La Mémoire des Courses

Forum consacré à l’histoire du cyclisme : palmarès de coureurs, récits de courses, classements anciens et jeux thématiques. Un espace pour débattre entre passionnés de la Petite Reine et redécouvrir les grandes heures du vélo.

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levrai-dufaux
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Re: La Mémoire des Courses

Merci fred pour ce nouveau texte :super:
Tout comme toi, je considère qu'il s'agit d'une étape sous-estimée de l'histoire du Tour. Elle a tout les ingrédients : du suspense avec un général très serré, un favori qui se lance dans une grande offensive, des rebondissements, un drame avec la chute de Van Impe, et un mano à mano royal entre Thévenet et Kuiper, le tout dans un cadre grandiose. C'était alors l'une des premières montées de l'Alpe d'Huez qui avait été longtemps ignorée après la victoire de Coppi en 52. Mon sentiment est que Thévenet gagne le Tour ce jour-là plus que lors du chrono de Dijon quelques jours plus tard. J'ai la conviction que si les positions sont inversées au départ du chrono, l'ascendant psychologique et le surcroît de motivation apporté par le maillot jaune font pencher la balance du côté de Kuiper.

Le Tour 1977 n'a pas bonne réputation, comme beaucoup de Tours de la période 1975-1985. Je pense que ce constate est sévère. Malheureusement, ces Tours ont principalement été racontés par des suiveurs qui s'étaient émerveillés dans les années 1950-1960 et qui apparaissent quelque peu désenchantés face au cyclisme moderne d'alors. Le Tour 1979 par exemple mériterait d'être davantage connu, ne serait-ce que pour l'étape des pavés où Hinault joua de malchance.

J'avais mentionné l'étape de l'Alpe d'Huez 1977 dans le sujet sur les "injustices du passé" : viewtopic.php?f=14&t=76587
Je remets ici simplement la vidéo pour ceux qui seraient intéressés :

(on trouve d'autres parties de l'étape sur youtube)
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levrai-dufaux
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Re: La Mémoire des Courses

CPTmatros a écrit : 13 déc. 2020, 20:50 Merci pour ce nouveau récit Fred! :super:
Une époque que je n'ai pas connue mais visiblement les réputations de ratons des Néerlandais n'étaient pas usurpées. :green:
J'imagine la gueule des suiveurs quand Kuiper a contré Thévenet... :genance:
J'ai plutôt l'impression que dans les années 1970, il est d'usage de laisser le maillot jaune se débrouiller seul lorsqu'il est mis en difficulté. Kuiper et Zoetemelk font exactement la même chose que Thévenet et consorts quelques années plus tôt dans l'étape d'Orcières Merlette lorsque Merckx est en poursuite d'Ocana. Idem dans l'étape pavée du Tour 79 que je mentionnais dans mon message précédent, il n'est venu à l'esprit de personne de relayer le maillot jaune et son équipe. C'est son devoir de se défendre par lui-même et il ne peut espérer trouver d'alliés auprès d'autres coureurs en lutte pour le général.

Les mentalités ont beaucoup changé aujourd'hui à ce niveau (la vidéo ci-dessus permet d'ailleurs de se rendre compte que les commentateurs ne sont absolument pas choqués par la stratégie de Kuiper mais paraissent plutôt impressionnés par la qualité de son attaque)
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fred30
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Re: La Mémoire des Courses

Je trouvais aussi que cette étape était tout ce que l'on attend d'une course à étapes. C'est surtout qu'elle intervient (presque) au terme de trois semaines insipides où il n'y a rien eu à se mettre sous la dent. Même quand Merckx est distancé le 3ème jour dans le Tourmalet, personne ne fait le forcing pour le distancer plus clairement, il revient dans la descente avec Thurau, tout ce petit monde monte l'Aubisque en mode cyclosport et 60 km plus loin à Pau, Thurau gagne l'étape au sprint. :saoul:

Si ceux qui commentaient ce tour étaient les mêmes que ceux qui commentaient dans les années 50-60, comme tu le dis levrai-dufaux, tu m'étonnes qu'ils aient été déçus. Je conseille à CPT de ne jamais faire la chronique du tour 77 :rieur:
Entre autre bizarrerie, un CLM par équipes de 4.5 km :pt1cable: C'est à se demander si chaque coureur a eu le temps de prendre un relais ...

Je suis d'accord avec loloherrera : pour moi ce n'est pas une injustice d'un point de vue du résultat pour Van Impe : il était en train de se faire croquer quoiqu'il arrive. En revanche, s'il avait pu être dépassé par Kuiper en étant sur son vélo, cela aurait eu plus d'allure pour lui ...

Sur la volonté de ratonner de Kuiper et Zoetemelk, je suis partagé : je suis le premier à râler quand un 2ème, 3ème ou plus loin au général, fait le travail à la place du maillot jaune après une attaque. Mais ici, c'est particulièrement poussé. Quand Van Impe a presque 3 min d'avance, je pense que si je suis Kuiper ou Zoetemelk, je relaie Thévenet sans faire semblant. Qu'il le laissent faire le boulot au pied de l'Alpe ok, dans les derniers km du Glandon aussi d'accord, mais sur la descente et la vallée, ils ont joué avec le feu. C'est Van Impe qui était devenu l'homme à battre, pas Thévenet. Heureusement que Thévenet a été aussi fort sinon c'est enterrement de première classe. :spamafote:

Quelques liens avec les réactions des principaux concernés après l'arrivée
Van Impe :
https://m.ina.fr/video/I00009533/lucien ... video.html
Thévenet :
https://m.ina.fr/video/I00009529/bernar ... video.html

Les remarques de Thévenet montrent que le débat n'est pas simple sur la collaboration entre rivaux.
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levrai-dufaux
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Re: La Mémoire des Courses

J'ai beaucoup de sympathie pour Thévenet mais sa réaction, à chaud, est à prendre avec des pincettes.
Lors de la retransmission, on entend Pautrat rapporter les insultes dont est victime Zoetemelk, précédé par sa réputation de suceur de roue, de la part des spectateurs. En cabine, Leuillot le défend en affirmant que le Néerlandais est parfaitement dans son rôle en suivant Thévenet pour espérer le contrer. D'ailleurs la défaillance finale spectaculaire de Zoetemelk (4'40 de concédées en 5 km :w00t: ) semble plutôt attester qu'il ne pouvait pas faire beaucoup plus même s'il aurait pu relayer dans la vallée. En revanche, ce qui est certain, c'est que Kuiper a vraiment joué avec le feu.
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fred30
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Re: La Mémoire des Courses

Milan-San Remo 1946

L'envol du héron


En ce 19 mars, le soleil a décidé de justifier le surnom de la première grande course de l’année 1946. C’est bel et bien la Primavera : les rayons réchauffent les corps et les cœurs meurtris par la guerre et ses brasiers dont les cendres sont à peine retombées.
Certaines courses se sont tenues malgré tout entre 1939 et 1945, de manière plus ou moins sporadique et probablement sans proposer le meilleur plateau possible. Ce jour-là, tout est différent. La ferveur populaire se vérifiera tout au long du parcours, les habitants tout heureux de patienter sur le trottoir, l’oreille collée au transistor afin de suivre les exploits de ceux qui leur ont tant manqué.

Sur la ligne de départ, il y a fort à parier que tous se sentent différents aussi après ce conflit mondial. Gino Bartali, sous couvert de sorties d’entraînement à rallonge, a sauvé des centaines de juifs en cachant des faux documents dans son cadre et dans son guidon, faisant des sourires aux policiers qui s’écartaient respectueusement pour le grand champion de son époque, qui avant la guerre avait déjà remporté deux Tours d’Italie, deux Milan-San Remo, deux Tours de Lombardie et un Tour de France. Une idole.
Fausto Coppi est aussi sur la ligne de départ. Lui a dû partir pour l’Afrique du Nord. La Tunisie, puis l’Algérie. Conducteur de camions, il a pu s’entraîner un peu et même participer à des petites courses tant que ses supérieurs étaient bienveillants. Quand celui à qui il devait obéir a changé d’identité, il n’a pu mener à bien sa besogne. Il fut même fait prisonnier par les Anglais. Il est revenu affaibli, plein de doutes. Même sa femme le trouve trop frêle pour redevenir coureur cycliste. Pour la première fois, il endosse le maillot bleu ciel et blanc de la Bianchi. En effet, Coppi a quitté la surpuissante Legnano de son ancien équipier et rival Bartali. Désormais, les deux hommes ne seront qu’adversaires. Le début d’une des plus belles émulations dans le sport cycliste.

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Quand la course s’élance, rapidement les premières escarmouches sont lancées. Plusieurs coureurs se portent à l’avant. Les attaques se succèdent sur le plat, peut-être provoquées par les multiples primes mises en jeu par les municipalités modestes de Lombardie qui souhaitent apporter une visibilité à leur commune. Et après quelques dizaines de kilomètres, surprise ! Coppi est à l’avant, dans un groupe de contre. Un cador du peloton à l’avant aussi tôt dans une course de près de 300 km est inattendu et, disons-le, mal joué. Les commentateurs ne manquent pas de le souligner et dans le peloton, Bartali et consorts s’en amusent presque. On pourrait prendre cela pour un aveu de faiblesse de la part de celui qui gagna le Giro en 1940 sur sa seule classe et en qui plus grand-monde ne croit.

Coppi rejoint la tête de la course et c’est un groupe d’hommes de presque une dizaine d’unités qui se présente au pied de la difficulté principale le col de Turchino. (pour rappel, le Poggio ne sera ajouté au tracé qu’en 1960 et la Cipressa en 1982.) Les Italiens sont en force évidemment, la course n’étant pas encore internationalisée, mais on note la présence d’un français : Lucien Teisseire.
Le peloton des favoris n’est pas loin, mais Fausto Coppi accélère, ou plus exactement maintient un train très élevé qui asphyxie les fugueurs précoces. Rapidement, ils ne sont plus que deux. Coppi se retourne et voit Lucien Teisseire tenir sa roue. Rien d’étonnant : le coureur du Var a remporté Paris-Tours en 1944 et a terminé 2ème du dernier Paris-Roubaix. C’est un résistant, un dur au mal. Mais Coppi continue de grimper à une allure intenable dans un relâchement énervant pour celui qui le suit. Et mètre par mètre, Teisseire cède.


C’est un homme seul à la gestuelle déliée et jamais heurtée, Fausto Coppi, qui débouche du tunnel du Turchino, à 140 km de San Remo. Le bout du tunnel pour celui qui allait dominer le peloton mondial pendant une dizaine d’années.
140 kilomètres restent à parcourir, et Coppi hésite. Sans personne pour prendre des relais, il perdra certainement de son efficacité au fil du temps. Il hésite. Teisseire a lâché mais il n’est pas si loin, peut-être vaut-il mieux l’attendre. C’est alors qu’on lui annonce que le peloton des favoris n’est qu’à deux minutes. Attends Teisseire, et Bartali et Camellini seront presque revenus !
Qu’à cela ne tienne : le coureur de Castellania se lance dans la descente avec autant d’énergie que celle qui l’a hissé au sommet du Turchino. Il fonce, informe ceux qui l’ignoraient (il devait encore y en avoir en 46) qu’il est aussi bon rouleur que grimpeur, ce qui doit donner mal au crâne à beaucoup de ses adversaires.

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L’écart grandit, les reporters radios annoncent : « le premier, Coppi, vient de passer. En attendant les poursuivants, nous passons un peu de musique. » :w00t:
La légende dit que le campionissimo s’arrêta un bref instant commander un café dans une échoppe qu’il affectionnait, le but d’une traite, et repartit achever son chef-d’œuvre.
Derrière, on ne s’amuse pas spécialement. Un groupe de trois hommes met le feu au Capo Berta : Gino le Pieux est toujours là, Fermo Camellini et Mario Ricci. Mais rien n’y fait. Et Lucien Teisseire résiste, au loin, mais fait sa course ! Il restera intercalé entre la meute, derrière, et le héron planant, devant.

A San Remo, c’est la folie. On enregistre les plus gros écarts depuis la victoire d’Eugène Christophe en 1910, quand la neige et le froid avaient eu raison du peloton (4 coureurs seulement avaient été classés). Fausto Coppi remporte son premier Milan-San Remo (deux autres suivront en 48 et 49) avec 14 minutes d’avance sur Teisseire, radieux et satisfait de sa journée, et plus de 18 minutes d’avance sur un groupe de favoris, un groupe de battus, réglés au sprint par Mario Ricci devant Gino Bartali.

Surtout, après son coup de force à la fin du tour d’Italie 1940, il prend un nouveau départ en imposant une marque de fabrique, une patte, aussi puissante que ses jambes étaient fines : les échappées solitaires. Ses exploits sont nombreux mais cette victoire à San Remo en 1946 marque probablement le début d’une nouvelle ère pour le vélo.
Durant l’hiver 45-46, Coppi aurait avalé 6000 km sous la houlette de son entraîneur / masseur Cavanna, qui l’initia au travail qualitatif et notamment au fractionné, ainsi qu’aux sprints dans les pentes. On sait aujourd’hui l’apport de Coppi à son sport, la diététique, l’entraînement, la récupération, le matériel. Dans une certaine mesure, le sport cycliste tel qu’on le connaît aujourd’hui est peut-être né entre le Turchino et San Remo en passant par Imperial. Pardon, par Imperia !
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Re: La Mémoire des Courses

Bel hommage. :applaud:
Soyons magnanimes : Pour un arrêt de la pratique cycliste professionnelle en Italie
marcella

Re: La Mémoire des Courses

:super:

L'un des plus beaux exploits du Campionissimo !
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loloherrera
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Re: La Mémoire des Courses

Ah Coppi...sans doute l'auteur des plus grandes envolées que le cyclisme ait connu. Et ce Milan-San Remo en est une première preuve.
A la fin de sa carrière, il avouait même regretter toutes ces chevauchées solitaires. "Elles m'ont sans doute couté quelques années de carrières" déclarait-il. Peut-être...mais quelle délectation de lire et relire tous ces exploits qui ont forgé la légende du Campionnissimo.
J'ai un faible pour son Paris-Roubaix victorieux, avec à l'arrivée la fameuse phrase de Maurice Diot son dauphin à l'arrivée.
"J'ai gagné Paris-Roubaix". Mais que fais tu de Fausto ? "Il est hors concours"
Tout est dit.
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levrai-dufaux
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Re: La Mémoire des Courses

Pareil que lolo, je ne me lasserais jamais de lire les exploits de Coppi, et ils sont ici magnifiquement racontés, merci fred ! :super:

Je pense que les qualités de rouleur de Coppi étaient connues avant ce Milan San Remo 1946. Fin 1942, il avait en effet battu le record de l'heure d'Archambaud et si sa performance n'était pas encore homologuée, elle avait fait grand bruit tant l'épreuve bénéficiait alors d'une large audience.
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gradouble
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Re: La Mémoire des Courses

Merci pour le récit.
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fred30
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Re: La Mémoire des Courses

C'est vrai que son record de l'heure est antérieur à cette reprise des courses après-guerre.

Néanmoins, je crois que c'est la première fois que Coppi faisait une grande démonstration sur route, en solo, sur un parcours majoritairement plat : je parle ici des 140 km après le Turchino.

Mais son record de l'heure reste marquant pour son époque, clairement. Il a d'ailleurs tenu 14 ans, battu par Anquetil.
D'ailleurs, comment expliquer l'engouement pour cette épreuve dans le passé ? Après tout il ne s'agit que d'un mec qui tourne en rond, tout seul, pendant 1 h. :spamafote: :elephant:
marcella

Re: La Mémoire des Courses

Le record de l'heure reste aussi marquant car il s'est tenu dans des conditions spéciales.

La piste étai beaucoup plus cotée à l'époque.
Je m'y suis toujours intéressé, même si les tentatives avec les vélos aérodynamiques me plaisaient moins, sauf celle d'Obree, maias c'est vrai que je fais parti des :gafauvel: :elephant:
marcella

Re: La Mémoire des Courses

Le record de l'heure reste aussi marquant car il s'est tenu dans des conditions spéciales.

La piste étai beaucoup plus cotée à l'époque.
Je m'y suis toujours intéressé, même si les tentatives avec les vélos aérodynamiques me plaisaient moins, sauf celle d'Obree, maias c'est vrai que je fais parti des :gafauvel: :elephant:
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Re: La Mémoire des Courses

fred30 a écrit : 12 janv. 2021, 17:27 C'est vrai que son record de l'heure est antérieur à cette reprise des courses après-guerre.

Néanmoins, je crois que c'est la première fois que Coppi faisait une grande démonstration sur route, en solo, sur un parcours majoritairement plat : je parle ici des 140 km après le Turchino.

Mais son record de l'heure reste marquant pour son époque, clairement. Il a d'ailleurs tenu 14 ans, battu par Anquetil.
D'ailleurs, comment expliquer l'engouement pour cette épreuve dans le passé ? Après tout il ne s'agit que d'un mec qui tourne en rond, tout seul, pendant 1 h. :spamafote: :elephant:
Comme le dit marcella, l'intérêt pour le record de l'heure est à rattacher à une période où les épreuves sur piste jouissaient d'une popularité exceptionnelle. Je pense qu'il n'est pas exagéré de dire que, au moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, la piste bénéficiait d'une exposition égale à la route. La césure entre les deux n'était d'ailleurs pas aussi marquée qu'aujourd'hui puisque l'hiver, on retrouvait les grands champions de la route sur les épreuves de Six Jours pour lancer leur saison. Plus que le record de l'heure, on peine d'ailleurs à comprendre aujourd'hui l'extraordinaire succès de ces épreuves de Six Jours où, par exemple, le tout Paris venait s'agglutiner dans le Vel d'Hiv pendant des heures pour voir tourner les as.

Pour revenir au record de l'heure, l'une des raisons pour lesquelles il a constitué une épreuve aussi attractive est qu'il assurait à son vainqueur de nombreux contrats dans les vélodromes. D'ailleurs, si l'on regarde dans le détail, on s'aperçoit que l'épreuve n'a véritablement décollé que dans les années 1930. Le record d'Oscar Egg, établi en 1914 à plus de 44 km/h a tenu pratiquement 20 ans et a été battu par surprise par le Français Maurice Richard, un coureur d'envergure régionale dont personne n'avait entendu parler de la tentative. Du jour au lendemain, Richard est devenu une vedette. L'âge d'or du record de l'heure coïncide ensuite avec la mythique piste de Milan, le Vigorelli. A partir d'Olmo en 1935, tous les records y ont été établi jusqu'à celui de Bracke en 1967. Celui de Coppi a d'ailleurs duré aussi longtemps car l'état d'épuisement extrême dans lequel le campionissimo avait terminé l'épreuve avait dissuadé les autres tentatives. Coppi n'avait pourtant amélioré le record d'Archambaud que d'une faible marge et il est probable qu'il aurait pu faire mieux quelques années plus tard.

Puis, avant même l'ère des vélos aérodynamiques, les tentatives de Ritter et Merckx à Mexico ont déjà contribué à dénaturer un peu l'épreuve à mes yeux, lui faisant perdre en lisibilité en faisant intervenir le facteur de l'altitude.
biquet
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Re: La Mémoire des Courses

Je vous propose de jeter un oeil trés attentif sur le fil actus du jour, qui consacre un long récit à la mythique étape du Gavia 1988. :w00t: Les Delgado, Bernard, Madiot, Gaigne, Laffargue et Philippe Bouvet font appel à leurs souvenirs, et c'est tout simplement dantesque. On est bien au-delà de la simple compétition sportive, là, on emprunte carrément le chemin de l'épopée, voire de l'héroisme. Merci et bravo à Ximun Larre !! :applaud: :agenou:
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