Portraits de cyclistes oubliés
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Mais Ricco n’avait pas fini par se faire humilier sur le Tour, apres avoir claironné qu’il allait eclater non-attribué?
Merci Albator 
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Tu confonds avec Simonidolipr4ne a écrit : 22 nov. 2020, 19:50 Mais Ricco n’avait pas fini par se faire humilier sur le Tour, apres avoir claironné qu’il allait eclater non-attribué?
Soyons magnanimes : Pour un arrêt de la pratique cycliste professionnelle en Italie
Re: Portraits de cyclistes oubliés
Ah bah je pensais que c’etait Ricco qui avait tenté ce troll. 
Merci Albator 
Re: Portraits de cyclistes oubliés
AlbatorConterdo a écrit : 22 nov. 2020, 21:06Tu confonds avec Simonidolipr4ne a écrit : 22 nov. 2020, 19:50 Mais Ricco n’avait pas fini par se faire humilier sur le Tour, apres avoir claironné qu’il allait eclater non-attribué?
Simoni 2003 et Ricco 2008 je crois bien ?
Enfin le petit Richard avait la langue sacrément pendu lui aussi...
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Ha Gibo.dolipr4ne a écrit : 22 nov. 2020, 19:50 Mais Ricco n’avait pas fini par se faire humilier sur le Tour, apres avoir claironné qu’il allait eclater non-attribué?
Moi j'ai commencé à l'apprécier sur le Giro 2003, et je suis totalement devenu fan quand par orgueil, et pour l'honneur, il a remporté une étape sur le Tour 2003 alors qu'il était passé complètement à coté de son Tour.
Pour ceux qui auraient voulu voir un duel entre non-attribué, il faut regretter que Gibo ne soit pas allé sur le Tour en 2001, car sur le Tour de Suisse il avait fait jeu égal avec le coureur dont il ne faut pas parler !
Moi je regrette juste qu'il n'ait pas remporté un troisième Giro (le Giro était bien plus sympathique à suivre que le Tour à l'époque, peu importe le plateau soi-disant plus prestigieux qu'il y avait sur le Tour, mais à l'époque fallait être maso pour vraiment apprécier le spectacle proposé sur le Tour...).
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Si quelqu'un peut nous faire une petite liste de ses meilleurs sorties, c'est vrai qu'il promettait d'être le digne successeur de Gibo le vendeur de kleenex !xacasar a écrit : 23 nov. 2020, 10:47
Simoni 2003 et Ricco 2008 je crois bien ?
Enfin le petit Richard avait la langue sacrément pendu lui aussi...
J'ai entendu en revanche, que Contador et Ricco gardaient un respect mutuel, et que l'Espagnol avait dit que l'Italien était le seul à lui avoir vraiment donné du fil à retordre quand il était au sommet de son art.
Dernière modification par PuncheurFou le 29 nov. 2020, 13:02, modifié 1 fois.
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Ricco a prénommé son fils né en 2008 "Alberto" en hommage à Contador.PuncheurFou a écrit : 29 nov. 2020, 00:02Si quelqu'un peut nous faire une petite liste de ses meilleurs sorties, c'est vrai qu'il promettait d'être le digne successeur de Gibo le vendeur de kleenex !xacasar a écrit : 23 nov. 2020, 10:47
Simoni 2003 et Ricco 2008 je crois bien ?
Enfin le petit Richard avait la langue sacrément pendu lui aussi...
J'ai entendu en revanche, que Contador et Ricco gardait un respect mutuel, et que l'Espagnol avait dit que l'Italien était le seul à lui avoir vraiment donné du fil à retordre quand il était au sommet de son art.
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Ricco
J'ai commencé la lecture de son autobiographie lundi dernier.
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Y a un grand dadais qui va très certainement apprécier.PuncheurFou a écrit : 29 nov. 2020, 00:02
J'ai entendu en revanche, que Contador et Ricco gardait un respect mutuel, et que l'Espagnol avait dit que l'Italien était le seul à lui avoir vraiment donné du fil à retordre quand il était au sommet de son art.
Nous sommes les Tonton Tapis et nous roulons pour gagner.
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Andy trop souvent mésestiméTontontrotsko a écrit : 29 nov. 2020, 12:39Y a un grand dadais qui va très certainement apprécier.PuncheurFou a écrit : 29 nov. 2020, 00:02
J'ai entendu en revanche, que Contador et Ricco gardait un respect mutuel, et que l'Espagnol avait dit que l'Italien était le seul à lui avoir vraiment donné du fil à retordre quand il était au sommet de son art.![]()
![]()
Re: Portraits de cyclistes oubliés
Jacques Marinelli

Jacques Marinelli et l'objet qui changea sa vie. Une relique conservée précieusement
Ce vieil homme, encore bon pied bon œil aux dernières nouvelles bien que rigoureusement confiné étant donné son grand âge, fut le maire de Melun de 1989 à 2002. Et … qu’est-ce que ça vient faire sur un forum vélo, me direz-vous ? C’est très juste.
C’est surtout un petit homme (1.62m), vainqueur de deux étapes du Dauphiné Libéré et s’étant illustré en terminant sur le podium du Tour de France lors d’une période bénie, peuplée d’immenses champions représentant pour certains la quintessence du sport cycliste. A 23 ans, il s’illustra et vécut sur le Tour de France 1949 une histoire d’amour avec le public comparable à celles que Voeckler connut en 2004 et 2011. A ce jour, il est le plus ancien porteur du maillot jaune encore en vie. Il aura 95 ans le 15 décembre.
Le Tour de France 1949.
Fausto Coppi cristallise toutes les attentes au départ de ce Tour. Il vient de gagner le Giro et est épaulé de Bartali pour sa première participation au Tour. Nul ne sait vraiment qui est le leader et Alfredo Binda alors directeur sportif de l’équipe nationale, a convaincu les deux hommes de collaborer en bonne intelligence. Le Tour s’élance et c’est la valse des maillots jaunes lors des premiers jours. Dussault, Lambrecht, Callens puis Marinelli. Le petit coureur francilien avait déjà flingué dans le final de la première étape, prenant quelques secondes d’avances sur le peloton. Puis lors de la deuxième étape il termina deuxième derrière Lambrecht. A Rouen il endosse le maillot jaune et le gardera 6 jours, jusqu’au pied des Pyrénées, ou Fiorenzo Magni l’en dépossèdera. Mais de Paris à Paris, Marinelli ne descendra jamais en dessous de la 7ème place. Il déclarera plus tard : « s’il y avait eu un classement des jeunes, j’aurais été premier du premier au dernier jour. » Il marque cette édition en prenant des échappés, en se portant à l’avant sans attendre qu’on l’attaque, se sachant moins fort que les géants italiens en montagne et contre la montre, et peut-être en dessous également de Robic, Bobet, Lazaridès, Ockers ...
Lors de l’étape menant à Saint-Malo, il est encore à l’avant dans une échappée avec notamment Kübler, Gauthier … et Coppi qui met le nez à la fenêtre pour la première fois. Puis Marinelli tente de prendre une bouteille tendue par une spectatrice. Mal placée, la spectatrice ? Manque d’anticipation de la part du français ? Quelques secondes plus tard, après un accrochage soudain, lui et Coppi se retrouvent par terre. Marinelli repart mais Coppi mettra un temps précieux à se faire dépanner, lui qui a cassé sa fourche et sa roue. Lui qui était à 18 minutes du leader Marinelli et qui avait pourtant attaqué pour la première fois en ce début de tour, perd ce jour-là 18 minutes supplémentaires ! Plus d’une demie heure de retard sur la Perruche ! (le surnom dont fut affublé Marinelli était dû aux couleurs vertes de sa tenue, celle de l’Ile-de-France, qui se mélangeait au jaune du maillot tant convoité).
Evidemment Marinelli perdra du temps dans les contre la montre, à commencer par le premier en direction de La Rochelle. C’est le premier pas de Coppi dans sa remontée au classement : 7 minutes et demie reprises par le campionissimo. Mais Bartali est toujours devant lui et surtout Kübler, deuxième du chrono derrière l’Italien, s’est installé à la deuxième place derrière Marinelli à seulement 8 minutes.
Dans les Pyrénées, Marinelli perdra du temps régulièrement sans jamais perdre pied. Il fera encore partie d’un groupe de contre derrière les deux géants italiens et leur domination sans partage lors de la traversée des Alpes.
La perruche, qui avait une demie heure d’avance sur Coppi avant le chrono Les Sables-d’Olonne – La Rochelle, se retrouve après le dernier contre la montre (entre Colmar et Nancy ... 137 km !
) à 25 minutes de Coppi et à 15 de Bartali. Mais sa performance est notable : il termine 4ème de ce chrono pour lequel son corps n’est pas fait, devant des hommes comme Magni ou Robic.
Il termine sur la troisième marche du podium à Paris, salué pour sa performance et probable vainqueur à l'applaudimètre.


Jacques Marinelli et l'objet qui changea sa vie. Une relique conservée précieusement
Ce vieil homme, encore bon pied bon œil aux dernières nouvelles bien que rigoureusement confiné étant donné son grand âge, fut le maire de Melun de 1989 à 2002. Et … qu’est-ce que ça vient faire sur un forum vélo, me direz-vous ? C’est très juste.
C’est surtout un petit homme (1.62m), vainqueur de deux étapes du Dauphiné Libéré et s’étant illustré en terminant sur le podium du Tour de France lors d’une période bénie, peuplée d’immenses champions représentant pour certains la quintessence du sport cycliste. A 23 ans, il s’illustra et vécut sur le Tour de France 1949 une histoire d’amour avec le public comparable à celles que Voeckler connut en 2004 et 2011. A ce jour, il est le plus ancien porteur du maillot jaune encore en vie. Il aura 95 ans le 15 décembre.
Le Tour de France 1949.
Fausto Coppi cristallise toutes les attentes au départ de ce Tour. Il vient de gagner le Giro et est épaulé de Bartali pour sa première participation au Tour. Nul ne sait vraiment qui est le leader et Alfredo Binda alors directeur sportif de l’équipe nationale, a convaincu les deux hommes de collaborer en bonne intelligence. Le Tour s’élance et c’est la valse des maillots jaunes lors des premiers jours. Dussault, Lambrecht, Callens puis Marinelli. Le petit coureur francilien avait déjà flingué dans le final de la première étape, prenant quelques secondes d’avances sur le peloton. Puis lors de la deuxième étape il termina deuxième derrière Lambrecht. A Rouen il endosse le maillot jaune et le gardera 6 jours, jusqu’au pied des Pyrénées, ou Fiorenzo Magni l’en dépossèdera. Mais de Paris à Paris, Marinelli ne descendra jamais en dessous de la 7ème place. Il déclarera plus tard : « s’il y avait eu un classement des jeunes, j’aurais été premier du premier au dernier jour. » Il marque cette édition en prenant des échappés, en se portant à l’avant sans attendre qu’on l’attaque, se sachant moins fort que les géants italiens en montagne et contre la montre, et peut-être en dessous également de Robic, Bobet, Lazaridès, Ockers ...
Lors de l’étape menant à Saint-Malo, il est encore à l’avant dans une échappée avec notamment Kübler, Gauthier … et Coppi qui met le nez à la fenêtre pour la première fois. Puis Marinelli tente de prendre une bouteille tendue par une spectatrice. Mal placée, la spectatrice ? Manque d’anticipation de la part du français ? Quelques secondes plus tard, après un accrochage soudain, lui et Coppi se retrouvent par terre. Marinelli repart mais Coppi mettra un temps précieux à se faire dépanner, lui qui a cassé sa fourche et sa roue. Lui qui était à 18 minutes du leader Marinelli et qui avait pourtant attaqué pour la première fois en ce début de tour, perd ce jour-là 18 minutes supplémentaires ! Plus d’une demie heure de retard sur la Perruche ! (le surnom dont fut affublé Marinelli était dû aux couleurs vertes de sa tenue, celle de l’Ile-de-France, qui se mélangeait au jaune du maillot tant convoité).
Evidemment Marinelli perdra du temps dans les contre la montre, à commencer par le premier en direction de La Rochelle. C’est le premier pas de Coppi dans sa remontée au classement : 7 minutes et demie reprises par le campionissimo. Mais Bartali est toujours devant lui et surtout Kübler, deuxième du chrono derrière l’Italien, s’est installé à la deuxième place derrière Marinelli à seulement 8 minutes.
Dans les Pyrénées, Marinelli perdra du temps régulièrement sans jamais perdre pied. Il fera encore partie d’un groupe de contre derrière les deux géants italiens et leur domination sans partage lors de la traversée des Alpes.
La perruche, qui avait une demie heure d’avance sur Coppi avant le chrono Les Sables-d’Olonne – La Rochelle, se retrouve après le dernier contre la montre (entre Colmar et Nancy ... 137 km !
Il termine sur la troisième marche du podium à Paris, salué pour sa performance et probable vainqueur à l'applaudimètre.
Re: Portraits de cyclistes oubliés
Mais faisons un saut dans le temps. Nous sommes en 1998, le 2 août précisément. Cette année, le Tour s’est élancé plus tard que d’habitude en raison de la coupe du monde désormais célèbre. J’ai 13 ans et avec mon père nous nous sommes levés tôt et avons parcouru les 25 kilomètres qui nous séparent du départ de la dernière étape de ce Tour. Nous voulons être les premiers. Papa Fred a une technique éprouvée : il se place toujours au plus près du podium de signature. « Comme ça, on les voit tous, quasiment un par un. On peut pas les louper ! » dit-il.
Seulement, ce jour-là à Melun, la configuration des lieux est telle (à moins que ce ne soit dû aux nombreux officiels qui prennent les meilleures places) que nous nous retrouvons non loin du podium certes, mais derrière un petit barnum un peu excentré. Je suis à la fois triste et excité : depuis l’an passé je suis admirateur de Jan Ullrich, et ce dernier vient d’être terrassé par Marco Pantani.
Le grimpeur italien, vainqueur dans les Pyrénées au plateau de Beille, a surtout réchauffé et enflammé une étape alpestre glaciale. Sa folle chevauchée jusqu’aux Deux-Alpes via le Galibier a marqué cette édition et est entrée instantanément dans l’histoire. L’hiver en plein été, les maillots gorgés d’eau, l’orage et l’altitude, et surtout le talent du pur grimpeur ont eu raison du rouleur allemand qu’on croyait lancé vers un deuxième succès d’affilée. J’en ai eu la gorge serrée ce jour-là, et je n’étais pas beaucoup plus heureux le lendemain, quand par orgueil Ullrich attaqua dans la Madeleine et s’imposa à Albertville. Je me suis presque senti vexé en voyant Pantani freiner à 20 mètres de la ligne
pour laisser gagner Ullrich qui a tenté un baroud d’honneur sans avoir les moyens de ses ambitions. Qu’importe, ce jour-là à Melun, je veux voir ces deux hommes. J’ai bien compris que ce qu’a fait Pantani est extraordinaire.
Finalement, ce seront à peu près les deux seuls que je ne verrais pas. Ullrich est arrivé sur le site de départ en même temps que plein d’autres coureurs et la foule d’officiels entre lui et moi m’a même empêché de le voir de loin. Quant à Pantani, il n’est grand que lorsqu’il est seul dans les cols. Entouré de trois ou quatre photographes qui trottinent autour de lui, je ne le vois plus. A peine verrai-je sa main saluer la foule après avoir signé la feuille de départ.
Quelques minutes plus tôt, une rumeur est montée dans les rues de Melun. Les gens criaient, applaudissaient. « ah ça je sais qui c’est ! » a lancé mon père. « C’est forcément Poulidor ! » Bingo. Raymond la popularité est là, il arrive à pied sur le site et déclenche l’hystérie. Il porte son maillot du crédit lyonnais. Avec mon père, on se dit comme à chaque fois que c’est dingue d’être aussi populaire en ayant arrêté sa carrière il y aussi longtemps. Derrière les barrières on s’amuse : « ah ben voilà, il a trouvé le jaune, finalement ! ».
Quelques secondes plus tard, je reçois un coup de coude du paternel : « Regarde ! C’est Gimondi ! » Je tourne la tête et je vois une autre tête que j’ai appris à connaître grâce aux livres à la maison. Felice est là et c’est moi qui suis heureux. Il porte chemise et pantalon à pinces, impeccable. La classe. Il nous adresse un signe de la main comme pour nous remercier de l’avoir reconnu en pleine Poulidorite aigüe. Il marche dans une indifférence quasi-parfaite de la part du public. Dans quelques heures, il ne sera plus le dernier italien vainqueur du Tour.
Et puis, encore quelques minutes et une nouvelle salve d’applaudissements retient notre attention. Cette fois-ci ça ne peut pas être Poulidor, il est déjà venu et est déjà reparti. La voix rauque de Daniel Mangeas remplit l’espace : « alors que nous allons maintenant accueillir un autre ancien champion … Celui-ci vous le connaissez bien mesdames et messieurs … une ancienne gloire du cyclisme dans son âge d’or, ce n’est autre … que votre maire Jacques Marinelli ! »
Je me tourne vers mon père :
- Tu connais ?
- Oui, c’était encore avant l’époque d’Anquetil
(pour mon père, Anquetil est la valeur étalon, celle à partir de laquelle on date les choses. Il y a avant Anquetil, et après Anquetil. C’est un peu comme Jésus-Christ.)
- C’était un bon coureur ?
- Oui pas mauvais. Une année il a fini 3ème, derrière Coppi et Bartali.
- Ah ouais quand même !
Aussitôt, je me dis deux choses. J’entends « Coppi », j’entends « Bartali », et je me dis : « il doit être super vieux ! » Et puis en le voyant apparaître, je me dis que c’est le témoin d’un autre temps, c’est comme un livre d’histoire qui serait vivant. S’il venait du futur on l’appellerait martien. Mais il vient du passé : on l’appelle champion.
Ce jour-là, je peux assurer que Jacques Marinelli n’était pas le maire de Melun d’alors. Il était un ancien coureur, un ancien champion, un toujours enfant, ébloui devant la grosse machine du Tour. Un gamin qui écarquillait les yeux et qui a chaudement félicité Pantani avant le départ. (à ce que disait Mangeas, car j’étais trop loin pour voir cet échange).
Une fois les coureurs partis pour la procession vers les Champs-Elysées, alors que nous marchions dans les rues de la ville pour rejoindre la voiture, je me souviens avoir dit à mon père :
- Finalement, Marinelli en 49, il a un peu gagné le Tour … c’était le premier des coureurs normaux à Paris.
Mon père a souri :
- On peut dire ça comme ça …
Seulement, ce jour-là à Melun, la configuration des lieux est telle (à moins que ce ne soit dû aux nombreux officiels qui prennent les meilleures places) que nous nous retrouvons non loin du podium certes, mais derrière un petit barnum un peu excentré. Je suis à la fois triste et excité : depuis l’an passé je suis admirateur de Jan Ullrich, et ce dernier vient d’être terrassé par Marco Pantani.
Finalement, ce seront à peu près les deux seuls que je ne verrais pas. Ullrich est arrivé sur le site de départ en même temps que plein d’autres coureurs et la foule d’officiels entre lui et moi m’a même empêché de le voir de loin. Quant à Pantani, il n’est grand que lorsqu’il est seul dans les cols. Entouré de trois ou quatre photographes qui trottinent autour de lui, je ne le vois plus. A peine verrai-je sa main saluer la foule après avoir signé la feuille de départ.
Quelques minutes plus tôt, une rumeur est montée dans les rues de Melun. Les gens criaient, applaudissaient. « ah ça je sais qui c’est ! » a lancé mon père. « C’est forcément Poulidor ! » Bingo. Raymond la popularité est là, il arrive à pied sur le site et déclenche l’hystérie. Il porte son maillot du crédit lyonnais. Avec mon père, on se dit comme à chaque fois que c’est dingue d’être aussi populaire en ayant arrêté sa carrière il y aussi longtemps. Derrière les barrières on s’amuse : « ah ben voilà, il a trouvé le jaune, finalement ! ».
Quelques secondes plus tard, je reçois un coup de coude du paternel : « Regarde ! C’est Gimondi ! » Je tourne la tête et je vois une autre tête que j’ai appris à connaître grâce aux livres à la maison. Felice est là et c’est moi qui suis heureux. Il porte chemise et pantalon à pinces, impeccable. La classe. Il nous adresse un signe de la main comme pour nous remercier de l’avoir reconnu en pleine Poulidorite aigüe. Il marche dans une indifférence quasi-parfaite de la part du public. Dans quelques heures, il ne sera plus le dernier italien vainqueur du Tour.
Et puis, encore quelques minutes et une nouvelle salve d’applaudissements retient notre attention. Cette fois-ci ça ne peut pas être Poulidor, il est déjà venu et est déjà reparti. La voix rauque de Daniel Mangeas remplit l’espace : « alors que nous allons maintenant accueillir un autre ancien champion … Celui-ci vous le connaissez bien mesdames et messieurs … une ancienne gloire du cyclisme dans son âge d’or, ce n’est autre … que votre maire Jacques Marinelli ! »
Je me tourne vers mon père :
- Tu connais ?
- Oui, c’était encore avant l’époque d’Anquetil
(pour mon père, Anquetil est la valeur étalon, celle à partir de laquelle on date les choses. Il y a avant Anquetil, et après Anquetil. C’est un peu comme Jésus-Christ.)
- C’était un bon coureur ?
- Oui pas mauvais. Une année il a fini 3ème, derrière Coppi et Bartali.
- Ah ouais quand même !
Aussitôt, je me dis deux choses. J’entends « Coppi », j’entends « Bartali », et je me dis : « il doit être super vieux ! » Et puis en le voyant apparaître, je me dis que c’est le témoin d’un autre temps, c’est comme un livre d’histoire qui serait vivant. S’il venait du futur on l’appellerait martien. Mais il vient du passé : on l’appelle champion.
Ce jour-là, je peux assurer que Jacques Marinelli n’était pas le maire de Melun d’alors. Il était un ancien coureur, un ancien champion, un toujours enfant, ébloui devant la grosse machine du Tour. Un gamin qui écarquillait les yeux et qui a chaudement félicité Pantani avant le départ. (à ce que disait Mangeas, car j’étais trop loin pour voir cet échange).
Une fois les coureurs partis pour la procession vers les Champs-Elysées, alors que nous marchions dans les rues de la ville pour rejoindre la voiture, je me souviens avoir dit à mon père :
- Finalement, Marinelli en 49, il a un peu gagné le Tour … c’était le premier des coureurs normaux à Paris.
Mon père a souri :
- On peut dire ça comme ça …
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Re: Portraits de cyclistes oubliés
Merci, je ne connaissais pas le bonhomme.
Une des 1eres "comètes" de l'après-guerre ?
Une des 1eres "comètes" de l'après-guerre ?
Soyons magnanimes : Pour un arrêt de la pratique cycliste professionnelle en Italie
Re: Portraits de cyclistes oubliés
En vrai il a gagné son 3e Giro en 2005, du moins moralement, mais bon Savoldelli a acheté les concurrents sur l'étape de Sestrières.PuncheurFou a écrit : 29 nov. 2020, 00:00Ha Gibo.dolipr4ne a écrit : 22 nov. 2020, 19:50 Mais Ricco n’avait pas fini par se faire humilier sur le Tour, apres avoir claironné qu’il allait eclater non-attribué?![]()
Moi j'ai commencé à l'apprécier sur le Giro 2003, et je suis totalement devenu fan quand par orgueil, et pour l'honneur, il a remporté une étape sur le Tour 2003 alors qu'il était passé complètement à coté de son Tour.
Pour ceux qui auraient voulu voir un duel entre non-attribué, il faut regretter que Gibo ne soit pas allé sur le Tour en 2001, car sur le Tour de Suisse il avait fait jeu égal avec le coureur dont il ne faut pas parler !
Moi je regrette juste qu'il n'ait pas remporté un troisième Giro (le Giro était bien plus sympathique à suivre que le Tour à l'époque, peu importe le plateau soi-disant plus prestigieux qu'il y avait sur le Tour, mais à l'époque fallait être maso pour vraiment apprécier le spectacle proposé sur le Tour...).
Re: Portraits de cyclistes oubliés
J'ai vu, de loin, le maire de Melun dans la salle des fêtes sur le bord de Seine au début des années 90.
Je faisait partie, à l'époque , d'une formation de danse (rock acrobatique) invitée à se produire sur le parquet de la sus-dite salle des fêtes.
La chorégraphie comprenait un "tour complet fesses danseuse au sol" ... le parquet de la salle des fêtes de Melun n'avait pas été vitrifié ... dans un premier temps, on est allé se plaindre au Maire pour négligence d'entretien ayant causé la destruction de 8 collants ... mais dans un second temps, j'ai bien apprécié la séance de pince à épiler dans les loges.
Tout compte fait, je garde un bon souvenir de ma rencontre avec Jacques Marinelli
Je faisait partie, à l'époque , d'une formation de danse (rock acrobatique) invitée à se produire sur le parquet de la sus-dite salle des fêtes.
La chorégraphie comprenait un "tour complet fesses danseuse au sol" ... le parquet de la salle des fêtes de Melun n'avait pas été vitrifié ... dans un premier temps, on est allé se plaindre au Maire pour négligence d'entretien ayant causé la destruction de 8 collants ... mais dans un second temps, j'ai bien apprécié la séance de pince à épiler dans les loges.
Tout compte fait, je garde un bon souvenir de ma rencontre avec Jacques Marinelli
