Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

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Iguane
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Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

J'ai regardé hier et avant-hier la rediffusion du Paris-Roubaix 2002, édition vraiment mythique car il s'agit de la 3ème et je pense la plus belle victoire de Museeuw sur cette course, ainsi que la révélation au grand public de son successeur, Boonen. Ce qui m'a marqué pour le jeune belge, c'est sa position, mains en bas sur les pavés boueux, contraste avec ses adversaires. La beauté de Museeuw dans l'effort est également remarquable, le visage marqué, sans cesse à la relance en danseuse face au vent, un des rares à poser les avant bras sur le cintre dans les portions asphaltees.

Les conditions étaient vraiment particulières, avec une échappée monstrueuse à l'avant, la pluie et le vent de face qui ont essorés les équipiers et obligé les favoris, Museeuw, Hincapie, Michaelsen, Wesemann à se découvrir de très loin, pendant que pour la Mapei de Tafi la journée tournait au cauchemar.

Je suis tombé sur un blog en anglais avec les interview et souvenirs d'époque des principaux protagonistes, que je trouve très instructif, je vous le partage :

Muddy Hell: Paris-Roubaix 2002, the last wet Hell of the North - The world's finest cycling magazine
https://journal.rouleur.cc/paris-roubai ... ell-north/

Pour ceux qui sont intéressés et pas à l'aise en anglais je peux faire une traduction.

Et le lien video pour le plaisir :


Je pense que je posterai d'autres commentaires sur ces anciens roubaix, idéal pour le home-traîner en cette période... On peut facilement faire son fractionné en accélérant avec les champions sur les secteurs pavés et le rythme de pedalage, plus lent et saccadé sur les pavés, convient bien à l'exercice. :super:
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RemcoAlafpolak
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Re: Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

2002, c'est celui avec la chute de Hincapie dans un fossé plein d'eau?
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Iguane
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Re: Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

Oui, dans le secteur juste avant l'arbre, camphin-en-pevele. Le secteur était affreux, la boue recouvre quasiment entièrement le pavé.

Je pense que c'est une chute due a l'état de fatigue, il était un ton en dessous de son jeune équipier Boonen et a fait une erreur.

Les chutes ont été nombreuses et l'autre grande victime de la journée en a été Wesemann, retardé par la chute dans le groupe de poursuite derrière Museeuw, chute qui a permis dans un premier temps à Honcapie et Boonen de s'isoler en poursuite. Sans ça Wesemann aurait pu être un gros danger pour Museeuw car il est très fort dans l'enchaînement Camphin-Arbre.
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levrai-dufaux
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Re: Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

Merci pour la vidéo, un très beau Paris-Roubaix , une des rares courses où revoir un maillot US Postal ne fait pas mal aux yeux... :super:

C'est fou de se dire que cela fait près de 20 ans maintenant qu'il n'a pas plu sur la course :neutral:
L'édition 2001, courue sous la pluie et remportée par Knaven, est également l'une des meilleurs des 20 dernières années !
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Iguane
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Re: Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

Je me suis permis de traduire, du mieux que j'ai pu, l'excellent article que j'ai mis en lien dans mon premier post. C'est une mine à anecdotes, avec les interview croisées de plusieurs coureurs qui ont participé à cette fameuse édition 2002

Je mets ça en spoiler, pour ceux qui souhaitent revoir la course tranquillement. Première partie, Museeuw, Hincapie, Hunter, Sciandri, Boonen, De Clerq, Hayman et Michaelsen racontent leur course jusqu'à la sortie d'Arenberg :
L'édition 2002 de Paris-Roubaix reste dans les mémoires, et pas que pour sa météo épouvantable. C'était la centième édition du Monument et ce fut l'une des plus usantes, marqué par les derniers rugissements du lion des Flandres,Johan Museeuw, et par une chevauchée qui transforma la carrière de son successeur, Tom Boonen.

Au départ, au moment de citer les favoris, ce sont les noms de Museeuw, Andrea Tafi, Peter Van Petegem et de l'homme en forme George Hincapie qui circulaient.

Le départ de Compiègne fut donné pour les 190 concurrents sous un soleil chaleureux. Mais cela ne dura guère. Ils ne furent que 41 à voir le vélodrome de Roubaix dans les délais, quelques 7 heures plus tard, épuisés et crasseux.

8 d'entre eux nous racontent cette course :

Johan Museeuw: J'étais déçu après le Ronde (nota : il y avait fini 2ème, battu par Tafi qui avait profité dans le final du marquage entre Museeuw et Hincapie). C'est tellement important de gagner une grande course chaque année. Faire 2 ou 3, ça ne compte pas. Mais Roubaix, c'était une nouvelle chance pour moi.

George Hincapie: Chaque fois que j'ai couru à Roubaix, j'étais un peu nerveux. Parce que c'est une grande course, avec tellement d'histoire et tellement de personnes qui regardent. Le genre de truc qui me fiche la chair de poule ("butterfly in the stomach", comme ils disent ça bien les ricains).Mais j'étais quand même plutôt confiant. J'avais deux semaines de courses solides dans les jambes avant ça (nota : 4ème du Ronde, 3ème à La Panne et à Gand-Wevelgem). Nous regardions sans cesse les prévisions météo, et nous savions qu'il y avait de fortes chances pour que l'on ai un Roubaix boueux et humide. Je n'aimais pas courir dans ces conditions, mais je dois dire que j'étais mieux que la plupart. Pas mal de mecs se lèvent le matin, regardent la météo, et mentalement, ils sont morts. Du coup, on n'a plus qu'à se battre contre la moitié du peloton.

Max Sciandri: Franco Ballerini était là au départ. Il avait pris sa retraite l'année d'avant. Je me rappelle qu'il parlait d'à quel point les routes étaient glissantes. Je me rappelle qu'il a dit "wha, vous n'allez même pas pouvoir tenir sur le vélo sur ces pavés". Et c'était un gars qui avait gagné deux fois ici qui disait ça.

Lars Michaelsen: J'allais me marier le 27 avril. Et du coup mes potes et mon petit frère cherchaient le moyen d'organiser mon enterrement de vie de garçon. Ils se sont dit, mais pourquoi ne pas le faire sur Paris-Roubaix?
Et donc, ils sont venus à six suivre la course, avec une accréditation dans leur véhicule. Ils ont suivi la journée complète. Ils étaient aussi un peu en mission.

A l'issue de la première heure de course, un important groupe de 33 coureurs se dégagea du peloton. Parmi eux, les équipiers de Museeuw Max Van Heeswijk et Enrico Cassani, le capitaine de route de la Cofidis Nico Mattan, Jacky Durand, le jeune Thomas Voeckler, les équipiers de la Lotto et de la Mapei Hans De Clercq et Robbie Hunter. Et un jeune coureur de l'US Postal, professionnel depuis 4 mois. Son nom? Tom Boonen.

Tom Boonen: J'avais fait la course plusieurs fois en tant qu'amateur. Et je savais qu'avec ce vent au départ, il était possible qu'une échappée aille au bout. Je suis donc resté attentif et me suis retrouvé dans le groupe de tête.

Robbie Hunter: Le vent de face offrait des possibilités. Bien entendu, ce n'est jamais agréable de courir avec un tel vent, mais on peut facilement se cacher et s'abriter. C'était une situation intéressante. Vent de dos, c'est chacun pour soi. Le coureur qui a le plus de watts, style Cancellara, est quasiment certain de gagner.

Hincapie: Dans les 100 premiers km, l'idée était de tout faire pour économiser de l'énergie et essayer de rester avec ses équipiers. Mais en même temps, il y a ce coup à 30 mecs qui est parti.
Boonen était dedans.Personne ne savait qui il était, du coup il n'a probablement pas eu beaucoup de travail à faire car il n'avait qu'à dire qu'il n'était là que pour me couvrir. Il n'avait pas non plus beaucoup d'effort à faire pour se placer, c'était un bon plan pour lui.
Ensuite on approche des premiers pavés, à Troisvilles. Le stress commence à monter. Toutes les équipes essayent de placer leurs coureurs dans les 10 premiers, d'autant plus que c'était annoncé très boueux. On savait qu'il y aurait des chutes et des accidents dans ce premier secteur. Si on entre en cinquantième position, il y a de grandes chances que l'on ne revoit jamais la tête de course.


Sciandri: Troisvilles était le seul secteur qui m'inquiétait vraiment. Les pires chutes ont lieu là, on se bat pour se placer, on remonte et on redescend les files de coureurs à 60 à l'heure.

Michaelsen: Ca se joue aussi au mental, ce n'est pas possible d'être un gars gentil dans ce type de courses. Si tu arrives à entrer dans un secteur dans les 5 premiers, c'est évident que tu as un avantage. Parfois c'est comme de la formule 1, tu dois être celui qui freine le dernier et qui n'a pas de scrupules à pousser les autres.

Hans De Clercq: Tout allait bien jusqu'à ce qu'il commence à pleuvoir. Ca a commencé après deux heures de route environ, juste avant les premiers pavés.

Sciandri: J'étais à l'avant dans Troisvilles, et j'ai du freiner à cause d'un petit carambolage. Ma roue avant a commencé à déraper. Je ne suis pas tombé : Mon guidon était vers la gauche, avec la roue arrière parallèle, et je me suis retrouvé à glisser comme ça. Je me suis dit, "ok, ça va être un truc spécial".

De Clercq: Le problème était que nous courrions avec des pneus tout neufs, de chez Michelin. On les avait testé le jeudi, quand c'était complètement sec. Ils étaient parfait, on volait sur les pavés. Du coup on les avait monté sur toutes nos roues.
Le premier secteur a été compliqué. Dès que l'on arrivait sur la boue, c'était impossible, le pneu n'accrochait pas. Le second secteur s'est mieux passé. Mais au troisième, ma roue arrière se baladait à nouveau de droite à gauche.


Hunter: On roulait sur ces pneus Michelin aussi. C'était vraiment de la merde.
Tout le monde avait déjà roulé sur des secteurs pavés un peu humides,mais ce n'est rien comparé à courir un Paris-Roubaix complet avec des pavés trempés, couverts de boues et de l'huile que les véhicules avaient laissé. Il faut le vivre pour savoir ce que ça fait.


Boonen: Les pavés boueux, c'est quelque chose à part. C'est comme si le pavé était recouvert de savon. J'ai toujours couru beaucoup de cyclo-cross dans la boue l'hiver en Belgique, j'étais un peu habitué. Ne pas avoir peur rend la chose plus facile.
Dans ces secteurs sous la pluie, tout dépend de votre habileté, mais aussi de celle des 50 types autour de vous. C'est la partie la plus dangereuse.


Hunter: Qu'est ce qui me passait par la tête? Ne pas tomber. Essayer de ne pas appuyer trop fort sur les freins. Essayer de ne pas faire d'écart. Parce que dès qu'on en fait un, la roue dérapait directement. Et laisser un peu plus d'espace avec le coureur devant moi : si il tombe, j'espérais juste que ce soit dans le fossé.

Hincapie: Même si il y avait beaucoup de stress tout autour, je me sentais bien sur les pavés. Je me rappelle que Floyd (Landis) et Tony Cruz m'accompagnaient à l'avant du paquet
Mais si tu ne bois et ne mange pas assez dans les 150 premiers km, particulièrement sur cette course et dans ces conditions, tu le paie à la fin. Et c'est ce qui m'est arrivé

Michaelsen: Je jouais la course d'attente, jusqu'à Arenberg. Après, ce serait une élimination par l'arrière.

Hayman: Sprinter vers Arenberg sous la pluie est l'une des choses les plus terrifiantes que vous puissiez faire. J'ai vu des gars allongés là avec des jambes cassées… On ne glisse pas souvent sur ces pavés, mais ça peut arriver.Et quand vous tapez, vous tapez fort.
Il faut être préparé à tomber sur Paris-Roubaix humide. Peut-être pas une fois, pas deux, mais un paquet de fois. C'est super dangereux, une glissade arrive vite.


Museeuw: Il faut entrer dans Arenberg dans les 10 premiers. Mais il y a encore un long chemin après jusque Roubaix, il ne faut pas tout donner à cet endroit. C'est le secteur le plus dur, mais pas le plus important. Le principal, c'est de sortir d'Arenberg, sans crevaison ni chute, et après compter combien il en reste.

Hincapie: On est sorti d'Arenberg à 10, tout au plus. On était parti.

De Clercq: Il n'y a pas beaucoup de classiques où la course est lancée à 100 km de l'arrivée. Les coureurs attendent et attendant, jusqu'à la dernière montée ou le dernier secteur pavé. Mais si tu es un vrai flandrien et que tu aimes ces courses, c'est ce que tu veux : une vraie bataille avec 3 heures de course derrière.

Hunter: Ce jour là, on pouvait être dans une situation parfaite à l'avant d'un groupe, et puis boum, tout pouvait basculer.
J'ai eu 3 crevaisons et je suis tombé deux fois. Peter Van Petegem est tombé devant moi et j'ai lâché le petit groupe qui est allé au bout. Je me souviens lui avoir quasiment roulé dessus. C'était une déception


Michaelsen: En 1998, deux secteurs après Arenberg, In 1998, j'ai cassé ma potence. Je me suis retrouvé avec le guidon dans les mains, à essayer de me pencher en arrière et à freiner en appuyant sur les pédales. Je voyais les spectateurs sur le bord de la route... 'Une femme, un enfant,celui-là est vieux, non... J'ai finalement vu un homme grand, costaud, je me suis jeté vers lui... Et il m'a attrapé! J'ai ainsi évité la chute.
C'est ça aussi le charme de Paris-Roubaix. Très peu l'ont expérimenté. Mais si vous prenez chaque coureur qui a pris le départ, après 7 heures, ils ont tous une histoire à raconter.
Dernière modification par Iguane le 02 mai 2020, 23:36, modifié 1 fois.
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Re: Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

Très intéressant de découvrir les commentaires des coureurs, on est vraiment dedans.

Merci pour cette collecte d' info qui rende la course encore plus attrayante.
Nous devons apprendre à vivre tous ensemble comme des frères, sinon nous allons tous ensemble mourir comme des idiots. La fin approche ... Le mur se rapproche ...
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Re: Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

La suite, de Arenberg jusqu'au secteur de Mérignies où se fait la décision :
Les équipiers de l'US Postal avaient passés les premières heures de course à menerla poursuite, malgré la présence de Boonen à l'avant. C'était un choix téméraire. La grande échappée avait pris 5 minutes d'avance et perdait des éléments sur pratiquement chaque secteur pavé.

La traversée de la tranchée d'Arenberg divisa le groupe de poursuivants. Johan Museeuw menait la chasse avec Hincapie, puis Michaelsen, Sciandri et Steffen Wesemann de la Telekom. Finalement, une douzaine d'homme fini par constituer ce groupe de contre, qui reprenait régulièrement des coureurs lâchés de l'échappé, dont le vieux briscard Thierry Gouvenou, qui était dans la forme de sa vie.

Pour la Mapei, la journée tournait au désastre : dans l'échappée, le jeune coureur hongrois, Laszlo Bodrogi, fut victime d'une terrible fringale, qui le stoppa net. A l'arrière, son leader, Andrea Tafi, affaibli par une fiève en début de semaine, passa la journée à chasser en vain derrière le groupe Museeuw / Hincapie.

Dans les derniers 60 km, la répétition des secteurs pavés et la fatigue décimaient l'échappée. 7 coureurs seulement continuaient à ouvrir la route : Boonen, De Clercq, Mattan, l'équiper De Michaelsen Raphael Schweda, Tristan Hoffman et le duo Cassani-Van Heeswijk pour la Domo.

La jonction avec le groupe Museeuw/ Hincapie s'effectua sur le difficile secteur de Mons-en-Pévèle. Le groupe ne mis pas longtemps à éclater de nouveau.

Hincapie: Habituellement, il reste 50 gars à la sortie d'Arenberg. Tout le monde peut compter sur au moins un équipier. Mais cette fois ci, chacun a du s'employer. On a fait un gros effort. Au moment où nous sommes revenus sur le groupe Boonen, nous étions très entamés. C'était une vraie course d'usure.


Museeuw: J'ai attaqué à Mérignies (secteur 10), à 45 km de l'arrivée. Je savais que c'était long pour un homme seul, mais c'était tactique. Je n'avais pas prévu la veille d'attaquer de si loin. Si vous ne vous sentez pas bien, vous attendez la finale (petit belgicisme). Mais je me sentais de grandes jambes. J'étais certain à cent pour cent d'être le plus fort.

Hincapie: J'ai voulu réagir, mais les jambes n'ont pas répondu.

Michaelsen: Museeuw est parti dans un secteur très très court, 700 m environ. C'était difficile de répondre à son attaque. Je me souviens de Museeuw en train de faire le trou et de la frustration pour Hincapie et moi de ne pas réussir à combler l'écart. Je ne sais pas si Museeuw a bien réalisé les dégâts qu'il a fait sur son attaque. C'était lui le plus fort de la journée.

De Clercq: Au moment où Museeuw a attaqué, je suis tombé et je me suis cassé le poignet (nota : il termine quand même la course en 12ème position, à plus de 8 minutes du vainqueur). Il y a une photo où on peut voir le coureur derrière moi qui tombe aussi, ) cause de l'huile sur la chaussée.
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Re: Le dernier Paris-Roubaix pluvieux

Et la fin :
Michaelsen: A 30 km de l'arrivée, je suis tombé dans un virage à droite (derrière lui, Gouvenou et Van Heeswijk ont également chuté). J'ai glissé de l'arrière sur la chaussée humide. Evidemment, ça ne faisait pas partie du plan...
Par chance, ma voiture était juste derrière et j'ai pu changer de vélo rapidement. Mais c'est toujours 30 secondes de perdues, et ceux qui sont à l'avant n'attendent pas...
Mes potes qui étaient là pour l'enterrement de vie de garçon m'ont dit plus tard : "Lars, quand il y a la chute, l'ambiance est passé de cent à zéro". Ils avaient compris que j'avais perd la course.


Museeuw: A l'avant, je roulais à bloc, j'étais parti pour tout donner pendant une heure trente : c'était plutôt dur!Je ne pensais à rien. Je voulais juste atteindre l'arrivée le plus vite possible. J'étais seul, dans ma bulle, dans une espèce de transe.
On peut perdre pas mal de temps dans les virages. C'est là que l'expérience compte. Je savais les passer vite, à ma manière, ensortant le genou à droite ou à gauche. Encore maintenant, quand je roule sur ces pavés, j'utilise cette technique. Je ne sais pas d'où ça me vient, je ne fais pas ça sur l'asphalte.
Pendant peut-être 20 kilomètres j'ai eu à peine une minute d'avance sur Boonen et Hincapie. Puis la minute est devenue une minute et demi, puis deux.


Hincapie: Tom avait encore de l'essence dans le réservoir et il essayait de travailler le plus possible pour moi pour rentrer sur Museeuw. Moi, c'était plutôt "mec, je suis mort"

Boonen: Ca a été l'un des journées les plus funs (alors oui c'est "fun" qu'il dit dans l'article original, j'avoue que j'ai hésité vu que c'est une traduction d'une traduction déjà à la base, mais bon... Tommeke a trouvé sa journée "fun") de ma vie sur le vélo., parce que j'avais seulement 21 ans, personne ne savait qui j'étais. Personne. Même les supporters belges sur le bord de la route pensaient que j'étais américain. Ils me jetaient de la bière à mon passage parce que Museeuw étaient devant et que je chassais derrière lui. C'est dire à quel point j'étais un inconnu à l'époque! (ca va pas plaire à DanielH ça, normalement le flamand est connaisseur :elephant: )

Hincapie: Je n'en ai pas voulu à Boonen (de partir seul). Je ne pouvais plus le suivre, tout simplement. Et j'ai fini par tomber dans un fossé (dans le secteur 5, Camphin-en-Pévèle].
De toute ma carrière, je n'ai jamais fini aussi cassé, aussi vidé, que ce jour là. Je me souviens avoir voulu rester dans ce fossé tellement j'étais mort. Mais il y avait l'hélico, qui filmait au dessus de moi et je me suis dit "mieux vaut me relever, parce que je suis à la télé"
Je me suis relevé et je me suis littéralement trainé jusqu'à l'arrivée. Wesemann m'a attrapé, puis Hoffman, et encore Michaelsen. Ce fut l'un des jours les plus difficiles de ma carrière.

La journée n'a pas été qu'un enfer de chutes et de crevaisons que pour les coureurs. Le service de dépannage et les motos images ont souffert également : Une Lancia de l'organisation s'est embourbée dans le secteur de Camphin quelques secondes avant la chute d'Hincapie.

Après une chute avant le premier secteur pavé de la journée et un changement de chaussures et de vélo, un Steffen Wesemann ressuscité est revenu à Boonen et a accéléré le rythme. Le leader de la Telekom a fini par déposer le jeune belge pour aller chercher la deuxième place.

Dans le carrefour de l'Arbre, le troisième et dernier secteur pavé classé cinq étoiles de la course, Museeuw a poursuivi sa route, au milieu des drapeaux agités par les supporters flamands. Son visage était comme une statue; la seule couleur sur son torse et son visage boueux provenait de ses lèvres rouges.

Museeuw franchit la ligne d'arrivée avec une avance de trois minutes. Aucun vainqueur ne l'a emporté depuis avec une telle marge sur son second. À 50 mètres de la fin, Museeuw s'est assis, a embrassé son alliance et a montré ses 10 doigts, symbole de sa dixième victoire en Coupe du monde. Une victoire mémorable sur un monument, au crépuscule de sa carrière.

Museeuw: Vous n'avez pas le temps de réaliser ce qu'il se passe. IL y a le podium, la conférence de presse, le contrôle médicale (nota : il n'y a en fait pas eu de contrôle après la course, à cause de l'absence de médecin)

Boonen: En passant la ligne, je n'étais pas vraiment conscient de ce que je venais de faire. Mais après ça, tout a changé pour moi.
Je suis toujours fier d'avoir été au bout ce jour là. Un monument avec 190 hommes au départ et seulement 41 à l'arrivée? Ca n'arrive plus des choses comme ça. Ca a vraiment été un des jours les plus "fun" de ma vie.


Museeuw: Je savais que c'était un grand talent, je le suivais quand il était amateur. Mais ça n'arrive pas tous les jours qu'un grand espoir arrive à gagner quelque chose. Ce jour là, j'ai su immédiatement qu'il pouvait pendre ma succession.
Sur le podium,je lui ai dit qu'il deviendrait le nouveau roi des Classiques


Michaelsen: Je n'ai pas trop fait attention à quoi je ressemblais à l'arrivée. J'ai pris ma douche, et puis avec mes copains on est sorti pour un bon dinner et pas mal de bières belges. J'étais fatigué, mais c'était bon de se sentir fatigué.

Hincapie: Je ne pouvais même plus bouger pour enlever mes vêtements sous la douche. Ca a duré 20 minutes, j'étais assis là, tremblant, vraiment gelé. J'étais complétement détruit, mentalement et physiquement. Ce qui est drôle, c'est que plus personne n'utilise ces douches à Roubaix. Ca faisait partie de la course, elles en étaient emblématiques.

Sciandri : Je suis descendu du vélo et je ne voyais plus rien. Mes yeux étaient en feu, il y avait du sable dedans. Le soigneur m'a donné à boire, m'a pris par la main et m'a emmené aux douches. Il m'a fallu quelques heures pour retrouver complètement la vision.

Hunter (40th): Tous ceux qui terminent Roubaix en repartent avec un tel sentiment d'accomplissement. Un jour comme ça, encore plus. Tout est contre toi.

Museeuw: Ce jour-là, vous savez que vous avez de la boue, mais vous ne savez pas à quel point c'est mauvais. Vous voyez les photos après, puis vous vous rendez compte à quel point c'était boueux et fou.
Chaque année, j'espère que ce sera encore boueux. La course est plus sélective. C'est stupide à dire, mais les gens adorent quand c'est boueux et glissant. Ils adorent les chutes et le spectacle sur les routes de Roubaix.


Hincapie: Maintenant, quand je regarde les courses et que je pense aux risques encourus, ça ne me manque plus du tout. Mais cela fait partie du cyclisme professionnel : vous n'y pensez pas pendant la course.

Hayman: Paris-Roubaix est la course pour laquelle je vis. J'adorerais la faire sous la pluie, mais ça n'arrive plus.
Mais je ne peux qu'imaginer les jours d'inquiétude qui l'ont précédé, en regardant les prévisions météorologiques et le radar de pluie. Ce serait un grand test mental au cours de la semaine qui précède, à essayer simplement d'en faire abstraction pour se concentrer sur la course.
Nous prenons des risques contrôlés chaque année et ils sont simplement exacerbés sur le mouillé. Pourtant, cela en fait partie. Les images sont juste incroyables et ce serait héroïque. Sous la pluie, une course déjà célèbre devient encore plus célèbre.
Le classement :
1 MUSEEUW Johan Domo - Farm Frites 275 6:39:08
2 WESEMANN Steffen Team Telekom 200 3:04
3 BOONEN Tom US Postal Service 150 3:08
4 HOFFMAN Tristan CSC ProTeam - Tiscali 120 4:02
5 MICHAELSEN Lars Team Coast 100 ,,
6 HINCAPIE George US Postal Service 90 ,,
7 GOUVENOU Thierry BigMat - Auber 93 80 ,,
8 MATTAN Nico Cofidis 70 ,,
9 VAN HEESWIJK Max Domo - Farm Frites 60 ,,
10 CASSANI Enrico Domo - Farm Frites 50 ,,
11 SCHWEDA Raphael Team Coast 46 4:09
12 DE CLERCQ Hans Lotto - Adecco 42 8:07
13 KNAVEN Servais Domo - Farm Frites 38 ,,
14 HØJ Frank Team Coast 34 ,,
15 SPRUCH Zbigniew Lampre - Daikin 30 ,,
16 SCIANDRI Maximilian Lampre - Daikin 28 8:14
17 TAFI Andrea Mapei - Quickstep 26 9:11
18 VIERHOUTEN Aart Lotto - Adecco 24 ,,
19 FLAMMANG Tom Cofidis 22 ,,
20 WAUTERS Marc Rabobank ProTeam 20 ,,
21 CRETSKENS Wilfried Domo - Farm Frites 19 ,,
22 MILESI Marco Domo - Farm Frites 18 9:17
23 WROLICH Peter Gerolsteiner 17 ,,
24 BOVEN Jan Rabobank ProTeam 16 ,,
25 ALDAG Rolf Team Telekom 15 ,,
26 ZABEL Erik Team Telekom 14 9:59
27 RODRIGUEZ Fred Domo - Farm Frites 13 14:00
28 PRONK Matthé Rabobank ProTeam 12 15:18
29 ZANETTE Denis Fassa Bortolo 11 15:21
30 TESSIER Jean-Michel Cofidis 10 ,,
31 NITSCHE Torsten Saeco - Longoni Sport 9 ,,
32 IVANOV Sergei Fassa Bortolo 8 ,,
33 HUSHOVD Thor Crédit Agricole 7 16:38
34 GARDEYN Gorik Lotto - Adecco 6 17:15
35 CAPELLE Ludovic AG2R Prévoyance 5 17:48
36 NYS Sven Rabobank ProTeam 5 ,,
37 SIVAKOV Alexei BigMat - Auber 93 5 ,,
38 LANDALUZE Iñigo Euskaltel - Euskadi 5 ,,
39 HORRILLO Pedro Mapei - Quickstep 5 ,,
40 HUNTER Robert Mapei - Quickstep 5 ,,
41 AUGER Ludovic BigMat - Auber 93 5 ,,

+ HAYMAN Matthew, Rabobank ProTeam, OTL
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