_Ginobartali a écrit :Pour en revenir à la sempiternelle question des potentiels des "coureurs" des années '90 (et de coureurs plus récents, bien sûr), le plus sage c'est de dire qu'on n'en sait rien.
Le dopage à x vitesses rend toute lecture des palmarès aléatoire: Riis est très fort en 1996 parce que son protocole est bon, parce que ses produits coïncident miraculeusement avec ce dont il a besoin au moment où il en a besoin, et parce que le protocole de ses adversaires est moins bon, et le % d'avantage que leur fournit le dopage à ce moment-là, sur cette course-là, moins important. On peut dire la même chose de tous les vainqueurs de toutes les courses pendant une vingtaine d'années. J'ai la faiblesse de croire que ç'a un peu changé.
Quand on parle du bon protocole au bon moment, c'est valable pour tous. Y compris Indurain, Pantani, Armstrong, etc. On trouvera dans les palmarès cadets, dans les "caractères" sanguins/respiratoires rendus "publics" quelques éléments, trop facilement falsifiables, trop aisément discutables, pour en tirer quelque règle que ce soit. La seule règle, c'est que les tricheurs, en trichant, ont rendu illisible et sans valeur tout palmarès cycliste de ces vingt années-là.
Pour en revenir à Riis, les années de son "éclosion" (1989-1995), je lui trouvais des airs de Thierry Marie. Même impression de puissance, un coureur de six jours, un coureur de longs raids et de prologues. Joufflu, solide, un Danois, un Norseman, quoi, comme Thierry Marie. Sans doute un poil moins bûcheron. L'année '93, j'ai été au moins aussi épaté par son Giro et par son TdF qu'un amateur de cyclisme sur piste aurait été surpris en voyant le Wiggins 2009. Mais je me souviens très bien du virage de l'Alpe où quelques années plus tôt (1990) Indurain attend Delgado, son leader. Les présentateurs l'avaient dit: "il vole". Ca m'avait donné la même impression de folle puissance, pour un autre gabarit de rouleur (bon d'accord, la Catalogne, le Paris-Nice, et tout ça...).
J'allais sur mes 27 ans au moment de Festina 1998, je suivais le cyclisme depuis vingt ans, sans doute pas avec la même attention maniaque que bien d'autres ici, mais assez pour reconnaître 95% du peloton. Et je ne suis pas particulièrement naïf. Et même sans pratiquer et sans connaître le milieu, j'avais été affranchi et par des amis, et par la presse, et par les lectures. Mais je dois reconnaître que je suis tombé des nues quand même quand j'ai pris conscience du "système". J'avais pourtant vu les raids de Chiappucci, l'envolée de Riis, les Mapei à Roubaix et les Gewiss à Liège, j'avais vu Indurain "L'extraterrestre" comme l'a titré L'Equipe, et le panda Jalala imbattable sur les pentes à 10% de la Vuelta. Mais je suis quand même tombé des nues. Comme désintoxiqué. Faut dire qu'à part l'affaire Ben Johnson, le dopage dans le sport ne faisait pas les gros titres. Et que j'avais d'autres sujets d'intérêt ou de conversation...
L'abomination, ç'a donc été après. Ou pendant. Parce que ça faisait quelques mois que ça ne tournait plus rond. Désolé pour les fans de Marco, peut-être le coureur le plus attachant des dopés, mais la première grosse abomination, ç'a été le classement de Pantani sur les clm des Giri 1998-2001. Notamment le clm 1998 à Lugano. Là j'ai eu honte pour le pirate. Comme l'année d'avant sur le clm où Virenque fait 2ème derrière Ulrich. Un CLM, tu ne triches pas: le grimpeur prend cinq minutes. Il peut faire dix ans de soufflerie, il prendra 4 minutes 30 une fois, et 6 minutes le reste du temps, parce que ça le fait douter de ne pas progresser. Ce sont les CLM des grimpeurs qui m'ont fait le plus réagir, parce que les gros culs en montagne on commençait à s'habituer (on a même eu Eros Poli dans le Ventoux et Abdoujaparov à l'attaque dans la première étape pyrénéenne). Et puis Lazare Armstrong, bien sûr, pour toute son oeuvre. Là j'ai vraiment détesté le public, les journalistes, les coureurs, les organisateurs, les sponsors, les politiques, etc.
Je signe des deux mains.
Simplement, une petite précision concernant la 2ème place de Virenque lors du CLM du Tour 97 : il était loin d'être plat (de mémoire un col de 15 bornes de 6-7%), et Richard a "profité" de l'aspiration d'Ullrich, une fois rattapré par l'Allemand, il avait réussi à le garder en points de mire lors de la fin du CLM. Il me semble que Pantani avait aussi fait un très bon classement dans ce CLM, ainsi que d'autres bons grimpeurs.