biquet a écrit : 14 déc. 2018, 10:49
Mais je crois toujours qu'un grimpeur explosif

va surgir dans un futur plus ou moins proche, et qu'on est plutôt dans une époque creuse, dans ce secteur. Les prestations de Simon Yates (Paris-Nice, Giro, Vuelta) et Egan Bernal (Californie, sa facilité dans le Portet) me font penser que la race du grimpeur dynamite n'est peut-être pas éteinte, malgré les progrès technologiques.
C'est là-dessus que nous ne sommes pas d'accord.
Je ne pense pas que la génération de grimpeurs actuelle manque de grimpeurs explosifs. En mettant de côté les coureurs complets, on peut citer Quintana, Lopez, Bernal, Aru, Yates, Chaves ou même Dan Martin qui sont tous capables de démarrage extrêmement tranchants dans une ascension (tout comme Mas, Carapaz ou Sosa, pour mentionner les révélations de l'année). A un degré moindre d'explosivité, Landa ou Pozzovivo sont également capables de faire des différences sur leur démarrage. Tous ces coureurs n'ont rien à envier de ce point de vue à la génération précédente des Sastre, Scarponi, Frank Schleck, Sanchez, Mosquera, Gadret, Van den Broeck (je ne cite pas des coureurs comme Basso ou Menchov pourtant absolument pas explosifs mais parce qu'ils sont "trop" complets pour entrer dans la comparaison ici).
Finalement Pinot et Bardet sont parmi les plus diesels de la génération présente ce qui, dans le cas de Bardet, ne manque pas de sel compte tenu de ses aptitudes sur les les gros pourcentages. Et on constate que les grimpeurs qui, aujourd'hui, montent au train de manière linéaire sont plutôt minoritaires (seul Dumoulin applique cette stratégie, même Froome procède quasi-systématiquement à des changements de rythme en cours d'ascension)
Tu pourrais me répondre que j'évite soigneusement de comparer les grimpeurs actuels à Contador, Andy Schleck, Rujano ou encore Soler et Piepoli. Et me dire qu'il n'y a plus ces "super-grimpeurs" dans le peloton. Mon avis est précisément le contraire : il y a désormais en majorité des grimpeurs de type Rujano, Soler, A. Schleck... d'où une absence d'écarts entre eux, ils se neutralisent car évoluent dans le même registre. Mon avis sur la question, c'est que nos grimpeurs actuels se sont "puncharisés" (mince, je me mets à parler comme Ilnur

) et c'est déjà ce que j'essayais de dire dans mon précédent message. Il y a selon moi 2-3 gros symptômes qui nous le suggèrent :
1. La génération de grimpeurs actuelle est meilleure que les précédentes sur les gros pourcentages. Historiquement, le terrain des grimpeurs, ce ne sont pas les gros pourcentages parce qu'ils souffrent d'un déficit de puissance et de vélocité par rapport aux puncheurs. Alors certes, nos grimpeurs modernes sont mis au défi sur des pourcentages jusqu'alors inconnu. Mais cette progression peut aussi se mesurer par les succès ou les places d'honneur qu'ils obtiennent sur les ardennaises. Un coureur comme Pozzovivo vient d'obtenir par exemple 3 top 10 sur les 5 dernières éditions de LBL. Certes, on peut m'opposer le succès d'Andy Schleck ou la bonne tenue d'Anton il y a quelques années sur une FW. Mais je trouve que, globalement, les grimpeurs s'en sortent mieux sur les classiques pour puncheurs qu'il y a 10 ans (Zakarin, Fuglsang, Majka, Izagirre, Barguil, Poels, Bardet, Woods, Martin... voilà autant de grimpeurs qui ont obtenu un top 10 sur LBL rien que sur ces 3 dernières années).
2. Les grimpeurs actuels sont autant capables de changement de rythme que les précédents, par contre ils ont beaucoup de difficultés à maintenir une allure élevée à la suite d'une attaque. C'est tout de même un phénomène relativement récent de voir l'un des meilleurs grimpeurs du monde attaquer pour se faire reprendre ensuite par un équipier qui monte à un train soutenu (Quintana par Kwiatkowski par exemple). La vidéo de Contador et Rasmussen sur Peyresourde a été postée récemment sur un autre sujet. Les commentaires de Fignon y sont très instructifs : ils soulignent à quel point il est frappé par l'incapacité de ces super grimpeurs à maintenir un rythme soutenu après leurs attaques. C'est un spectacle totalement inédit pour lui. Ce cas est une caricature de grimpeurs extrêmement explosifs, capables de démarrages foudroyants, mais incapable d'enchaîner sur un tempo élevé. Un Pantani avait un démarrage surpuissant certes, mais là où il faisait véritablement la différence, c'était sur sa capacité à en remettre une couche après son premier démarrage (voir par exemple comment décrochent Madouas et Leblanc sur l'Alpe 95 et le Galibier 98) et à maintenir un train d'enfer sur plusieurs kilomètres ensuite.
3. La stratégie adoptée par les coureurs en montagne ainsi que les tracés des étapes de plus en plus courtes reflètent la perte d'endurance en montagne des grimpeurs modernes. Beaucoup d'entre-eux adoptent une stratégie conservatrice et attaquent seulement à quelques kilomètres de l'arrivée : ce n'est pas un manque de courage, mais de l'intelligence tactique. Ils appliquent la meilleure stratégie compte tenu de leurs qualités qui est d'être capable de maintenir un effort extrêmement soutenu sur une brève durée. Et il serait bien moins efficace sur un rythme moins élevé en partant sur plusieurs ascensions. Les tracés qui leur sont proposés, en mettant davantage l'accent sur les gros pourcentages plutôt que sur les enchaînements de cols, les encouragent à se perfectionner dans ce registre plutôt qu'à travailler sur leur endurance. Un Richie Porte en est l'incarnation parfaite : redoutable sur un effort de 6/7 km, on ne l'a en revanche jamais vu faire des différences sur un enchaînement de cols.
Ce qui manque selon moi pour retrouver des écarts entre les grimpeurs, ce n'est pas la présence d'un grimpeur encore plus explosif que les autres dans le peloton (peut-être que Bernal peut devenir celui-ci, mais il ne fera jamais de gros écarts en partant à 4/5 km de l'arrivée). Ce qui manque, ce sont des kilomètres supplémentaires dans les étapes de montagne, tout simplement. Et en finir avec cette course aux gros pourcentages (j'aimerais bien voir le col avec les plus gros pourcentages placé systématiquement loin de l'arrivée avant des ascensions moins exigeantes ensuite).