Les grimpeurs français

Forum consacré à l’histoire du cyclisme : palmarès de coureurs, récits de courses, classements anciens et jeux thématiques. Un espace pour débattre entre passionnés de la Petite Reine et redécouvrir les grandes heures du vélo.

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levrai-dufaux
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Re: Les grimpeurs français

13. Laurent FIGNON

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Il ne rentre pas dans la catégorie des grimpeurs à proprement parler mais difficile de faire l’impasse sur certaines de ses performances en montagne.

En 1984, il franchit un premier pallier sur le Giro dont il remporte le Grand Prix de la Montagne. Il se distingue en particulier dans la dernière étape de montagne où il se lance dans une grande offensive dans le Pordoi et parvient à prendre le maillot rose en repoussant Moser à plus de deux minutes. Insuffisant pour l’emporter au général.
Mais si l’histoire retient le rôle de l’hélicoptère de télévision dans le chrono final, les poussettes impunies dont bénéficia Moser dans les cols ou encore l’annulation du Stelvio, on a tendance à oublier que Fignon fut incapable de distancer le transalpin dans le Jafferau et surtout qu’il perdit plus d’une minute sur celui-ci dans le Blockhaus.

Quelques semaines plus tard, Fignon est transfiguré et survole le Tour 1984 en repoussant Hinault à plus de 10 minutes au général. Il remporte notamment trois étapes dans les Alpes dont un chrono en côte et seul Herrera le prive d’un quadruplé en le devançant à l’Alpe d’Huez tandis que tous les autres sont repoussés à plusieurs minutes. Le Fignon du Tour 84 appartenait à la caste des plus grands et on peut se demander la carrière qu’il aurait eu sans la blessure au tendon d’achille qui le mit sur la touche en 1985.

Il parvient à revenir à un niveau correct en 1987, saison au cours de laquelle il se classe 3e de la Vuelta en remportant une étape puis, comme en 84, s’impose à la Plagne sur le Tour, mais cette fois-ci en échappée.

Ce n’est toutefois qu’au cours de sa fantastique saison 1989 qu’il renoue avec ses plus belles heures en montagne. Très régulier dans l’exercice sur le Giro (une victoire d’étape, 2e au Tre Cime derrière Herrera), il prend sa revanche sur 1984 en remportant l’épreuve. Sur le Tour, il parvient à suivre Delgado dans l’Alpe d’Huez pour reprendre le maillot jaune à Lemond, puis s’impose à Villars de Lans après une belle attaque. Là encore, le contre-la-montre final lui est finalement fatal avec ces fameuses 8 secondes.

En conflit avec Guimard au sein de la formation Castorama en 1991, il réalise néanmoins une fantastique performance sur le Tour entre Jaca et Val Louron : après un début d’étape poussif, il se classe finalement 4e et "premier des autres" derrière le sulfureux trio Indurain-Chiappucci-Bugno.
Il signe son dernier succès sur le Tour l’année suivante à Mulhouse au terme d’une belle contre-attaque à travers les Vosges qui le voit remonter un à un les échappées initiales dans le Grand Ballon avant de résister d'un souffle à un groupe mené par Leblanc et Dufaux.
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levrai-dufaux
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Re: Les grimpeurs français

biquet a écrit : 04 juil. 2020, 18:24
On dira donc que Faure en 1930 (dans lequel l'espagnol était nettement moins bien préparé qu'en 1932 et surtout 1933) et Vietto en 1934 ont été les 2 grimpeurs qui ont le plus marqué Vicente Trueba. :green: (c'est le compte rendu du Miroir des Sports ou de Match l'Intran ? Car ce genre de revue m'intéresse, surtout concernant la période années 30-40)
Je viens de chercher, je l'avais lu dans l'Auto du 25 juillet 1934, en page 2 :wink:
Petit extrait : "Trueba et Ezquerra sont également dépités. Le Roi des Grimpeurs, "La Puce", a laissé la place au papillon. De bonne grâce, il s'incline devant Vietto qui, il en est persuadé, est le meilleur grimpeur et aussi le plus admirable de tous les temps. Il prend à peine le soin d'excuser les moins bonnes performances dues, dit-il, à la chute qu'il fit quinze jours environ avant le Tour. Jamais, insiste Canardo, il n'avait aussi bien monté que cette année. Et Trueba, lui, rêve de revanche. Il veut revenir et voir gagner, il en est certain, Vietto, qui sait grimper et qui sait rouler."
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Re: Les grimpeurs français

levrai-dufaux a écrit : 04 juil. 2020, 19:06
biquet a écrit : 04 juil. 2020, 18:24
On dira donc que Faure en 1930 (dans lequel l'espagnol était nettement moins bien préparé qu'en 1932 et surtout 1933) et Vietto en 1934 ont été les 2 grimpeurs qui ont le plus marqué Vicente Trueba. :green: (c'est le compte rendu du Miroir des Sports ou de Match l'Intran ? Car ce genre de revue m'intéresse, surtout concernant la période années 30-40)
Je viens de chercher, je l'avais lu dans l'Auto du 25 juillet 1934, en page 2 :wink:
Petit extrait : "Trueba et Ezquerra sont également dépités. Le Roi des Grimpeurs, "La Puce", a laissé la place au papillon. De bonne grâce, il s'incline devant Vietto qui, il en est persuadé, est le meilleur grimpeur et aussi le plus admirable de tous les temps. Il prend à peine le soin d'excuser les moins bonnes performances dues, dit-il, à la chute qu'il fit quinze jours environ avant le Tour. Jamais, insiste Canardo, il n'avait aussi bien monté que cette année. Et Trueba, lui, rêve de revanche. Il veut revenir et voir gagner, il en est certain, Vietto, qui sait grimper et qui sait rouler."
OK. :super: C vrai que j'oublie l'Auto, qui est pourtant l'ancêtre de l'Equipe.
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Re: Les grimpeurs français

J'aurais vu Fignon plus haut, mais il est vrai qu'il n'a vraiment survolé les cimes qu'en 84. Rarement vu un coureur autant dominer son sujet.
En tout cas, superbe travail, très bien documenté et écrit :super: :super:

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Re: Les grimpeurs français

loloherrera a écrit : 04 juil. 2020, 19:28 J'aurais vu Fignon plus haut, mais il est vrai qu'il n'a vraiment survolé les cimes qu'en 84. Rarement vu un coureur autant dominer son sujet.
En tout cas, superbe travail, très bien documenté et écrit :super: :super:

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Le palmarès étant fait par son vieux pote Dufaux, on risque bien :rieur: :rieur:
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Re: Les grimpeurs français

:green: :green:
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Re: Les grimpeurs français

Ah merde, Virenque, je n'y pensais plus... :sweat:
ça me gâche presque le topic :elephant:

Bon, tant pis ce n'est pas grave, je lirai quand même :wink:
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levrai-dufaux
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Re: Les grimpeurs français

Je ne commenterai pas pour préserver le suspense :green:

En attendant Richard coeur de lion, voici...

12. Henri PÉLISSIER

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Encore un coureur complet et un immense champion en l’occurrence. Sans doute le plus beau palmarès français de l’avant-guerre avec de multiples succès sur les classiques (notamment en Italie). Malgré un succès en 1923, il entretient en revanche une relation tumultueuse avec le Tour de France et son directeur, Desgrange, entre abandons sur des coups de tête (1919, 1920), boycott de l’épreuve (1921, 1922) et nouvel abandon, mythique celui-là, en 1924 puisqu’il donna naissance à la légende des" forçats de la route" suite à l’interview qu’il accordât avec son frère à Albert Londres.

Au milieu de tout cela, Pélissier, surnommé "la Ficelle" pour ses longues jambes élancées, a tout de même marqué le Tour de ses talents d’escaladeur. En 1914, il s’échappe dans le Tourmalet et semble lancé dans un grand numéro, mais une fringale le terrasse à 3 km du sommet. Il finit 4e de l’étape et, malgré des Alpes éblouissantes au cours desquelles il gagne une étape et améliore le record d’ascension du Galibier, il ne parvient pas à remonter le retard accumulé ce jour-là et finit 2e du Tour derrière Thys.

En 1923, Pélissier réalise l’un des plus grands exploits des Tours d’avant-guerre.
Alors qu’il pointe à 30 minutes de Bottecchia au général, il donne ses premières lettres de noblesse à l’Izoard, escaladé seulement pour la seconde fois. Dans l’ascension, il parvient à décrocher son dernier compagnon d’échappée, Buysse, qui franchit le sommet à 3’15. Derrière, ses adversaires au général sont repoussés bien loin. Alavoine perd 11 minutes dans la montée tandis que Bottecchia explose totalement et concède 27 minutes ! Des écarts colossaux sur une seule ascension, même pour l’époque. Au général, Pélissier a totalement renversé la situation et s’empare du maillot jaune avec 10 minutes d’avance sur ses rivaux.
Le lendemain, il s’échappe dans le Galibier qu’il franchit seul en tête et s’impose à Génève en devançant son frère Francis qui l’avait rattrapé.

En parallèle, on peut aussi noter ses trois victoires consécutives lors des trois premières éditions de la course de côte Nice-Mont Agel (1920-1922). Bien que seulement second en 1923, il y devance d’un rang un jeune italien prometteur : Binda.
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Re: Les grimpeurs français

11. Luc LEBLANC


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Bien que champion du monde en 1994 sur le parcours accidenté d’Agrigente, Luc Leblanc est essentiellement associé au Tour de France. Maillot jaune en 1991, vainqueur de deux belles étapes en 1994 et 1996, c’est sur cette épreuve qu’il signe ses performances les plus mémorables.

1991, c’est la révélation au grand public. Il termine 5e du Tour après avoir porté le maillot jaune dans l’étape Jaca-Val Louron. Il connait ce jour-là une grosse défaillance dans l’Aspin mais se rattrape quelques jours plus tard dans l’Alpe d’Huez en étant le seul à pouvoir accompagner Bugno et Indurain jusqu’au sommet. Il peut d’ailleurs regretter un accrochage avec un spectateur dans l’ascension qui lui fit perdre une énergie précieuse pour recoller à ses deux adversaires.

L’année suivante, il réalise une grosse saison, ponctuée d’un titre de champion de France controversé, d’une victoire au général sur le GP du Midi-Libre et de 2e places sur le Dauphiné et la Classique des Alpes.

Après une année 93 loupée, il effectue en 1994 la meilleure saison de sa carrière.
Il réalise tout d’abord une solide Vuelta qu’il termine 6e en remportant le Grand Prix de la Montagne. Puis, sur le Tour de France, il s’impose au sommet d’Hautacam, gravie pour la première fois, en devançant au sprint Indurain, après avoir rattrapé et distancé Pantani.
Leblanc se montre très fort dans toutes les ascensions cette année-là, faisant étalage de ses qualités de grimpeur, à la fois endurant et capable d’accélérations brutales dans les cols. Il aurait bien mérité une place sur le podium final mais subit le retour d’Ugrumov dans les derniers jours et termine seulement 4e (et premier Français).

Passé chez Polti après le couac le Groupement, c’est finalement en 1996 qu’il remporte sa victoire la plus marquante au terme de l’étape des Arcs qui vit la chute d’Indurain. Dans l’ascension finale, il rattrape et dépose le pauvre Dufaux :elephant:
Encore très fort dans l’ascension d’Hautacam, il est globalement le plus costaud dans les Pyrénées avec les "Festina Boys", derrière l’intouchable Riis évidemment.

Leblanc termine sa carrière sous les couleurs de la formation italienne, avec laquelle il remporte le montagneux Tour du Trentin en 1997 et brille une dernière fois sur le Tour en étant l’un des animateurs de l’étape des Deux Alpes lors de l’édition 1998 (il tente en vain de suivre l’attaque de Pantani dans le Galibier notamment).
Il paiera ses efforts le lendemain en abandonnant 25 minutes, avant de se retirer de la course.
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Re: Les grimpeurs français

levrai-dufaux a écrit : 05 juil. 2020, 12:50 Leblanc termine sa carrière sous les couleurs de la formation italienne, avec laquelle il remporte le montagneux Tour du Trentin en 1997 et brille une dernière fois sur le Tour en étant l’un des animateurs de l’étape des Deux Alpes lors de l’édition 1998 (il tente en vain de suivre l’attaque de Pantani dans le Galibier notamment).
Mais non, il lui prépare le terrain. C'est grâce à lui si Pantani gagne le Tour !
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Re: Les grimpeurs français

Le récit de l'Izoard en mode Pélissier c'est quelque chose. :pt1cable:
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Re: Les grimpeurs français

levrai-dufaux a écrit : 05 juil. 2020, 12:50 11. Luc LEBLANC


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Bien que champion du monde en 1994 sur le parcours accidenté d’Agrigente, Luc Leblanc est essentiellement associé au Tour de France. Maillot jaune en 1991, vainqueur de deux belles étapes en 1994 et 1996, c’est sur cette épreuve qu’il signe ses performances les plus mémorables.

1991, c’est la révélation au grand public. Il termine 5e du Tour après avoir porté le maillot jaune dans l’étape Jaca-Val Louron. Il connait ce jour-là une grosse défaillance dans l’Aspin mais se rattrape quelques jours plus tard dans l’Alpe d’Huez en étant le seul à pouvoir accompagner Bugno et Indurain jusqu’au sommet. Il peut d’ailleurs regretter un accrochage avec un spectateur dans l’ascension qui lui fit perdre une énergie précieuse pour recoller à ses deux adversaires.

L’année suivante, il réalise une grosse saison, ponctuée d’un titre de champion de France controversé, d’une victoire au général sur le GP du Midi-Libre et de 2e places sur le Dauphiné et la Classique des Alpes.

Après une année 93 loupée, il effectue en 1994 la meilleure saison de sa carrière.
Il réalise tout d’abord une solide Vuelta qu’il termine 6e en remportant le Grand Prix de la Montagne. Puis, sur le Tour de France, il s’impose au sommet d’Hautacam, gravie pour la première fois, en devançant au sprint Indurain, après avoir rattrapé et distancé Pantani.
Leblanc se montre très fort dans toutes les ascensions cette année-là, faisant étalage de ses qualités de grimpeur, à la fois endurant et capable d’accélérations brutales dans les cols. Il aurait bien mérité une place sur le podium final mais subit le retour d’Ugrumov dans les derniers jours et termine seulement 4e (et premier Français).

Passé chez Polti après le couac le Groupement, c’est finalement en 1996 qu’il remporte sa victoire la plus marquante au terme de l’étape des Arcs qui vit la chute d’Indurain. Dans l’ascension finale, il rattrape et dépose le pauvre Dufaux :elephant:
Encore très fort dans l’ascension d’Hautacam, il est globalement le plus costaud dans les Pyrénées avec les "Festina Boys", derrière l’intouchable Riis évidemment.

Leblanc termine sa carrière sous les couleurs de la formation italienne, avec laquelle il remporte le montagneux Tour du Trentin en 1997 et brille une dernière fois sur le Tour en étant l’un des animateurs de l’étape des Deux Alpes lors de l’édition 1998 (il tente en vain de suivre l’attaque de Pantani dans le Galibier notamment).
Il paiera ses efforts le lendemain en abandonnant 25 minutes, avant de se retirer de la course.
Les patates qu'il mettait, celui-là, et avec de ces braquets de dinosaure !! L'EPOque aidait bien, mais quand même. :genance:

Parmi les grimpeurs purs (à la différence des montagnards comme Fignon, Bobet, Hinault, voire même Virenque, le Vietto 34 étant trés bon dans les 2 registres) , je le vois comme un des meilleurs français, derrière Robic (pour moi le n°1), Faure et Apo Lazaridès notamment. Sur une montée sèche, il pouvait être pratiquement irrésistible. Comme pour les 3 autres, les descentes lui coutaient souvent trés cher. Et il ne brillait pas par sa régularité.
marcella

Re: Les grimpeurs français

Philippe Collin est revenu sur le tour 1947.
Avec notamment R. Vietto et Biquet en vedette.

https://www.franceinter.fr/emissions/en ... illet-2020

Biquet est aussi pour moi le n°1.
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Re: Les grimpeurs français

Leblanc était vraiment très impressionnant sur le Tour 1994 à l' image de l' étape d' Hautacam.

Sur la régularité il aurait mérité d' etre sur le podium avec Pantani et Indurain, Ugrumov a béneficié d' un petit effet de surprise puis il a réalisé une performance incroyable sur le chrono en montagne.

Il avait un super démarrage.
Nous devons apprendre à vivre tous ensemble comme des frères, sinon nous allons tous ensemble mourir comme des idiots. La fin approche ... Le mur se rapproche ...
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Re: Les grimpeurs français

10. Raphaël GÉMINIANI

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Réputé pour sa gouaille, ses innombrables anecdotes et son sens de la formule, Géminiani était aussi un sacré coureur, véritable spécialiste des GT.

Régulier en montagne tout au long des années 50, ce lieutenant de Bobet gagne 7 étapes sur le Tour de France, la plupart sur terrain accidenté, et remporte le Grand Prix de la Montagne en 1951, année où il se classe 2e au général derrière Koblet ("s’il existait deux Koblet, je changerais de métier dans l’heure", disait-il à son sujet :genance: ). Originaire d’Auvergne, il met un point d’honneur à s’imposer lors de la première étape arrivant à Clermont-Ferrand en 1949.

Mais sa plus belle victoire est sans doute celle qu’il obtient en 1955 à Monaco. Le journaliste et grand historien du cyclisme Pierre Chany considérait qu’il s’agissait tout simplement de l’un des cinq plus grands exploits de l’histoire du Tour.
La veille, Gaul s’était imposé avec un quart d’heure d’avance sur le groupe des favoris, laissant Bobet stupéfait. Le soir, Gem fanfaronne pourtant devant ses copains de l’équipe de France : "Ce Gaul, moi, je vais lui faire sa fête ! Et pas plus tard que demain !". L’étape commence mal : au sommet du col de la Cayolle, le grand fusil pointe déjà à 9’30 d’un Gaul virevoltant. C’est alors que Robic le mit en rage en essayant de le distancer alors qu’ils étaient tous deux loin des premières loges. Piqué au vif, Géminiani entame alors une remontée incroyable, parvient à rentrer sur le groupe de tête à Nice et s’impose finalement en solitaire à Monaco :w00t:

En 1955, Gem était dans l’une de ses meilleures années : 3e de la Vuelta en ayant dû respecter les consignes d’équipe et laisser la victoire à Dotto alors qu’il était le plus fort, 4e du Giro puis 6e du Tour de France en l’espace de quelques mois, sacrée santé !
Sur le Giro, il se distingue en remportant deux fois le Grand Prix de la Montagne (en 1952 à la barbe de Bartali alors qu’il était équipier de Coppi ainsi qu’en 1957) et il me semble (je peux me tromper) qu’il est le premier français à avoir porté le maillot rose.

Ses empoignades avec Gaul demeurent l’un des fils rouges de sa fin de carrière. Sur le Giro 1957, c’est lui qui profite d’une pause pipi du Luxembourgeois pour lancer une offensive fatale à celui-ci. Furieux, Gaul se mettra ensuite au service de Nencini pour faire perdre Bobet.
Rebelote sur le Tour 1958 que Géminiani court survolté dans une équipe régionale (Anquetil ne voulait pas avoir Bobet et Géminiani ensemble dans l’équipe de France). Entre Carpentras et Gap, il profite d’un changement de vélo de Gaul pour attaquer et lui reprend 11 minutes ce jour-là. Anquetil, 3e au général, est à 8 minutes : le grand fusil semble bien parti pour enfin remporter le Tour. Hélas pour lui, dans la dernière étape alpestre courue sous une pluie battante, Gaul réalise une étape d’anthologie et s’impose avec pratiquement 15 minutes d’avance sur Gem. "Tous des judas !" lâche ce dernier, en pleurs à l’arrivée, à l’encontre des coureurs de l’équipe de France qui n’ont pas voulu (pu ?) l’aider en cours d’étape. Il conclut ce Tour à une belle 3e place néanmoins.

Atteint comme Coppi de la malaria suite à une série de critériums disputés au Burkina-Faso fin 1959, il fut bien soigné contrairement à l’Italien mais dut mettre un terme à sa carrière de coureur, se reconvertissant avec succès en directeur sportif auprès d’Anquetil quelques années plus tard.
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