Portraits de cyclistes oubliés

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Delgato
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

Salut à tous !
je savais pas où mettre ça.
Ma mère me tanne depuis des semaines pour avoir des infos sur une photo qu'elle avait trouvé dans la poche de son père. Elle a été prise dans les Alpes ( développée à Saint Jean de Maurienne ) sans doute entre 1945 et 1955. Mais elle aimerait savoir qui est le coureur et dans quel col est-ce. A vu de nez je lui ai dit vu le style peut-être Bartali mais je préfère m'adresser à des spécialistes comme vous qui je l'imagine pourront plus facilement répondre à ces questions et reconnaître le coureur en question, le col voire l'année :genance:
Voici la photo en question :
( Ps : Merci d'avance :wink: )
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( je sais la photo de la photo est pas très nette et on a du mal à distinguer le visage ) :spamafote:
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Iguane
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

Bazoges non ? :jesors:
Pourisseur. :metalhead:
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angelsB
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

Delgato a écrit : 14 nov. 2021, 14:53 Salut à tous !
je savais pas où mettre ça.
Ma mère me tanne depuis des semaines pour avoir des infos sur une photo qu'elle avait trouvé dans la poche de son père. Elle a été prise dans les Alpes ( développée à Saint Jean de Maurienne ) sans doute entre 1945 et 1955. Mais elle aimerait savoir qui est le coureur et dans quel col est-ce. A vu de nez je lui ai dit vu le style peut-être Bartali mais je préfère m'adresser à des spécialistes comme vous qui je l'imagine pourront plus facilement répondre à ces questions et reconnaître le coureur en question, le col voire l'année :genance:
Voici la photo en question :
( Ps : Merci d'avance :wink: )
( je sais la photo de la photo est pas très nette et on a du mal à distinguer le visage ) :spamafote:
Salut Delgato,
Pour être un peu connaisseur de cette époque et (bien plus tard) du coin je te ferais une suggestion qui est peut-être totalement fantasmatique mais repose sur quelques données objectives.
Il se pourrait bien que ce soit une photo prise lors de l'étape Grenoble-Briançon du Tour 1947, près du sommet du col du Télégraphe. Le coureur pourrait être l'Italien Tino (Pierre) Brambilla.
Quelques indices qui m'ont fait penser ça ?
1/ d'entrée le paysage m'a évoqué le sommet du Télégraphe... d'autant que tu dis que la photo a été développé à St Jean de Maurienne (donc pour des gens y habitant) !
2/ Tu situes la date entre 45 et 55... Il y a énormément de monde sur le bord de la route. Il s'agit donc d'un TdF... qui a repris en 1947... avec une foule immense au bord des routes pour cette reprise de l'épreuve. Les vêtements sont conformes aux modes de ces années d'après-guerre (des tenues de sorties d'une population rurale à cette époque).
3/ En 47 il y a donc une étape Grenoble-Briançon qui monte le Glandon pour passer la Croix de Fer et redescendre à St Jean de Maurienne pour monter le Télégraphe, descendre à Valloire avant de monter le Galibier et finir à Briançon ! Dans cette décennie c'est la seule étape du Tour qui passe par ce trajet.
4/ Ce jour-là, au sommet du Télégraphe c'est Camelini (un maillot blanc, bande rouge) qui passe en tête avec 8' d'avance sur ses poursuivants Lazarides (un maillot violet avec une large bande verticale blanche) d'abord et deux minutes derrière l'Italien Brambilla (maillot uni bleu clair) qui va "tirer" son coéquipier maillot jaune Ronconi en difficulté jusqu'au sommet du Galibier, puis un group avec Goasmat et Vietto une minute derrière...
A l'époque les coureurs étaient souvent identifiable à leur façon de porter leur casquette et Brambilla la portait ainsi (il est souvent identifiable, comme l'était Poulidor, à ce détail). Les spectateurs semblent regarder un autre coureur non encore entré dans le virage qui pourrait bien être le maillot jaune Ronconi un peu distancé au sommet (à l'époque les grimpeurs ne gardaient pas leurs leaders dans leur aspiration mais montaient à leur rythme en ralentissant ensuite pour les attendre s'ils les distançaient trop).
5/ De plus Brambilla était le régional de l'étape certainement reconnu comme le champion du coin (d'où le fait que ce soit lui qui ait été photographié car reconnu par les spectateurs).
Voilà une réponse plausible (et détaillée) à donner à ta mère... Si elle est fausse (ce qui est possible !) ça nous aura néanmoins fait rêver à ce cyclisme mythique ! Et c'est quand même plus agréable que de penser aux débats des primaires ! :green:
Petit retraité de la MichaelKael C° :gafauvel:
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Delgato
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

:w00t:
Merci beaucoup angelsB pour cette réponse ultra détaillée :kisskiss:
Ma maman t'envoie aussi ses remerciements :super:
1947 c'est son année de naissance à elle donc ça serait logique qu'il l'ait conservée. Je pensais aussi au télégraphe entre 45 et 50 mais j'étais pas certain :hehe:
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fred30
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

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Il est né en 1930. Comme Sean Connery ou Clint Eastwood.
Elégant sur son vélo comme le premier dans son smoking, et sachant flinguer à propos comme le second, Jean Forestier s’est distingué au cœur des années 50. L’âge d’or du vélo, ou pléthore de champions s’illustraient et rivalisaient de février à octobre.

Professionnel de 1953 à 1965, il gagne dès sa première année la Polymultipliée Lyonnaise sur des routes qu’il connaît par cœur. Une victoire d’étape sur le circuit des six provinces l’aide certainement à se faire repérer par l’équipe de France, qui lui ouvre ses portes dès 1954.
Il s’illustre alors en remportant alors le Tour de Romandie ainsi qu’une étape sur le Tour de France. En fin de saison, il est 8ème du championnat du monde remporté par Louison Bobet.

En 1955 et 1956, il remporte sûrement ses deux plus belles victoires. Toutes deux sont signées de sa marque de fabrique : des attaques franches et subites qui surprennent ses adversaires. Comme s’il voulait que ses concurrents lisent sa signature juste en-dessous de sa selle. Aussi intelligent que racé, le puncheur caractérisé qu’il était savait aussi et surtout tirer profit du marquage entre les grands favoris pour tirer son épingle du jeu.

En 1955 sur Paris-Roubaix, Jean Forestier est en tête de course, accompagné - excusez du peu - de Bobet, Coppi, Koblet, Poblet, Geminiani … Forestier attaque alors violemment. Un temps suivi par Scodeller (le vainqueur sortant de Paris-Tours), ce dernier est victime d’une crevaison et se retrouve parmi les poursuivants : Bobet et Coppi. Ces deux-là s’entendent peu, mais on s’attend à ce qu’ils reviennent sur Forestier, qui est seul contre trois. Il n’a que 200 mètres d’avance environ. Il insiste, et ne se retourne pas. Le temps joue pour lui.

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Roubaix, c'est là-bas, c'est tout droit. Appuie, tire. Appuie, tire ...



Les deux grands champions derrière lui se neutralisent car ils se craignent. Aucun des deux n’est un manche au sprint et chacun craint de faire trop d’effort pour mener la chasse et ainsi hypothéquer ses chances au sprint.
A Roubaix, parce qu’il a anticipé et résisté, Forestier s’impose sur la Reine des Classiques.

L’année suivante, il remet ça sur le Tour des Flandres. Un groupe conséquent approche de l’arrivée. On remarque que Van Steenbergen et De Bruyne se marquent et s’appliquent à se faire perdre. Le puncheur lyonnais passe à l’attaque sous la flamme rouge et fait le coup du kilomètre. Les routiers-sprinteurs derrière sont piégés. Ils ne le reverront qu’après la ligne d’arrivée.

Aujourd’hui, Jean Forestier est le doyen des vainqueurs de ces deux courses prestigieuses, inscrites éternellement au patrimoine mondial de l’histoire du vélo.

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Classe, le gone !!



En 1957 il gagne un deuxième Tour de Romandie, le Critérium National et une étape au Dauphiné Libéré. Il se présente en grande forme au départ du Tour. Il y a gagne le chrono par équipes avec l’armada française, et porte le maillot jaune deux jours. Il le cèdera à Anquetil dans les Alpes, lancé vers la première de ses cinq victoires. Mais entre sa fidélité à ses leaders et son talent, il ne « balance » pas les deux dernières semaines de course et termine 4ème à Paris. Le tout, paré du maillot vert. (Comme un certain Laurent Jalabert en 1995.)

Les années suivantes seront moins fastes mais il accumulera les places d’honneur sur les classiques et regagnera une étape sur le Tour. Il sera également vice-champion de France derrière un intouchable Henri Anglade, et montera sur le podium de Paris-Nice.

Jean Forestier
Paris-Roubaix 1955
Tour des Flandres 1956
2 Tour de Romandie (1954-57)
1 Critérium National (1957)
5 étapes du Tour de France (1954-55-56-57-61)
Vice-champion de France 1959
3ème de Paris-Nice 1964

7 Top10 sur les Monuments.
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AlbatorConterdo
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

:super:
Merci pour cette bonne lecture
Soyons magnanimes : Pour un arrêt de la pratique cycliste professionnelle en Italie
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OmertaCyclisme
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

L'étape des Tre Cime 2007 avec le style incroyable de Ricco, Piepoli, Perez-Cuapio et Parra sur 3 cols extrêmement durs qui se suivent... Peut-être la meilleure étape de montagne des années modernes.
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fred30
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

AlbatorConterdo a écrit : 21 déc. 2021, 12:05 :super:
Merci pour cette bonne lecture
Merci à toi d'avoir lu ! :wink:
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levrai-dufaux
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

Merci fred :super:

Avec Bobet, Forestier est le seul Français à avoir gagné Roubaix ET le Ronde. Cela force le respect. Il aurait sans doute obtenu davantage de prestige s'il n'avait pas remporté ces deux courses les mêmes années que Bobet justement et s'il les avait obtenu dans un style un peu plus flamboyant je pense.

A noter aussi que lorsqu'il remporte le maillot vert sur le Tour en 1957, le classement par points était calculé par addition des places obtenues sur chaque étape, sur le modèle des classements généraux du Tour entre les années 1905 et 1912. Forestier était vraiment un coureur complet et passe-partout.
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fred30
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

levrai-dufaux a écrit : 21 déc. 2021, 18:31 Merci fred :super:

Avec Bobet, Forestier est le seul Français à avoir gagné Roubaix ET le Ronde. Cela force le respect. Il aurait sans doute obtenu davantage de prestige s'il n'avait pas remporté ces deux courses les mêmes années que Bobet justement et s'il les avait obtenu dans un style un peu plus flamboyant je pense.

A noter aussi que lorsqu'il remporte le maillot vert sur le Tour en 1957, le classement par points était calculé par addition des places obtenues sur chaque étape, sur le modèle des classements généraux du Tour entre les années 1905 et 1912. Forestier était vraiment un coureur complet et passe-partout.
Tout à fait ! Un vrai bon 4X4
Pour ce Tour 57, j'ai lu quelque part que Forestier estimait qu'il aurait pu terminer sur le podium sans une mésaventure dans la première étape alpestre.
Lâché et dans un sale moment, il demande à son beau-frère dans la voiture (??) de lui passer un bidon de champagne. La pratique était apparemment courante à cette époque. On a déjà entendu des récits de ce genre, sans bien savoir la part de vérité et de légende ajoutée ... Or, ce que Forestier voulait, et ce qu'il n'a pas précisé car pour lui ça tombait sous le sens, c'était un bidon de champagne ... coupé avec de l'eau ! Son beau-frère ignorait cela et lui a donné du champagne brut.

Par un jour de canicule, avec du champagne seul et froid, il était bourré sur le vélo :green: :green:
Il avoue qu'il n'aurait pas pu gagner le Tour bien entendu, mais il est certain qu'il avait le podium dans les jambes.
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

OmertaCyclisme a écrit : 21 déc. 2021, 14:23 L'étape des Tre Cime 2007 avec le style incroyable de Ricco, Piepoli, Perez-Cuapio et Parra sur 3 cols extrêmement durs qui se suivent... Peut-être la meilleure étape de montagne des années modernes.
Tu serais pas chauffagiste dans la vie, spécialisé en chaudieres nucleaires? Tu te repasserais pas la Vuelta 2013 chaque semaine à tout hasard? T’assaisonnerais pas tes steaks au clenbuterol et tes tortellini au létrozole, aussi?

Je pense que j’ai un read…
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Merci Albator :jap:
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

Quelqu’un aurait l’article de la dépêche qui parle de Rinero, svp?

Il date de la semaine dernière il me semble.


Merci d’avance
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levrai-dufaux
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

fred30 a écrit : 22 déc. 2021, 18:51
levrai-dufaux a écrit : 21 déc. 2021, 18:31 Merci fred :super:

Avec Bobet, Forestier est le seul Français à avoir gagné Roubaix ET le Ronde. Cela force le respect. Il aurait sans doute obtenu davantage de prestige s'il n'avait pas remporté ces deux courses les mêmes années que Bobet justement et s'il les avait obtenu dans un style un peu plus flamboyant je pense.

A noter aussi que lorsqu'il remporte le maillot vert sur le Tour en 1957, le classement par points était calculé par addition des places obtenues sur chaque étape, sur le modèle des classements généraux du Tour entre les années 1905 et 1912. Forestier était vraiment un coureur complet et passe-partout.
Tout à fait ! Un vrai bon 4X4
Pour ce Tour 57, j'ai lu quelque part que Forestier estimait qu'il aurait pu terminer sur le podium sans une mésaventure dans la première étape alpestre.
Lâché et dans un sale moment, il demande à son beau-frère dans la voiture (??) de lui passer un bidon de champagne. La pratique était apparemment courante à cette époque. On a déjà entendu des récits de ce genre, sans bien savoir la part de vérité et de légende ajoutée ... Or, ce que Forestier voulait, et ce qu'il n'a pas précisé car pour lui ça tombait sous le sens, c'était un bidon de champagne ... coupé avec de l'eau ! Son beau-frère ignorait cela et lui a donné du champagne brut.

Par un jour de canicule, avec du champagne seul et froid, il était bourré sur le vélo :green: :green:
Il avoue qu'il n'aurait pas pu gagner le Tour bien entendu, mais il est certain qu'il avait le podium dans les jambes.
J'ai récemment entendu une variante de cette anecdote : a priori, des supporters d'Anquetil s'étaient positionnés à 5 km du sommet du Galibier avec leurs glacières de champagne pour alimenter leur favori (qui avait déjà des goûts affirmés :green: ) et ces supporters distribuaient également des bidons de champagne aux autres coureurs de l'équipe de France parmi lesquels Forestier, alors maillot jaune, qui l'aurait mal supporté au point de perdre le sens de l'orientation dans l'obscurité du tunnel situé au sommet du col :saoul:
A noter que si Forestier perd 8 minutes ce jour-là et son maillot jaune, il était encore 3e au général à l'issue de l'étape et aurait donc pu encore viser le podium.
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levrai-dufaux
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Re: Portraits de cyclistes oubliés

Toujours sur Forestier, le Vélo Magazine du mois d'avril contient un article intéressant à son sujet dans lequel il revient notamment sur ses succès sur le Ronde et Paris Roubaix au milieu des années 50. Pas beaucoup de détails, notamment sur Paris Roubaix où l'attitude peu collaborative de Coppi dans le groupe de chasse avait beaucoup joué dans le succès du Lyonnais sur la reine des classiques n'est pas mentionnée (à tel point que Bobet avait déclaré une fois la ligne franchie que la conduite de Fausto n'était pas digne d'un champion), mais néanmoins sympathique de remettre en lumière cet excellent coureur aujourd'hui un peu oublié :super:
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