tuco a écrit : 02 juin 2018, 11:11
après avoir lu ton post qui m'a enthousiasmé, j'ai lu celui de charlix qui m'a refroidit car ses arguments sont assez justes. Tu avais dit que tu lui répondrait. J'espère que tu trouvera de quoi, car moi, j'ai envie d'y croire, à cette étape de légende
Comme toi, j'ai envie d'y croire à cette étape, et peut-être qu'on se voile la face, mais je vois beaucoup d'excès dans les critiques adressées à Froome.
J'avais l'impression d'avoir répondu à charlix en répondant à marooned qui avance sensiblement les mêmes arguments à la page suivante. Mais je peux peut-être expliciter davantage.
Charlix et marooned pensent que la comparaison des temps d'ascension de Froome à des temps passés n'est pas pertinente pour évaluer sa performance car ces derniers ont été établis dans des étapes dont le tracé et le déroulement n'avaient rien à voir avec celui de cette année.
Bien sûr, ils ont raison sur un point : le tracé, tout comme le déroulement de l'étape de ce Giro 2018 sont sensiblement différents des ceux des années précédentes.
Mais, contrairement à eux, je ne pense pas que toute comparaison soit impossible :
- contrairement à charlix et d'autres, je ne considère pas que Froome et les leaders du Giro 2018 aient gravi le Finestre en contrôle ou sur la réserve. Je pense que tous se sont mis dans le rouge (voir les échanges précédents) et la relative lenteur du temps de Froome par rapport à Landa ou Rujano s'explique à mes yeux par la bagarre de près de 100 km qui a précédé l'ascension pour former l'échappée. Le temps d'ascension de Froome me paraît ainsi pleinement comparable aux précédents et indique une performance de très haut niveau, mais en soi pas particulièrement suspecte (voir les indicateurs de puissance également).
- En ce qui concerne Sestrières, il est bien normal qu'Aru en 2015 aille plus vite que Froome en 2018 vu que l'arrivée était au sommet dans le cas d'Aru, alors que Froome avait encore un bon bout de chemin. On est d'accord là-dessus. Mais simplement pour remettre les choses en perspective, sur une montée de 10 km de moins de 5% de moyenne, Froome met 1'45 de plus. Cela me paraît tout à fait cohérent. Si Froome avait lâché moins de temps (par exemple 1 minute), on aurait pu se poser davantage de questions.
- Sur la montée finale vers Bardonnechia :
1. La comparaison avec la montée de 2013 est de même nature que pour Sestrières. En passant, charlix oublie qu'en 2013, Sestrières avait été retiré du programme de l'étape à cause de la neige, et l'étape rallongée à plus de 180 km, mais ce n'est pas central. Sur une montée de 7,2 km à 9% de moyenne, Froome met 2'11 de plus de Nibali. C'est tout à fait logique encore une fois, mais je rappelle qu'en 2013 il n'y avait eu aucune attaque avant les 3 derniers km (Henao), et que Nibali avait accéléré seulement dans le dernier km. Donc la montée de 2013 est loin d'être particulièrement rapide. Dans ce contexte, je considère que voir Froome mettre plus de 2 minutes de plus par rapport à ce temps sur 7 km d'ascension est cohérent. Lâcher moins de temps aurait été suspect sans doute.
2. Charlix et d'autres pensent qu'il est étrange que Carapaz et MAL qui n'ont pas passé un relais dans la vallée n'aient rien repris à Froome dans l'ascension finale. Mais, dans le même temps, ils ne s'étonnent pas du fait que Carapaz et MAL n'ont également rien repris à Dumoulin auquel ils ont pourtant sucé la roue sur 70 bornes. Mon explication est que les Sud-Américains étaient cuits, ce qui est également suggéré par le fait que le groupe Pozzo ait grimpé Jafferau aussi rapidement qu'eux alors que jusque-là, l'écart entre le groupe Dumoulin et Pozzo ne faisait qu'augmenter.
Enfin, charlix et d'autres trouvent bizarre que Froome n'ait pas eu de contre-coup le lendemain, mais de mon point de vue, je ne suis pas convaincu que la dépense énergétique de Froome sur l'étape du Finestre ait été si supérieure aux autres. Comme l'indique blouss, les leaders se sont tous mis dans le rouge dans le Finestre, et Froome était sans doute le plus frais au sommet, ce qui lui a permis de creuser l'écart. Rien ne dit que Dumoulin était moins fatigué que Froome en franchissant la ligne. C'était "sauve-qui-peu" pour tout le monde dans la dernière montée.