Le forum dédié aux fans d'histoire du cyclisme, de palmarès de coureurs, de courses, mais aussi de nombreux jeux organisés par nos animateurs. Vous retrouverez aussi ici les débats autour du cycle historique mis en place par David

Modérateur : Modos HP

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Par CPTmatros
#3210061
J'ai pas trop trouvé de topic adapté pour parler des anciens Tours en général.

Je me permets d'ouvrir ce sujet.

Car depuis quelques jours la chaine Youtube de David Dugué poste les étapes du Tour 1993.
Comme j'ai commencé en 1994, je m'aperçois que ce Tour a été une vraie purge. Une petite exception de la décennie 90 qui a été flamboyante (et pour cause).

PS: désolé si un tel topic existait déjà...
Par fred30
#3210168
Il y a un topic sur le Tour 1987, qui a glissé vers "les tours les plus palpitants selon vous" au fil des commentaires.

C'est quel tour que tu considères comme une purge ? 93 ?
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Par AlbatorConterdo
#3210174
fred30 a écrit :
26 août 2020, 23:23
Il y a un topic sur le Tour 1987, qui a glissé vers "les tours les plus palpitants selon vous" au fil des commentaires.

C'est quel tour que tu considères comme une purge ? 93 ?
Pourquoi ? Tu l'as trouvé passionnant ? :genance:
Par fred30
#3210231
AlbatorConterdo a écrit :
26 août 2020, 23:59
fred30 a écrit :
26 août 2020, 23:23
Il y a un topic sur le Tour 1987, qui a glissé vers "les tours les plus palpitants selon vous" au fil des commentaires.

C'est quel tour que tu considères comme une purge ? 93 ?
Pourquoi ? Tu l'as trouvé passionnant ? :genance:
Non, aucun souvenir. Mais comme 94 ou 95 disons.
Faut dire qu'en 93, j'avais 8 ans.
Je regardais combien il y avait de kilomètres dans l'étape du jour et je faisais autant de tours de jardin.

Après mes 250 tours de jardin, j'allais voir mon grand-père en disant : c'est bon, j'ai fait comme les coureurs ! :rieur:

Le premier tour de france où j'ai compris les enjeux et ce qui se passait vraiment, c'était 96.
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Par levrai-dufaux
#3210249
CPTmatros a écrit :
26 août 2020, 19:31
En fait je suis à peu près sûr qu'il existait à la réflexion.
Je n'ai pas vérifié mais il me semble qu'il y avait un sujet sur les années 90 en effet :reflexion:

En revanche, je suis à peu près certain qu'un tel sujet n'existait pas pour les périodes plus lointaines, ça peut donner l'occasion de les aborder :super:
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Par angelsB
#3210259
Ce n'est pas une mauvaise idée ! :green:
Du coup j'ai envie de vous faire partager une réflexion qui m'est venue à propos de ce TdF "hors-norme" auquel j'ai énormément de mal à m'intéresser...
Il s'associe pour moi avec le Tour... 1968 ("je vous perle d'un temps que les moins de... 60 ans ne peuvent pas connaitre..." comme disait Aznavour). C'est l'un des deux seuls TdF que je n'ai pas suivi depuis les années 60 car cette année-là il y avait plein de choses dans ma vie qui me passionnaient plus que le cyclisme.
Du coup n'ayant strictement aucun souvenir de cette édition (dont le CG inattendu s'est pourtant joué au suspens lors d'un clm du dernier jour comme en 89) j'ai jeté un œil sur les chronique d'Antoine Blondin de cette édition... pour m'apercevoir que celui-là avait été particulièrement sans le moindre intérêt ! Même le chroniqueur a passé son temps à parler d'un Tour qui dort, de peloton qui escalade les cols mythiques comme un troupeau de moutons, etc. Il semble que celui-là ait été une vrai purge du début à la fin ! Pas l'once d'une action enthousiasmante, une interminable attente d'un verdict de comptable... Finalement je ne regrette pas de l'avoir zappé !
Seuls évènements qui auraient pu faire des pages de débat sur VCN : l'exclusion de Stablinski capitaine de l'équipe tricolore pour contrôle positif et la grave chute de Poulidor renversé par une moto d'information... Mais, à part ça, on y retrouve l'agacement interventionniste de l'organisateur (Levitan) qui menace de supprimer les primes si les coureurs ne chassent pas derrière Poppe, un équipier Belge parti pour une échappé solitaire sans intérêt mais qui risque de prendre définitivement le maillot jaune à la veille de l'arrivée grâce à la passivité du peloton !
Bref : des classiques du cyclisme depuis toujourscqu'on croit découvrir comme des pratiques du 21ème siècle sur VCN ! :green: :siffle:
:wink:
Par fred30
#3210270
Ah oui ! Merci AngelsB pour ce rappel sur le Tour 1968.
Effectivement, c'est un tour qui n'évoque rien pour moi, si ce n'est le visage ensanglanté de Poulidor après la chute provoquée par la moto. Sorte d'image d'Epinal d'un Poulidor poissard.

Sur le manque d'initiative et de mouvement, ça rappelle le Tour 1961, où Anquetil porte déjà le maillot jaune au 1er soir de la course.
A partir de là l'équipe de France verrouille tout, quitte à mettre un gars dans les échappées qui ne roule pas, et qui flingue les autres pour gagner l'étape :green:
Gaul est distancé dans la plaine et, vieillissant, ne fait plus les écarts de 3 ou 4 ans en arrière. Il s'échappe quand même dans la Chartreuse, mais ne reprend "que" (!) 2min30 ! Un gouffre selon les standards de notre époque.

Et Jacques Goddet laisse éclater sa colère au soir de l'étape pyrénéenne classique : Peyresourde - Aspin - Tourmalet - Aubisque. Tous escamotés !
D'où l'expression "les Nains de la Route" ...
L'année suivante, c'est le 1er tour par équipe de marques. Peut-être y a-t-il un lien ...
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Par levrai-dufaux
#3210532
Le parcours du Tour 1968 était très allégé en difficultés suite au décès de Simpson l'année précédente.
Le début de l'épreuve avait donné lieu à une "purge" au cours de laquelle les sprints s'étaient enchaînés, ce qui avait suscité de nombreuses critiques à l'égard du tracé. En réponse à celles-ci, Levitan répliquait en avançant que les journalistes avaient les "yeux usés" par l'habitude, ce qui avait provoqué une grève de ces derniers lors des ultimes kilomètres de la 10e étape qu'ils avaient refusé de couvrir !
Un fait probablement unique dans l'histoire du Tour qui aurait surement fait couler beaucoup d'encre sur le forum :tonton:
Par -frangin
#3210562
Oui, le Tour 1968, "le Tour de la santé" qui prit son départ à Vittel était très allégé en haute montagne.
Les deux seuls cols de légende le furent lors de la 12e étape Pau - St Gaudens, l'Aubisque puis le Tourmalet situé à 100 km de l'arrivée. Lors de la 13e étape, la montée finale de l'Envalira ne provoqua aucun écart. Dans les Alpes, une seule vraie étape de montagne dans les cols de la Chartreuse (Granier, Cucheron et Porte).
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Par JohanMusée
#3210826
C'est toujours amusant les différences de mémoire selon les pays. En Belgique, on parle toujours de ce Tour avec le sommet de stress et de déception du clm du dernier jour.
Au matin du contre-la-montre, Ferdinand Bracke semblait avoir course gagnée. Recordman de l'heure, il était habituellement très largement supérieur à Van Springel et Janssen dans l'exercice. Il est cependant totalement passé à côté, au grand malheur d'une Belgique atterrée. Mon Grand-Père m'en a d'ailleurs régulièrement parlé.
Officiellement, Bracke et Van Springel (normalement supérieur aussi à Janssen dans l'exercice solitaire) ont été tétanisés par le stress. Officieusement, c'est p-ê autre chose. Mon vélociste lorsque j'habitais Bruxelles, ancien pro de cyclo-cross des années 1970, m'avait expliqué avoir eu comme mécano un membre du staff de l'équipe nationale de 1968. Les Hollandais auraient lancés la rumeur d'une grosse opération de contrôle anti-dopage ce jour-là. Les Belges auraient mordu à l'hameçon et n'auraient donc pas salé la soupe ce jour-là, au contraire de Janssen, qui n'a jamais eu la réputation de cracher dans cette soupe-là.
A cause de ce final, ce Tour n'est donc jamais mentionné comme ennuyeux en Belgique. Jamais comme passionnant non plus. On le voit toujours juste au travers de son final pathétique (pas dans le sens dénigrant du terme).
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Par levrai-dufaux
#3214474
En tant que recordman de l'heure (et premier homme à avoir franchi la barrière des 48 km/h), Bracke était logiquement favori de ce chrono final. Sa performance est clairement décevante par rapport à ce qu'on pouvait en attendre.
Toutefois, je ne dirais pas qu'il avait course gagnée. Déjà parce qu'il avait pratiquement deux minutes à reprendre à Van Springel qui était un très bon rouleur, en témoignent ses deux victoires sur le GP des Nations(et devant une belle concurrence : il bat Ritter en 1970, lequel était devenu recordman de l'heure entre temps). Ensuite parce que c'était la première fois que Bracke se retrouvait à la lutte pour le général d'un GT. Or on sait à quel point les qualités de récupération des uns et des autres viennent influer sur les résultats d'un chrono couru en fin de troisième semaine. De ce point de vue, celles de Bracke étaient une inconnue.
A mes yeux, le grand perdant de ce chrono, c'est plutôt Van Springel. On aurait un tout autre regard sur son impressionnant palmarès s'il l'avait emporté ce jour-là. Outre les rumeurs évoquées sur les contrôles anti-dopage (rumeurs dont les organisateurs ont été accusés d'être à l'origine), Van Springel mit en avant le fait d'avoir disputé ce contre-la-montre sans son vélo de chrono, à l'inverse de Janssen qui aurait lui disposé d'un vélo allégé. De quoi évoquer les polémiques du Tour 89 dont le final a d'ailleurs contribué à éclipser celui de ce Tour 68.
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Par JohanMusée
#3215345
Je suis tout à fait d'accord pour Bracke. Je ne faisais qu'expliquer la version "officielle en Belgique".
Van Springel a clairement un palmarès énorme. Il a quand même fait podium sur les 3 GT. Mais face à des Van Looy,n Merckx et De Vlaeminck, c'était tendu pour lui de se faire une place au soleil. Il me semble qu'il avait aussi une personnalité plus discrète, ou je me trompe? Il pâti aussi de la disparition de Bordeaux-Paris (surtout) et du Grand Prix des Nations. Si le mec avait, au hasard, 7 Tour des Flèche Wallonne, on en entendrait plus parler je crois...
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Par JohanMusée
#3222330
Comme expliqué plus haut, pour les Belges, il est parfois amusant de constater les écarts de vues d'événements du Tour entre la France et la Belgique. Les Français ne regardant, à de rares exceptions près, que les médias de leur pays, ont tendance à prendre certaines vues pour tout à fait établies.
Pour ce qui est du Tour de France, je trouve qu'il y a souvent là une faiblesse assez marquante chez les journalistes et historiens du sport français. En effet, si on se base sur la façon d'expliquer pas mal d'anecdotes, on peut remarquer que les source sont presque toujours les mêmes : Desgrange ou Goddet. Ces derniers n'ont pourtant jamais été réputés pour leur grand objectivité, spécialement pour le premier.
En quelque sorte, les Belges ont donc une chance, celle d'avoir accès et de suivre les médias de deux pays différents, et d'ainsi bénéficier de différents points de vues. A ce titre, un Tour souvent évoqué parce que charnière, fait office d'exemple flagrant : celui de 1929.
Voici un extrait de travail d'analyse de sources que j'avais fait à l'époque :

"Au départ du Tour 1929, l'optimisme paraît de rigueur. Le Soir estime que « tant que Henri Desgrange vivra, son rejeton et les sportifs n'auront rien à craindre » , La Dernière Heure souligne pour sa part que ce tour « s'annonce comme l'un des plus heureux » .
D'un point de vue réglementaire, l'épreuve revient à sa formule d'origine prônant l'effort individuel : les départs séparés disparaissent et toute entraide est formellement interdite.
Las, Desgrange voit à nouveau un des champions Alcyon, Maurice De Waele, ramener le maillot jaune à Paris. La victoire de ce dernier, parce qu'il termine l'épreuve malade et qu'il possèderait une personnalité effacée , excède le grand patron du Tour qui déclare : « On a fait gagner un cadavre, comment un « maillot jaune » aussi facile à dépouiller a-t-il pu garder la première place ? Pourquoi ses adversaires se sont-ils montrés aussi peu efficaces ? Que penser de leur tactique et de la valeur réelle du vainqueur ? » . Desgrange veut exclure les équipes de marque de la course. En 1930, il instaure les équipes nationales. Cinq équipes sont invitées : l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, la France et l'Italie.

Dans tous les livres consacrés au Tour de France et basés sur des articles issus exclusivement de la presse française, l'édition 1929 est décrite comme une année charnière, comme un pavé qui aurait fait déborder le vase de la formule du Tour de France par équipes de marques. De Waele, malgré le fait qu'il soit parfois reconnu comme un « vainqueur exemplaire » , reste un vainqueur qui n'aurait jamais dû ramener le maillot jaune à Paris en raison de son état de faiblesse. À la suite de sa victoire, l'épreuve aurait été « décrédibilisée » . Jacques Goddet, dans une interview réalisée à la fin de sa vie insiste encore a posteriori : « un vainqueur minable qui avait gagné grâce, en effet, à des achats de consciences faits par son patron. C'était lamentable ! C'était le scandale ! » .
Pourtant, à la lecture de la presse écrite belge de l'époque, la vision de la chose est bien différente. Le Soir déclare : « Il ne s'est pas laissé déposséder de son maillot jaune et son mérite est d'autant plus grand qu'il a été à ce point indisposé dans les Alpes que l'on a bien cru que le Tour était fini pour lui ; il a fait preuve d'un courage et d'une volonté dont on a rarement eu exemple » . Pour La Dernière Heure, « sa force de caractère lui permit de surmonter les défaillances et de vaincre » . Et le même journal de publier quelques jours plus tard une interview de Henri Desgrange qui pose question : « Je suis heureux de la belle victoire de votre compatriote Dewaele (sic.) ; il l'a cent fois méritée ; il a donné à tous de splendides exemples de courage, de volonté persévérante (...), sa victoire est bien celle du meilleur » . Hypocrisie poussée à son extrême par le grand patron du Tour, ou mots inventés de toute pièce par le journaliste?

Du point de vue de la formule, l'édition 1929 semble même, pour la presse belge, avoir été une année légèrement meilleure que les précédentes : « Cet énorme succès populaire, dis-je, on le doit certainement à la formule adoptée cette année par le créateur du Tour » , « Cette formule sera donc certainement conservée l'an prochain » . Un an plus tard et malgré le changement de formule opéré, l'impression est toujours la même. Revenant sur l'édition 1929, La Libre Belgique déclare en 1930 : « Enfin, l'an dernier, le prestige de l'épreuve fut quelque peu rehaussé » .
La vision des faits et des mérites de Maurice De Waele semble indéniablement souffrir d'une optique différente selon qu'on se trouve d'un côté ou de l'autre de la frontière franco-belge."
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Par levrai-dufaux
#3225866
Merci JohanMusée pour ce message très intéressant :super:

En ce qui concerne le Tour 1929, je crois qu'il y a un point sur lequel Français et Belges s'accorderont, c'est qu'il succède à deux éditions qui ont été extrêmement particulières compte-tenu de la formule adoptée dans la plupart des étapes de plaine (contre-la-montre par équipes avec prise de temps individuel). De ce point de vue, le retour à une formule plus classique (malgré quelques départs séparés) a probablement rendu de la lisibilité à la course. Par ailleurs, l'édition 1929 est marquée par l'apparition des grimpeurs espagnols au plus haut niveau avec Cardona qui remporte la première victoire d'étape de l'Espagne sur l'épreuve. On peut comprendre que certains suiveurs y aient vu une amélioration du niveau malgré l'absence des meilleurs Italiens (Pancera, 2e du Tour cette année-là, n'avait fini que 7e sur le Giro quelques semaines auparavant).

Cela étant dit, il me semble que notre appréciation des Tours de la fin des années 1920 en France est essentiellement due à l'absence de champions Français de premier plan. Il est certain que si Fontan était allé jusqu'au bout en 1929, nous aurions un regard tout à fait différent sur ce Tour de France.
En ce qui concerne De Waele, il faut rendre justice à son courage (Leducq lui rend d'ailleurs un bel hommage), et il était un très solide coureur, mais il n'en est pas moins exact que l'équipe Alcyon a totalement sabordé la dernière étape alpestre pour préserver les chances de De Waele malade et ce, alors que le règlement interdisait strictement l'entraide entre coureurs cette année-là. Seulement 50 km sont parcourus au cours des trois premières heures de cette étape, c'est vraiment une mascarade :rieur: Et il faut voir de quelle manière les coureurs contrôlaient les attaques ces années-là (j'ai en tête le témoignage de Marcel Bidot en écrivant)
Je ne crois pas abusif de soutenir que cet épisode a constitué la goutte d'eau ayant fait déborder le vase du côté des organisateurs et ait précipité le passage aux équipes nationales.
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Par gradouble
#3226117
levrai-dufaux a écrit :
14 sept. 2020, 15:29
Et il faut voir de quelle manière les coureurs contrôlaient les attaques ces années-là (j'ai en tête le témoignage de Marcel Bidot en écrivant)

Oui très intéressant JohanMusée.

Et levrai-dufaux peux-tu en dire plus sur ce passage?
Je suis intrigué; tu veux dire que c'était assez violent, parfois?
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Par Lemon-Curry
#3226129
A ce sujet il peut aussi être intéressant d'évoquer le Tour 37 qui a vu Desgrange décider en cours de route de supprimer tout bonnement les 3 contre-la-montre par équipes prévus restant après avoir constaté la superiorité de l'équipe belge dans cette exercice durant ses deux premières occurrences cette année-là. Ça et le fait qu'une équipe de France décimée avait été mêlée avec la sélection Suisse pour pouvoir limiter la casse durant ces étapes chronométrées.

Cette décision, couplée avec une pénalité perçue comme injuste à l'encontre du maillot jaune Sylvère Maes (pour entraide avec des coureurs "individuels" belges) et à une certaine hostilité du public français provoquera le retrait de la totalité de l'équipe Belge à la sortie des Pyrénées et laissera la porte ouverte à Roger Lapébie pour remporter son unique Tour de France.

Difficile pourtant de voir Lapébie comme un vainqueur par défaut, parce qu'il était revenu à 25 secondes de Maes avant l'abandon de celui-ci et qu'il avait lui-même été pénalisé d'1 minute 30 (pour poussettes), bien plus que les 15 secondes de pénalité reçues par le Belge. Mais c'est vrai qu'on se souvient surtout de ce Tour pour l'archi-domination d'un troisième larron, Bartali, dans les Alpes, puis sa chute et son abandon et qu'on en oublierait presque les autres protagonistes.

Il serait intéressant de savoir comment ce Tour a été vécu et rapporté en Belgique.
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Par JohanMusée
#3226273
Lemon-Curry a écrit :
14 sept. 2020, 21:36
A ce sujet il peut aussi être intéressant d'évoquer le Tour 37 qui a vu Desgrange décider en cours de route de supprimer tout bonnement les 3 contre-la-montre par équipes prévus restant après avoir constaté la superiorité de l'équipe belge dans cette exercice durant ses deux premières occurrences cette année-là. Ça et le fait qu'une équipe de France décimée avait été mêlée avec la sélection Suisse pour pouvoir limiter la casse durant ces étapes chronométrées.

Cette décision, couplée avec une pénalité perçue comme injuste à l'encontre du maillot jaune Sylvère Maes (pour entraide avec des coureurs "individuels" belges) et à une certaine hostilité du public français provoquera le retrait de la totalité de l'équipe Belge à la sortie des Pyrénées et laissera la porte ouverte à Roger Lapébie pour remporter son unique Tour de France.

Difficile pourtant de voir Lapébie comme un vainqueur par défaut, parce qu'il était revenu à 25 secondes de Maes avant l'abandon de celui-ci et qu'il avait lui-même été pénalisé d'1 minute 30 (pour poussettes), bien plus que les 15 secondes de pénalité reçues par le Belge. Mais c'est vrai qu'on se souvient surtout de ce Tour pour l'archi-domination d'un troisième larron, Bartali, dans les Alpes, puis sa chute et son abandon et qu'on en oublierait presque les autres protagonistes.

Il serait intéressant de savoir comment ce Tour a été vécu et rapporté en Belgique.
Je n'ai malheureusement plus trace du dépouillement des sources concernant ce Tour que pour l'aspect de l'approche de la formule par EN par la presse belge :

"En 1937, l'équipe belge abandonne à Bordeaux quelques jours avant l'arrivée au Parc des Princes alors que, selon les journalistes, « l'équipe belge était la plus forte » . L'application du règlement jugée partiale et l'hostilité démesurée du public français les amènent à quitter la course.
Comme l'année précédente, des changements sont opérés dans la formule, mais la presse se contente de les énumérer.

Dans les jours qui suivent immédiatement l'abandon, les journalistes s'emportent : « On reconnaît que c'est la formule des équipes nationales qui est la grande responsable de cet état de choses, car il est difficile de discipliner près d'un mois les instincts et les sentiments nationaux d'une foule, lorsqu'on s'est complu à les exacerber par une savante préparation » , dans la dernière partie de cette citation, le journaliste incrimine une partie de la presse française, qui se serait montrée coupable d'avoir fait mousser « les passions chauvines » dans une épreuve dont « le succès est désormais basé sur la confrontation des amours-propres nationaux des compétiteurs et de leurs partisans »
La presse belge estime que « la formule des équipes nationales a vécu » et qu'il est grand temps « qu'on revienne au plus vite à une formule qui enlève à tout jamais la notion nationale d'une aventure où elle n'a que faire » .
Ces diatribes enflammées et pessimistes sont vite calmées par un communiqué du président de la Ligue Vélocipédique Belge qui recommande le « calme et la dignité » ."


Pour ce qui est des événements en eux-mêmes, ça avait été jusqu'à créer des soucis diplomatiques. Les ambassadeurs français avaient dû être reçus pas les autorités belges à ce sujet et la presse avait fait ses choux gras de l'affaire. L'équipe nationale avait été reçue par le Roi à son retour (chose assez rare pour des sportifs). Il est assez fou de remarquer la petite place accordée à cet événement dans livres du Tour par rapport au foin que ça a fait à l'époque pendant des semaines.

Ce qui était marquant, c'était que ce qui retenait le plus les griefs des coureurs et des journaliste belges était un fait à ma connaissance jamais relaté dans les livres français. A savoir que Lapébie avait été tracté sur plusieurs cols par une voiture de l'organisation à distance respectable de Maes et Vervaecke afin de ne pas être vus par ces derniers, qui étaient à chaque fois surpris de revoir Lapébie si vite dans les descentes alors qu'il paraissait en grande difficulté dès le pied des ascensions.
Peut-être que les faits sont exagérés, c'était dans l'air du temps. Mais force est qu'on ne peut accorder une grande confiance à une organisation capable de changer le règlement en pleine épreuve parce qu'elle ne tourne pas en faveur de ses favoris. Lapébie est resté un coureur à la réputation malhonnête et sulfureuse dans la presse belge jusqu'après-guerre. J'avais aussi été aux archives de la KBR lire un petit livre de Sylvère Maes MAES (Sylvère Maes, « Ma route au maillot jaune », Bruxelles, Le Sphinx, 1951) écrit dans un style scolaire d'enfant très appliqué assez attendrissant. Il revenait et confirmait ses dires quant au tractage de Lapébie et, 14 ans plus tard, force était de constater qu'il avait la rancune bien tenace à son égard. Plus encore que vis-à-vis de Desgrange, par exemple.

Du reste, outre les deux poids deux mesures et le manque de protection de l'organisation vis-à-vis des supporters français, ce qui avait réellement provoqué le retrait de l'équipe, c'était l'attitude condescendante de Desgrange. La veille au soir, les Belges avaient dit que le bon sens voudrait qu'ils se retirent tant tout ça n'avait plus de sens. Ce à quoi Desgrange s'était foutu de leur poire en mode "vous n'oseriez jamais". Quand Desgrange a compris le lendemain, il serait devenu blême et se serait rué à la gare où les Belges étaient déjà dans les wagons. Il a consacré le reste de son Tour a réhabiliter la victoire de Lapébie pour tenter de sauver la crédibilité de l'édition 1937.

Si Bartali n'avait pas chuté, peut-être qu'on en aurait jamais parlé.
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Par levrai-dufaux
#3226357
gradouble a écrit :
14 sept. 2020, 21:16
levrai-dufaux a écrit :
14 sept. 2020, 15:29
Et il faut voir de quelle manière les coureurs contrôlaient les attaques ces années-là (j'ai en tête le témoignage de Marcel Bidot en écrivant)

Oui très intéressant JohanMusée.

Et levrai-dufaux peux-tu en dire plus sur ce passage?
Je suis intrigué; tu veux dire que c'était assez violent, parfois?
Oui, j'ai le sentiment que c'était nettement plus violent qu'aujourd'hui : quand les coureurs décidaient de bloquer la course, ils ne se contentaient pas de faire des vagues ou bien barrage comme on peut le voir, ils empêchaient physiquement leurs adversaires d'attaquer.

Mes souvenirs ont quelque peu amplifié les déclarations de Bidot (que j'ai relues ce matin et que j'avais assimilées aux commentaires qui s'y rapportent). Néanmoins, s'il se contente pudiquement de dire que lui et son équipe ont bloqué la course, on comprend que c'est la manière forte qui était employée : adversaires retenus par la selle (Benoît Faure en fut victime notamment), "croches-pieds", intimidation physique, cela ne rigolait pas avec les Alcyon ! Lesquels pouvaient compter sur le soutien des coureurs membres des firmes filiales et même de certains adversaires (Demuysère qui était le plus dangereux notamment).

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