dingues, tu sais qu'il y a un effet d'aspiration sur ces pourcentages, c'est là que tu te dis que tu es fort. Mais j'étais serein, je prenais ça très bien, et je me suis même surpris à ne pas paniquer, à ne pas stresser.
Il y a quelque temps, vous auriez pété un câble en pareille situation ?
J'aurais angoissé de gagner, oui.
Qu'est-ce qui a changé ?
J'ai faim de victoires, j'en ai marre de cette frustration qui gâche ma carrière. J'avais envie de montrer de quoi j'étais capable, surtout sur le Tour de France, avec le soutien que j'avais. Je sentais que les gens n'attendaient que ça, et je m'étais pris au jeu aussi.
Vous avez été surpris par toutes ces marques d'affection, tous ces messages d'amour ?
C'est vrai que j'ai peut-être reçu plus de messages quand j'abandonne que quand je gagne en haut du Tourmalet. Je préfère ça, que les gens m'écrivent quand ça ne va pas, parce que c'est facile de le faire quand ça va. Ça m'a vraiment touché, parce que je ne suis pas le meilleur coureur du monde, c'est sûr, mais je suis différent des autres, et ça, je le sais. Je donne des émotions, bonnes ou mauvaises, certains me détestent, beaucoup m'aiment. Je ne laisse pas indifférent, et c'est quelque chose de bien. Je ne fais pas exprès, je suis comme ça. Si je peux rendre les gens heureux, c'est aussi un peu le but de tout ça. Et c'est pour ça que j'ai envie de revenir sur le Tour, pour continuer cette histoire.
À quel moment avez-vous commencé à y croire dans ce Tour ?
Le soir de Prat d'Albis. Quand tu es capable de lâcher tous les favoris un par un à la pédale, sur des pentes qui ne sont pas non plus les plus dingues, tu sais qu'il y a un effet d'aspiration sur ces pourcentages, c'est là que tu te dis que tu es fort. Mais j'étais serein, je prenais ça très bien, et je me suis même surpris à ne pas paniquer, à ne pas stresser.
Il y a quelque temps, vous auriez pété un câble en pareille situation ?
J'aurais angoissé de gagner, oui.
Qu'est-ce qui a changé ?
J'ai faim de victoires, j'en ai marre de cette frustration qui gâche ma carrière. J'avais envie de montrer de quoi j'étais capable, surtout sur le Tour de France, avec le soutien que j'avais. Je sentais que les gens n'attendaient que ça, et je m'étais pris au jeu aussi.
Vous avez été surpris par toutes ces marques d'affection, tous ces messages d'amour ?
C'est vrai que j'ai peut-être reçu plus de messages quand j'abandonne que quand je gagne en haut du Tourmalet. Je préfère ça, que les gens m'écrivent quand ça ne va pas, parce que c'est facile de le faire quand ça va. Ça m'a vraiment touché, parce que je ne suis pas le meilleur coureur du monde, c'est sûr, mais je suis différent des autres, et ça, je le sais. Je donne des émotions, bonnes ou mauvaises, certains me détestent, beaucoup m'aiment. Je ne laisse pas indifférent, et c'est quelque chose de bien. Je ne fais pas exprès, je suis comme ça. Si je peux rendre les gens heureux, c'est aussi un peu le but de tout ça. Et c'est pour ça que j'ai envie de revenir sur le Tour, pour continuer cette histoire.
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
J'ai trouvé Madiot exceptionnel dans le documentaire !!
C'est un orateur impressionnant, il en dégage quand même. Et il croit en ce qu'il dit. Il a ce charisme et ce phrasé pour faire passer des messages forts.
Mauduit dégage beaucoup de calme et ses mots sont choisis. Sa voix est sa force. Après, il ne dit rien d'extra non plus mais quand tu as sa voix et son calme le message passe mieux.
Mauduit dégage beaucoup de calme et ses mots sont choisis. Sa voix est sa force. Après, il ne dit rien d'extra non plus mais quand tu as sa voix et son calme le message passe mieux.
- trevorphilips
- Equipier de luxe

- Messages : 7011
- Inscription : 05 juil. 2015, 13:20
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
je plussoie les propos de velomen et thomasben sur madiot et mauduit, bien dit, je pense la même 
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
Pinot a prouvé qu'il était capable de battre les meilleurs à la pédale en montagne, bon ca on le savait déjà avec son Lombardie et ses différents coups d'éclats en montagne.
Après pour la gagne du Tour il en a été proche mais très loin aussi vu qu'on ne saura jamais ce qu'il aurait fait dans les Alpes.
L'an prochain c'est avant le Tour qu'il doit prouver qu'il va y aller pour gagner en commençant par gagner une grande WT de 1 semaine, car si on regarde ces dernières années tout ceux qui ont gagné le Tour ont gagné avant une WT de 1 semaine : Wiggins, Froome, Nibali, Thomas, Bernal....
Après pour la gagne du Tour il en a été proche mais très loin aussi vu qu'on ne saura jamais ce qu'il aurait fait dans les Alpes.
L'an prochain c'est avant le Tour qu'il doit prouver qu'il va y aller pour gagner en commençant par gagner une grande WT de 1 semaine, car si on regarde ces dernières années tout ceux qui ont gagné le Tour ont gagné avant une WT de 1 semaine : Wiggins, Froome, Nibali, Thomas, Bernal....
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
C'est de l'ordre du détail mais c'est assez exceptionnel, regardez les commentaires en dessous de l'article de Lequipe... Chose rare (en 50 commentaires lu) j'ai pas vu une seule insulte, blague ou troll !
Que de l'amour, des encouragements !
Que de l'amour, des encouragements !
- trevorphilips
- Equipier de luxe

- Messages : 7011
- Inscription : 05 juil. 2015, 13:20
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
merci pour l'article !BanditManchot a écrit : 29 juil. 2019, 21:51
Comment réussissez-vous à finir l'étape ?
Mentalement, j'y suis encore parce que je suis dans le match, mais physiquement j'étais sur une jambe. Movistar met en route dans l'Izoard, et là j'ai déjà très mal. Et après, quand je suis dans la roue des Ineos dans le Lautaret, je suis limite à déjà lâcher, je n'attends qu'une chose, c'est qu'on passe petit plateau pour mettre moins de force dans le Galibier, où les pentes sont plus raides. Je me dis que ça fera peut-être moins mal, que si j'arrive à passer la journée avec les favoris, ce sera parfait. Je me tenais à ça.
Et quand Bernal attaque ?
Je n'ai même pas cherché à comprendre parce que j'avais la jambe droite, celle qui était bonne, complètement asphyxiée, et la gauche où je n'arrivais pas à forcer, avec beaucoup de douleur au niveau du muscle. Pourtant, j'arrive quand même à être presque le meilleur derrière Bernal au sommet. C'est la dernière image que j'ai du Tour. Sur une jambe, j'étais encore là.
À quel point vous faites-vous mal pour aller chercher Geraint Thomas ?
Je donne tout parce que je sais que c'est mon arrivée. Je sais que la descente va être compliquée, je ne pouvais pas faire de sprint, donc à chaque relance, je me disais que j'allais prendre un peu d'avance, que j'allais la faire à mon rythme, c'est pour ça que j'ai pris le manche pour faire les relances que je veux, et surtout que je peux subir.
C'est là que vous avez paru le moins bien, surtout quand Alaphilippe déboule et que vous n'arrivez pas à prendre sa roue...
Oui, justement, parce que le muscle commence à refroidir avec la descente, et la première relance que fait Alaphilippe, je suis incapable de la suivre. Et une fois que tu as laissé dix mètres à Julian dans la descente, tu laisses passer les autres.
Vous devez bien avoir un début de réponse au fond de vous...
Bien sûr. Bien sûr que je me dis que même en lui donnant 1'40'' (à cause du coup de bordure), j'étais encore devant lui au général. Jusqu'au Galibier, bien sûr. Mais voilà, c'était peut-être le meilleur niveau que j'aie jamais eu, je commençais à rêver aussi. Une fois qu'on avait passé Gap, c'étaient trois jours dans les Alpes, et là, c'était pour moi, c'étaient les trois étapes que j'attendais. Forcément, dans la tête, tu commences à y croire.
À croire que Bernal était prenable ?
Bien sûr, et heureusement que j'y croyais, parce que les deux étapes dans les Pyrénées, je suis devant lui. Il n'y a pas de raison que ça change en quatre jours.
l est évidemment difficile de se projeter, mais sans muscle déchiré, vous le suivez dans le Galibier ?
Je suis sur une jambe, et j'en lâche certains au sommet. Donc il y a des chances, oui.
À quel moment avez-vous commencé à y croire dans ce Tour ?
Le soir de Prat d'Albis. Quand tu es capable de lâcher tous les favoris un par un à la pédale, sur des pentes qui ne sont pas non plus les plus dingues, tu sais qu'il y a un effet d'aspiration sur ces pourcentages, c'est là que tu te dis que tu es fort.
Pour oublier tout ça, toutes ces galères, il n'y a plus que la victoire. Un podium ne suffira plus.
je fais ressortir ces quelques lignes qui montrent clairement que sans sa blessure il a toutes ses chances de suivre bernal (j'ai même envie de dire "à minima"). Et pas mal d'éléments laissent pense que bernal n'aurait pas été supérieur à pinot dans l'iseran
enfin pinot a lui même conscience qu'il a besoin des difficultés et de l'adversité pour progresser. Il parle de ce giro 2018 qui a modifié son destin (et c'est clair que sans cet abandon au giro il n'aurait jamais fait ce tdf 2019) et qui l'a rendu plus fort que jamais (ça il en parle pas clairement et je ne sais pas s'il en a complètement conscience mais c'est le cas).
"Ce qui ne vous tue pas vous rend plus fort " est un bon dicton et il va très bien à pinot.
On sent que là il est prêt à revenir encore plus fort en 2020 et si jamais il gagne la victoire et l'histoire n'en sera que plus belle ! (d'autant plus belle si en + il doit vaincre froome et dumoulin )
Re: Thibaut Pinot : topic réservé aux esperts en Pinotologie
@Andy55, je souhaite évidemment une victoire de Pinot sur une Wt d'une semaine mais de là à en faire un passage obligé... Le cyclisme n'est pas aussi linéaire, simple.
