Je me réveille assez tard, dans un jardin qui n'est pas le mien. Je me lève et me rend compte des dégâts : les jambes sont lourdes, et je me sens comme un lendemain de soirée un peu trop arrosée. C'est dimanche matin. Je paie mon ivresse de la veille
L'adrénaline est redescendue, je passe sur le plus petit plateau. Jusque là, je me moquais des sportifs qui disais "je vais être à 110%, ou à 200% ce soir". Comment peut-on dépasser 100%? Je commence à comprendre ce que cela signifie : se dépasser est possible quand on débranche le cerveau, mais on le paye les jours (je dirais même dans mon cas, les semaines suivantes)...
A peine descendu au niveau de la nationale qui me mènera en France, je fais un premier arrêt dans une boulangerie. Je me jure de ne pas regarder les résultats du TdF de la veille avant d'être arrivé en France, déçu par le peu d'intérêt de la Gazzetta pour LA course de l'année
Comme si cela n'était pas suffisant, il fait gris, et il pleut par intermittence. Aujourd'hui je suis humble, je souhaite simplement passer la frontière, afin de revenir au pays

Vintimille, le dernier village avant la frontière
Ce matin, je profite tout de même de la vue sur la mer dont je n'avais pas profité hier. Je vois de nombreux cyclistes, certains avec des maillots de villes des Alpes-Maritimes. Cela me fait plaisir, je rentre enfin au pays, 6 semaines après l'avoir quitté ! Suite à une erreur avec mon opérateur, je n'ai pas pu profiter des communications téléphoniques gratuites partout dans l'U.E. en vigueur depuis mi-juin, la faute à une option blocage non-levée
Pourtant, je dois passer un dernier capo avant d'arriver en France. La pente est ardue, et comme j'étais déjà sur mon troisième plateau sur le plat, roulottant à 10-15km/h, il va falloir que je ruse

Moi qui n'avait pas trop le moral en reprenant le vélo, je le retrouve vite : le temps s'éclaircit, et je vois un panneau "Nationale 7" aujourd'hui c'est Paris-Nice

Il est assez triste de voir que la N7 est dorénavant banalement nommée D6007 mais il subsiste encore quelques panneaux inchangés !

La vue sur le littoral entre Menton et Monaco et le cap Martin
Une fois arrivé, je peux profiter d'une longue pause dans le port de Roquebrune, mon téléphone est de nouveau opérationnel
Je continue sur la nationale 7 et prend de la hauteur sur Monaco que je longe. Je vois des panneaux La Turbie, me suggérant d'y grimper pour y admirer la vue. Mais cela me semble un peu haut
Des cyclistes m'indiquent la route pour Eze où j'arrive en fin de matinée, j'ai fait la moitié du col d'Eze. Je vais m'y restaurer, acheter des réserves pour cet après-midi car il n'est pas facile de se restaurer un dimanche après-midi. Hier, j'avais pris des dattes, et j'avais été séduit par leur haute densité énergétique: prenant peu de place et me permettant d'être autonome longtemps sur mon vélo. Je vais plus loin dans le raisonnement et prend un cake et un pain d'épice. J'ai rempli ma petite poche avec 1kg de provisions

Vue sur la grande corniche, à la fin de la montée du col d'Eze. Que j'ai monté comme d'habitude, dans le mauvais sens !
Je repars vers 13h pour finir de monter le col d'Eze, la fin du col est plus pentue mais je me sens capable de le faire. La vue est magnifique sur ma gauche avec la mer et Nice ... Je redescends à Nice, traverse la ville derrière un groupe de cycliste qui rentrait de l'entraînement pour rejoindre la promenade des anglais.

La promenade des anglais, idéale pour les sportifs du dimanche. Ca tombe bien, nous sommes dimanche !
Une piste cyclable se trouve entre la route et la plage. Je roule très lentement aujourd'hui, tant mieux car il y a un flot incessant de piétons qui vont ou sortent de la plage, il faut être vigilant ! De plus, la piste cyclable est en fait limitée à 10km/h :boulet: et réservée aux balades en vélo pour les familles. Le vélo n'est pas prêt de concurrencer la voiture comme moyen de locomotion si on le considère seulement pour faire sa promenade hebdomadaire
Je vois des cyclistes rouler sur la 2*2 voie avec les voitures. Fais-je la même erreur qu'en Bulgarie? En partie : après la plage, il y a pleins de piétons partant vers l'aéroport. Danger si l'un d'entre eux fait un écart
Après l'aéroport, un VTT me dépassant m'interroge sur mon cuissard troué. Vous ne vous êtes pas fait mal, vous saignez? Non, ça, c'est une marque de bronzage
En traversant le centre-ville, bien que roulant au pas et mettant souvent pied à terre, je subi les remontrances des piétons, des serveurs. Le cycliste n'est décidément pas le bienvenu ici (et pourtant je laisse la priorité à tout le monde!). Bref je roule tranquille, sans stress, avec un grand sourire mais suis un peu déçu par l'accueil, avec l'impression qu'en France le débat sur la sécurité à vélo stresse tous les usagers de la route inutilement

La vieille-ville d'Antibes
J'arrive au pub où je demande où poser mon vélo avant de consommer, car il n'y a pas de place dans cette rue. "Mettez-le au fond de la salle, il n'y a personne. Vous voulez regarder le TdF ? Pareil, ça se passe au fond de la salle"

Aujourd'hui, ce sont les autres qui se font mal sur le vélo, pas moi
Je repars très tard, continue sur la RN7. Heureusement pour moi, la plupart des voitures sont sur l'autoroute, et la RN7, en très bon état, est sous-utilisée. C'est parfait! Les commerces qui fleurissaient des deux côtés de la route sont maintenant de vieilles bâtisses closes, tout est mort dès que l'on sort des villes.

Cannes à la tombée de la nuit
Je quitte le littoral après Mandelieu-la-Napoule, il commence à être tard car je n'ai pas roulé de l'après-midi. C'était la dernière fois que je voyais la mer sur mon vélo
Finalement, je trouve un endroit propice au repos au fond du parking d'une auberge. Le sol est caillouteux, je vais plus loin dans les hautes herbes me planquer, enlever les gros cailloux avant que le soleil se couche puis étends ma tenue cycliste sur le branche d'un tronc coupé, il faut que je l'aère. Alors que je m'installe et mange mon pain d'épice en guise de dîner, je vois que l'herbe bouger au loin
Je me relève et vois un sanglier qui s'approchait de moi, à une dizaine de mètres.






























