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Re: Les années 90
Publié : 27 sept. 2017, 22:00
par runnz
Pour ma part c'est la décennie où je me suis le plus investi dans le cyclisme, j'achetais régulièrement l'Équipe et lisait à chaque mois Miroir du cyclisme et la Revue Vélo. Bien sûr qu'on ne pouvait ignorer le dopage, c'était sous-entendu, la grande avancée pour tenter de le combattre fut la limite à 50% d'hémato. Mais ces sujets ne m'intéressaient nullement, quoique en voyant la victoire de Riis, je dois vous dire que j'avais un peu mal au coeur....
Mais comme je suis un pragmatique, je savais d'avance que rien ne peut être parfait, ni juste. C'est pourquoi j'étais accro de ce sport et de cette décennie en particulier.
Re: Les années 90
Publié : 12 oct. 2017, 21:07
par Crabtree
J'ai découvert le cyclisme en 1990 et l'ai aimé avec la naïveté d'un enfant pendant toute cette décennie alors qu'on peut dire avec le recul qu'elle fut la plus sombre de notre sport, bien plus qu'aujourd'hui. Cependant, pendant les premières années, il restait des performances qui pouvaient nous sembler "authentiques", malgré tout. J'ai récemment eu la chance de visionner sur Canvas, un très beau reportage Belga Sport, sur la galère des coureurs Lotto au cours du Tour de France de 1995. Seuls deux coureurs finiront ce Tour de France: Andreï Tchmil et Peter Farazijn. Wilfried Nelissen du abandonner sur chute. Marc Sergeant ne repartira pas après le contre-la-montre par équipe, alors que lors de la première étape alpestre, quatre coureurs finiront hors délais: Sammie Moreels, Peter De Clercq, Herman Frison et Rudi Verdonck. Mario De Clercq abandonnera au pied de La Plagne. Naturellement, aucun d'entre eux ne prit d'EPO, à l'époque. S'il y a des lecteurs du forum de Vélo-Club qui comprennent le néerlandais, je leur recommande vivement de créer un compte sur le site de Canvas:
https://www.canvas.be/belga-sport/de-lo ... -la-plagne et de visionner le reportage gratuitement. Cela ouvre les yeux, je trouve. À l'époque, ici en Belgique, nous nous lamentions des piètres performances de coureurs belges. Nous savons aujourd'hui quelles furent les causes de ce déclin. Nous avions la nostalgie des années Merckx, y compris dans ma propre famille. Un coureur comme Sammie Moreels pouvait terminer quatrième et cinquième, respectivement de la Flèche wallonne (alors une grande et longue classique) et de Liège-Bastogne-Liège lorsqu'il était néo-pro en 1989. On peut raisonnablement penser dès lors qu'il aurait au moins pu jouer les premiers rôles sur les-dites classiques lorsqu'il devait être au sommet de sa carrière, en 1995. Au lieu de ça, humiliation suprême, il est exclu du Tour de France, hors délais lors de la première étape de montagne et tout comme ses coéquipiers arrivés hors-délais, n'a pas vu son contrat prolongé par Jean-Luc Vandenbroucke chez Lotto (Vandenbroucke faisait mine de ne pas voir l'évolution au point de vue médical alors que très probablement, il était parfaitement au courant) et, un an plus tard, ils doivent tous mettre un terme à leur carrière alors qu'ils avaient tous autour de la trentaine, beaucoup trop tôt pour arrêter. Seul Mario De Clercq a pu se réfugier dans le cyclocross pour poursuivre sa carrière et a fini par être impliqué lui-même dans l'affaire Landuyt-Versele mais chez Lotto en 1995, il roulait probablement honnêtement. Ce n'est que deux ans après qu'est arrivé la limite à 50% d'hématocrite et je suis d'accord pour dire qu'il s'agissait d'une grande avancée. Les années 1995 et 1996 étaient bien les pires années mais l'enfant que j'étais à l'époque ne pouvait pas le voir.
Re: Les années 90
Publié : 12 oct. 2017, 22:28
par CPTmatros
Après sur les GT peut-être et chez Lotto peut-être, mais en face des coureurs comme Museeuw ou Steels ne tournaient pas qu'à l'eau claire à mon humble avis...
Re: Les années 90
Publié : 12 oct. 2017, 22:33
par Crabtree
Effectivement, les coureurs belges qui voulaient faire des performances comme Museeuw ou Bruyneel partaient en Italie et en Espagne. Steels, c'était la génération d'après. Une autre histoire.
Re: Les années 90
Publié : 14 oct. 2017, 09:52
par Nono2956
Moi aussi, j'ai découvert le cyclisme en 1990. J'étais enfant et évidemment tout est sublimé, on est émerveillé! Les médias ne parlaient pas de dopage ou très peu. Chaque victoire d'un coureur n'était pas mise en doute. Les années 80 ont été celles de l'arrivée de l'argent à travers Tapie et La Vie Claire au milieu des années 80, mais qu'au niveau du dopage, on restait "soft", l'EPO n'ayant vraiment fait son apparition qu'en 1989 ou 1990 dans les pelotons. Celui-ci s'est généralisé vers 1993-1994. Cette décennie est donc marquée, avec le recul, par la généralisation du dopage de masse.
Sinon, quand je regarde mes DVD des tours de cette époque, je me dis que ça a bien changé depuis! Les coureurs ne mettaient pas de casques (sauf dans les clm et pour les sprinters), les vélos bien classiques tubulaires (on venait juste de passer aux vitesses indexées aux manettes) Il n'y avait pas d'oreillettes, et les courses étaient beaucoup plus spectaculaires qu'aujourd'hui et moins verrouillées. Un coureur qui avait la science de la course pouvait encore faire la différence...Il y avait une certaine "innocence" complètement perdue aujourd'hui. Mais c'est le début de la transition vers un cyclisme moderne, on commençait à parler de capteurs de puissance et tous ces trucs.
Au niveau purement sportif, j'ai des souvenirs particuliers de cette décennie, par course:
- les succès de "Gibus" dans Paris-Roubaix en 1992, résistant Olaf Ludwig dans le final et celle en 1993, au sprint devant Ballerini (qui était tellement déçu qu'il voulait raccrocher!) et aussi ces déboires en 1994 et 1995 alors qu'il était très fort. L'édition 1994 était terrible, dans la boue et le mano-à-mano Tchmil-Museeuw inoubliable. L'édition 1996 avec le triplé Mapei (avec le final mis en scène). J'ai oublié la victoire d'Eddy Planckaert aux dépends de Steve Bauer pour ... 1 millimètre en 1990 et Guesdon en 1997, la surprise du chef! Plus la grave chute de Museeuw en 1998, sa renaissance en 2000...La classique qui m'aura le plus marqué.
- la victoire de Jaja dans Milan-San Reno en 1995, devant un Fondriest impuissant
- dans LBL, beaucoup à dire, le triplé Gewiss de 1994 (avec la aussi un final arrangé, on a laissé Argentin sortir par la grande porte), les duels Jalabert-Bartoli en 1997 et 1998: un Bartoli qui se joue littéralement de Zülle (trop juse dans le final) et Jaja (perclus de crampes) dans le final et une jambe au dessus de tous en 1998. Le duel duel Bartoli-VDB en 1999 grandiose et Paolo Bettini qui s'y révèle en 2000, mais là on change de décennie.
Dans le Tour des Flandres, j'ai le souvenir de la (brève) renaissance de Bugno qui bat Museeuw en 1994, la victoire aussi de Durand en 1992 après une échappée au long cours.
Au Tour de Lombardie, je me rappelle de la victoire de Bobrik en 1994 qui a "ratonné" toute la course avant de battre au sprint un Chiappucci qui avait fait tout le boulot.
Au niveau des grands Tours, j'ai déjà parlé du Tour sur un autre topic.
- pour le Giro, la révélation Bugno en 1990 contre un Charly Mottet revenu au top, la victoire surprise (et sans lendemain) de Chioccioli en 1991, l'écrasante victoire d'Indurain en 1992, sa victoire plus étriquée en 1993 contre un Ugrumov survolté, sa défaite en 1994 face à Berzin (et Pantani qui se révèle au monde), Rominger qui écrase la concurrence en 1995, Tonkov (alias M. Giro) qui gagne en 1996 dans les Dolomites, son duel perdu face à Pantani en 1998, l'Italien qui sera d'ailleurs en 1999 à son firmament dans ce Giro...avant de tomber dans les abîmes
- dans le Vuelta, le duel Rominger-Zülle en 1993, le dernier podium de Pedro Delgado en 1994 (3è), le festival Jaja en 1995 (il laisse une victoire d'étape victoire à Dietz), sa grosse défaillance en 1996 alors qu'il était grandissime favori, la victoire en 1999 d'Ullrich pour son retour après la chute qui l'avait privé du Tour 1999 et la première arrivée à l'Angliru (victoire sulfureuse de Jimenez, des motos ayant bloqué Tonkov)
Re: Les années 90
Publié : 14 oct. 2017, 10:51
par angelsB
Très bonne synthèse des images marquantes de cette époque Nono2956

Re: Les années 90
Publié : 14 oct. 2017, 13:59
par CPTmatros
Merci pour ce résumé.
Le triplé Gewiss sur FW par contre pas sur LBL.
Re: Les années 90
Publié : 15 oct. 2017, 20:35
par Crabtree
Je ne suis pas d'accord à 100% avec ce qui a été dit. Par exemple, je ne pense pas que l'on puisse dire après les révélations de ces dernières années que le dopage dans les années 1980 ait été aussi "doux" que cela. Nous savons que Francesco Moser a avoué avoir recours aux transfusions sanguines juste avant sa tentative frauduleuse contre le record de l'heure d'Eddy Merckx et que ces transfusions faisait probablement toujours effet un mois et demi plus tard lors de sa victoire à Milan-Sanremo. Nous savons également que les coureurs de la PDM transfusaient également, en particulier les "grimpeurs": Steven Rooks, Gert-Jan Theunisse et Jörg Muller. D'autres se dopaient à la testostérone déjà: Adrie Van der Poel chez PDM ou alors c'était d'autres hormones comme Pedro Delgado. Philippe Bordas prétend que le cyclisme est mort en 1984 avec l'arrivée des vélos aérodynamiques de Moser et son étrange renaissance, un Laurent Fignon "deux fois plus fort qu'il ne l'était en 1983", représentant selon lui des classes moyennes et se moquant du panache d'Hinault, représentant les paysans et les prolétaires, avec l'arrivée de Bernard Tapie dans le milieu, et cetera:
http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/ru ... nault.html Je pense qu'il y a du vrai. En outre, je ne crois pas que nous pouvons isoler une année pour situer la généralisation de l'EPO dans le peloton. De 1990 à 1996, chaque année était pire que la précédente. En 1991, Edwig Van Hooydonck remportait son deuxième et dernier Tour des Flandres à 24 ans. Ses meilleurs années étaient censées être devant lui. En 1993, il ne pouvait plus le gagner mais faire dans les 10 premiers du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix, c'était toujours possible, tout comme remporter des semi-classiques. Frans Maassen pouvait accompagner Museeuw sur le Tour des Flandres, sans pouvoir le relayer bien sûr mais il faisait deuxième. Sur les Championnats du monde, Frans était aux avant-postes. Il a laissé partir Armstrong (dont on sait qu'il prenait déjà du lourd) qui était pourtant prenable. Maassen terminera dixième à Oslo. En 1995, plus rien de tout cela n'est possible ou dans tous les cas, très peu. Après un entrainement hivernal de spartiate, Edwig Van Hooydonck parvient tout de même à arracher sa cinquième et dernière Flèche brabançonne, une victoire dont il fut très fier car obtenue aux dépens de deux coureurs de l'est mais sur les classiques, c'est terminé. Même terminer dans les dix premiers, ce n'est plus envisageable. Déjà en 1994, Frans Maassen ironisait sur les performances des Italiens. Avant Milan-Sanremo, il disait (article du Volkskrant le 24 mars): "Je ne sais pas où sont les Italiens. Probablement en train de s'entrainer. Il semble qu'ils ne font plus que cela, désormais." Il terminera 155ième, lui le deuxième de l'épreuve en 1989. En 1995, il court ce qui était selon lui son meilleur Liège-Bastogne-Liège et termine 38ième à un quart d'heure de Mauro Gianetti qui a soudainement découvert qu'il était capable de gagner une classique. Frans était 18ième à un peu plus de deux minutes d'Argentin en 1991. À la fin de cette saison 1995, Frans Maassen bien dégouté tire sa révérence à 30 ans, Edwig Van Hooydonck attendra le 29 avril de l'année suivante pour faire de même. Gilles Delion arrête à peu près en même temps que Van Hooydonck. L'évolution des coureurs Lotto montre aussi une vraie rupture en 1995. En 1992, Peter De Clercq remporte une étape du Tour de France. L'année précédente, il était dans le groupe de tête au Carrefour de l'Arbre quand Madiot partit vers la victoire. En 1994, De Clercq a pu porter le maillot à poids pendant plus de deux semaines sur le Tour de France (il a même accusé Virenque de lui avoir fait une offre) mais en 1995, il fallait se battre pour suivre. Il n'était même plus question de se porter en tête du peloton, encore moins de se glisser dans une échappée et donc a fortiori de gagner quoi que ce soit. Le peloton était systématiquement en file indienne. Marc Sergeant se souvient de la première étape à Lannion. Il raconte qu'à l'approche d'un sprint intermédiaire, il se trouvait à peu près à la centième place. Une seule file, il n'y avait plus moyen de remonter une seule place. Il jetait un coup d'oeil sur son compteur: 60kmh, 62kmh. Pfiouu, cela va très vite maintenant. Et eux, à l'avant, ils étaient encore capable de lancer un sprint. Et puis, lors de la fameuse étape de Liège lorsqu'Indurain attaqua avec Bruyneel dans sa roue, Herman Frison dira: "au milieu du peloton, c'était une file! Une file!" "Tu ne pouvais plus remonter, tu ne pouvais plus rien faire sinon, simplement, rester dans la roue à bloc, à bloc et suivre." "Je n'ai jamais roulé aussi vite que sur cette étape et n'ai jamais autant souffert. Tout cela juste pour suivre. C'est alors que j'ai posé la question: est-ce que tout ceci est encore normal?" Peter De Clercq résumait tout cela en disant: "C'était simplement: épingler ton numéro de dossard et attendre le moment où tu dois lacher." Tout cela pour dire que je pense que chaque année, jusqu'en 1996, une nouvelle étape était franchie.
Re: Les années 90
Publié : 16 oct. 2017, 17:50
par Nono2956
Ce que je voulais dire par là, c'est que, d'après moi, le dopage ne faisait pas d'un bourricot un grand champion. Oui, Moser a mis le paquet en 1984 pour battre le record de Merckx, mais je pense que son cas étant quand même isolé.
Des tas de gars se sont faits voler une carrière qui s'annonçait brillante, pour moi l'exemple c'était Gilles Delion. L'exemple que tu décris des Belges qui ne suivaient plus au milieu des années 90 est édifiant. Soit tu prenais des produits, soit tu n'avais plus aucune chance. Je comprends que dans ces conditions certains qui ne voulaient pas passer le rubicon aient préféré raccrocher, même assez jeune. A la fin de l'année, de toute façon, tu n'étais pas gardé.
Re: Les années 90
Publié : 16 oct. 2017, 19:00
par brunobasto
Merci à Crabtee pour toutes ces informations/anecdotes.

Re: Les années 90
Publié : 18 oct. 2017, 22:46
par Crabtree
Nous ne sommes pas fondamentalement en désaccord, Nono2956. Il me semble juste difficile de croire que Francesco Moser ait gardé l'exclusivité du dopage sanguin pendant quatre ou cinq ans. Les médecins qui travaillaient autour de sa tentative en 1984 sont restés actifs dans le peloton pendant les années qui suivirent et il est fort probable qu'ils aient travaillé avec d'autres coureurs mais il est difficile de savoir qui. Nous n'avons pas de preuves, en tout cas pas à ma connaissance. Néanmoins, Peter Winnen remarquait que, vers 1986 ou 1987, certains coureurs commençaient à subitement le larguer en montagne et régulièrement quand il les dominait jusque là. Ensuite, le docteur Peter Janssen transfusait les coureurs de la PDM. Dans une interview récente, il attribuait la victoire de Steven Rooks à l'Alpe d'Huez, intégralement (ou presque) aux transfusions. C'est vrai que Rooks n'était pas un "bourricot transformé en champion" mais c'était tout de même avant tout un spécialiste de courses ardennaises devenu grimpeur. Cependant, un indice qui me laisse penser que les transfusions n'était pas tellement généralisées dans le peloton à l'époque que Janssen disait qu'il était impressionné par l'efficacité de ses méthodes. Il pensait probablement que ce serait plus dur de faire des résultats parce qu'il croyait que plus de coureurs étaient dans le même train (??). Gilles Delion est un exemple pour beaucoup parce qu'il est l'un des seuls avoir brisé un tabou, en France. Ici, en Belgique, c'est Edwig Van Hooydonck qui a fini par lancer des accusations publiques. C'était lors de la Flèche brabançonne de 1994, interview d'après course ("sa" Flèche brabançonne, il en est toujours le détenteur du record de victoires). Il attaque dans la côte d'Alsemberg (alors encore arrivée en côte) d'un groupe de 13 coureurs avant de se faire déborder par Bartoli (encore relativement inconnu), Den Bakker, Bugno et Tchmil. À l'arrivée, en des termes à peine voilés, il les accuse , au point qu'il devient un paria dans le peloton, souvent ils briseront toutes ses tentatives d'échappées. Cassani qui était le représentant des coureurs dira en substance: "Nous ne pouvons accepter les allégations de Van Hooydonck. S'il a quelque chose à dire, il lui faudra apporter des preuves." À ce moment-là, on peut comprendre que la plupart des coureurs honnêtes ne préférerons pas l'ouvrir. Même son directeur sportif Jan Raas avait reproché ces paroles à Van Hooydonck. En 2013, Christoph Vandegoor de Sporza publiait un bouquin "Wuyts en Smeets" qui rapportait une discussion entre les deux commentateurs emblématique: Michel Wuyts de Sporza et Mart Smeets, le néerlandais de la NOS. Smeets y rapportait dans ce bouquin des propos que son compatriote, Frans Maassen lui avait confié en privé à l'époque: "Je n'ai pas le droit d'en parler et je ne veux rien dire à ce sujet mais je te le dis en confiance: je me fais lâcher en côte par des coureurs qui était une demi-heure derrière moi avant. Cela ne peut plus continuer et, avec mon épouse, j'ai décidé d'arrêter."
Re: Les années 90
Publié : 19 oct. 2017, 14:50
par Coeur-de-Lyon
Topic passionnant, la fascination pour les années 90 ne s´effrite pas

Re: Les années 90
Publié : 20 oct. 2017, 17:29
par Nono2956
On est d'accord, Moser n'avait sans doute pas l'exclusivité de la recette. C'est vrai que les PDM (en particulier Rooks et Theunisse) ne traînent pas une bonne image, et pour cause, je crois que Theunisse a été contrôlé positif à 4 reprises et Rooks a avoué se doper (bizarrement en 1989 et non en 1988 quand il fait 2è du Tour...). D'ailleurs Theunisse vit depuis des années avec un pacemaker après de multiples accidents cardiques. Et puis, il y a leur retrait du Tour en 1991, personne n'était dupe!
A ce propos, un article intéressant sur le dopage dans les années 80 aux Pays-Bas, véritable laboratoire des débuts de l'EPO. De nombreux jeunes coureurs néerlandais sont morts à la fin des années 80 quand l'EPO était encore probablement mal maîtrisée et mal dosée. Le voici:
http://www.liberation.fr/sports/2015/07 ... us_1341997
La molécule de l'EPO n'a été isolée qu'en 1985 donc pour Moser, ce n'était pas de l'EPO.
Je me souviens aussi de Luis Herrera qui arrête le cyclisme en 1992 et qui dira plus tard: " J'ai pris ma retraite en 1992, lorsque j'ai commencé à voir des gros culs grimper comme des avions. J'ai préféré arrêter plutôt que de subir ça.." Sinon, Pedro Delgado aurait dû être déclassé en 1988 avec la découverte dans son organisme de probénicide, un puissant masquant.
Bref, les années 80 n'étaient pas si claires que ça, même si ça n'a encore rien à voir avec les années 90.
Re: Les années 90
Publié : 22 oct. 2017, 13:20
par Crabtree
Je connais par coeur toutes ces théories et ne suis pas pleinement convaincu. Il y a là beaucoup de sensationalisme, d'approximation et de spéculation mais très peu de faits. En réalité, Steven Rooks a fait plusieurs aveux de dopages depuis le début de ce siècle. Dans un premier temps, il a avoué avoir eu recours à des produits dopants pendant l'essentiel de sa carrière, sans jamais parler de dopage sanguin. Ensuite, il y a eu ce reportage de Mart Smeets (suivi d'un livre) au cours duquel il reconnaissait avoir pris de l'EPO. Il y a là une grande confusion puisque ce reportage de 2009 faisait référence au Tour de France de 1989, vingt ans après, mais Rooks a bien parlé d'une découverte de l'EPO
après ce Tour de France de 1989. Naturellement, il ne parlait pas de sa saison insolente de 1988 puisque le reportage était consacré à 1989. Ceux qui ont lu l'autobiographie de Rooks (ce n'est pas mon cas) rapporte qu'il reconnait avoir découvert le produit à la fin de l'année 1991. C'est plausible. En 1990, Rooks quitte PDM pour Panasonic. Le Docteur Janssen l'a suivi. Ce faisant, il rate le "train EPO" et sa saison est décevante comme le début de sa saison 1991 mais au mois d'août, le voila vice-champion du monde. Par la suite, il continuera de faire des bons résultats dans les classiques ardennaises lorsque de plus jeunes qui ne connaissent pas l'EPO ont du mal. Ensuite, nous savons aujourd'hui que le secret de la saison 1988 de Rooks n'était pas l'EPO mais bien les transfusions sanguines. Le soigneur de la PDM Bertus Fok l'a révélé pour la première fois en 2013 et a même publié ses notes de l'époque. On peut voir à côté des noms de Rooks, Theunisse et Muller: "zakjes bloed" ("pochettes de sang"),

ou encore "andriol" (de la testostérone). Je dois d'ailleurs me corriger puisque rien n'indique sur ces "pièces à conviction" qu'Adrie Van der Poel y ait eu recours. À côté de son nom, il est mentionné "Bentelan", donc un corticostéroïde, n'est-ce pas? C'est l'année de sa victoire à Liège-Bastogne-Liège, cela dit.

Enfin, dans une sortie récente, le docteur Janssen attribue la victoire de Rooks à l'Alpe d'Huez, presque intégralement aux transfusions sanguines. Il prétend même avoir été surpris de l'efficacité de sa méthode. Néanmoins, Rooks a nié les accusations de Janssen, Theunisse n'a pas voulu faire de commentaire. Eddy Bouwmans également pointé du doigt par Janssen a nié en bloc également, tout comme Ad Krook, influent entraineur de patinage de vitesse qui aurait consulté Janssen en même temps qu'Eddy Bouwmans vers 1993.
Re: Les années 90
Publié : 27 nov. 2017, 00:28
par dolipr4ne
T'es le frere de Bradounet, Crabtree?
En tout cas merci pour ces histoires. Manque juste des alinéas quand tu ecris
