LaGoulve a écrit : 13 juil. 2017, 21:55
Salut tout le monde,
Cela fait dix ans que je consulte très assidûment ce forum légendaire, j'y passe même des heures durant la période du Tour et des classiques flandriennes, sans pour autant intervenir, parce que je ne ressens généralement pas le besoin d'exposer des idées que d'autres, plus connaisseurs, défendent souvent mieux. Cela fait quelques jours cependant que je m'irrite de plus en plus en lisant les débats autour de l'attentisme des leaders, au point que je me décide à intervenir.
Tout le monde convient que les étapes de montagnes sont de plus en plus chiantes; le Tour 2016 était le pire des 30 que j'ai suivi, et celui de cette année suit la même voie. C'est souvent une épreuve de regarder des étapes qui étaient autrefois le sommet de la saison cycliste, et le contraste est chaque année plus saisissant entre les luttes homériques des héros du pavé au printemps et les purges constantes qu'on se tape en juillet dans les Pyrénées et les Alpes.
Quand la discussion entre forumeurs porte sur le fait qu'il soit possible ou non de vivre des courses tactiquement palpitantes en montagne dans le Tour actuel, je vois d'un côté des fatalistes, qui disent qu'on ne peut rien faire contre le train Sky, l'homogénéisation du niveau, etc. et de l'autres des optimistes, qui pensent que s'ils étaient moins frileux, les DS auraient la possibilité d'élaborer des tactiques audacieuses pour faire exploser la course de loin.
Je suis d'accord avec ces derniers, mais je ne les vois exposer que trois perspectives tactiques pour déstabiliser le train Sky. La plus basique se résume à une attaque soudaine de leader ou de lieutenant de luxe dans les passages très pentus du col final, ou d'un col précédent, étant entendu qu'il n'y a plus de passage en vallée avant la fin de l'étape ; une autre plus subtile, évoquée mille fois ici et constamment entreprise par les DS du Tour, consiste à balancer des équipiers dans l'échappée matinale d'une étape à plusieurs cols, afin qu'ils servent de point d'appui dans la plaine à un leader les ayant rejoint après avoir attaqué dans le col précédent; une troisième et dernière, de plus en plus courante, consiste à attaquer seul ou en équipe dans les descentes.
Je ne vois nulle part évoqué sur les forums et a la TV, et de plus en plus rarement mis en oeuvre en course, une tactique qui est pourtant à la fois la plus classique et la plus efficace, et qui était couramment utilisée autrefois; à savoir, tout simplement, de faire rouler très fort et sur une courte période les équipiers d'un leader dans les plus fortes pentes d'un col, afin de préparer son attaque en mettant dans le rouge les équipiers des autres leaders et notamment ceux de la Sky.
Même des lieutenant limités peuvent faire mal à un peloton en roulant à fond pendant quelques temps avant de se laisser décrocher. Même une équipe puissante et dominatrice peut pâtir de ce genre de tactique; ainsi la Sky a-t-elle plusieurs fois explosé soudainement ces dernières années, dans le premier col d'une d'étape reine où le peloton était emmené à vive allure par ceux qui bataillaient pour prendre l'échappée matinale.
Que Bardet fasse rouler Frank, Latour et Vuillermoz à bloc 3 bornes dans les gros pourcentages de Balès aujourd'hui avant de porter une attaque, et il est probable que tous les équipiers de Froome, mis soudain dans le rouge, auraient sauté sauf Landa et probablement Nieve. Les Henao, Kwiatkwosky, Kiryienka, tout ça ça pète si Latour, 13ème du général, se met à la planche sur du 10% . Qui sait, Froome lui-même aurait peut-être trahi la faiblesse affichée dans le final, en peinant à suivre un Landa tentant de boucher le trou sur un Bardet ayant attaqué après le relais final de Latour! Mais non, Lavenu préfère garder au chaud tous les équipiers de Bardet, qui au final n'auront servi à rien de la journée, si ce n'est remonter des bidons.
N'est-il pas étrange de voir se succéder les étapes de montagnes où aucune équipe concurrent des Sky n'imprime de gros tempos soudains, brisant le faux-rythme imprimé par les brittons? Pas nécessairement en vue d'attaquer d'ailleurs, mais pour tester la réaction des leaders et équipiers de la Sky et des autres équipes, et au cas où lancer l'offensive?
Faire rouler très fort ses lieutenants dans certaines portions clefs d'une étape de montagne devrait être le b-a-ba des équipes concurrentes du maillot jaune. En fait, jamais un leader ne devrait attaquer sans avoir mis ses équipiers a contribution avant pour durcir la course. Jamais un leader ne devrait agir comme l'a bêtement fait Contador aujourd'hui, qui part seul en facteur en haut de Balès, plutôt que de faire rouler Pantano et Mollema plus tôt dans la pente, afin de tâter le terrain, tester ses jambes, épuiser les équipiers de ses adversaires et lancer éventuellement, avec tous les éléments en main, une offensive d'envergure.
Pour moi cette tactique coule de source, en plus d'être de toute la plus jubilatoire pour les suiveurs. Pourquoi donc ne vois-je jamais les éminents contributeurs de ce forum, pas plus que les commentateurs TV, l'évoquer quand ils se lancent dans des conjectures? Pourquoi les DS eux-mêmes l'utilisent de moins en moins, alors qu'il y a dix ans, toute offensive dans un col d'un concurrent d'Arsmtrong était précédé d'une forte accélération de ses équipiers? Y a-t-il quelque chose qui m'échappe? Merci d'éclairer dans ce cas ma lanterne!