Quef a écrit : 05 avr. 2024, 14:14
En préambule du direct du Tour des Pays de la Loire, Patrick Chassé a partagé des chiffres : 150 chutes en 2022, près de 300 en 2023.
Ces chiffres viennent de l'UCI qui a monté un observatoire il y a un ou deux ans (UCI Race Incidents Database).
Je ne sais pas s'ils ont prévu de remonter plus en arrière. C'est sans doute compliqué tellement il a pu y avoir des chutes non documentées dans les épreuves UCI.
Par ailleurs, la même base de données indique les constats suivants :
Intéressant ce graphique, merci du partage.
On voit clairement que plus on se rapproche de l'arrivée, plus la probabilité de chute est importante. Jusqu'ici c'est plutôt logique et intuitif, mais c'est bien que ce soit confirmé par les stats.
Pour moi ça vient confirmer mon hypothèse : le facteur majeur numéro 1 de chute, c'est avant tout la nervosité et la tension dans le peloton.
L'état de la route, il n'est à priori pas moins bon à l'arrivée qu'en cours de parcours.
Et ici d'ailleurs, sur cette chute, on est sur une courbe assez "banale", avec un revêtement plutôt bon.
D'ailleurs, si on analyse plus finement le graphique. Je ne sais pas si le nombre de données collectées est suffisant pour aller dans cette finesse là, donc je pose ici l'hypothèse que oui.
On peut voir que l'on observe exactement le schéma classique de course :
Km0 : Départ tranquille du peloton, qui laisse filer une échappée matinale peu dangereuse. Une partie du peloton n'est pas "réveillé/bien échauffé", et a besoin de faire chauffer le moteur. Tension très faible, 1% de chute
Km20 à 60 (tronçon 2 et 3) : Certains jours, l'échappée ne part pas facilement, et cela génère une bataille pour l'échappée. Cette fois tout le peloton est chaud, cela bataille activement. Tension un peu plus élevée, 3-4% de chute
Km 60 à 80 : cette fois l'échappée est bien partie sur la grosse majorité des courses, le peloton fait rideau, tension rediminue, 2% de chute
Km 120 jusque 20km de l'arrivée : une tension qui croit progressivement, et très doucement, de manière linéaire, le placement devient de plus en plus primordial à l'abord des difficultés, du vent, des descentes ou des obstacles. On passe de 5% à 16%
20 derniers km : l'arrivée, clairement la tension est à son comble, ça porte son nom : c'est le Money Time. 42% de chute
Donc pour moi, y a vraiment une question de nervosité.
Bon d'ailleurs, le fait d'avoir Evenepoel, Roglic, Vingegaard, Ayuso tous au départ de la même course pour la première fois de la saison, et d'ailleurs tous dans le top5 provisoire au CG, n'est pas anodin à une potentielle énorme nervosité. C'était peut être la seule confrontation de ces gars là avant le Tour. Manquait que Pogi et on avait le tiercé des meilleurs coureurs par étape. Je peux imaginer que ça génère une grosse nervosité, déjà en tant que coureur, mais peut être encore plus aussi dans les staffs, et donc dans les oreillettes.
Enfin, les oreillettes, pourraient être selon moi un facteur aggravant, rajoutant davantage de nervosité aux coureurs de part les messages des DS, qui selon moi vont davantage "stresser" que rassurer. Y compris quand on parle de sécurité.
Suivant comment le DS amène ses paroles, il peut probablement retransmettre son stress à lui au travers de l'oreillette.
"Attention, virage glissant dans 200m, untel est tombé dans l'échappée". Suivant comment c'est dit, je pense que 50% des coureurs ont leur stress qui augmente d'un coup. Pour certains, ce stress va les aider à surmonter la difficulté grâce à plus de concentration et de vigilance, et pour d'autre cela va aggraver, et créer comme une "imagerie mentale" : attention virage glissant = il ne faut pas que je glisse = sauf que j'ai pas confiance en moi = je me vois glisser dans le virage =>> finalement je glisse réellement dans le virage.
Exactement comme avec les enfants, où tu leurs dis "attention, fais pas ça", et paf ils font "ça".
Et aussi très probablement en les déconnectant légèrement du bruit ambiant. Et c'est pas négligeable du tout. Dans un peloton, l'écoute des bruits autour de toi est vital, c'est des réflexes acquis par des années de pratique, et en tant que coureur tu développes cette agilité de te mouvoir dans un peloton à 50km/h à quelques centimètres des roues autour de toi. Et ça se fait en grande partie grâce au son.