On3 a écrit : 26 juil. 2021, 14:53
Dans ce cas là, compare l'effort à un chrono.
Et donc quoi ?
Et puisqu'a priori la difficulté d'un effort se jauge à la tête que fait le bonhomme, tu en verras du cycliste rouge/qui bave.
Évidemment que la difficulté d'un effort
qui tape dans le bonhomme se retranscrit ainsi.
Et dans une classique, tu peux en voir aussi quelques uns qui vont chercher au delà de leurs limites. Et à quelques cas spéciaux près,
ça se voit quand ils le font. Oui, un Van Aert qui passe une des côtes finales la bouche grande ouverte et le regard vitreux, puis qui reste bouche grande ouverte sur le plat qui suit,
ça se voit qu'il a tapé dans la bête, qu'il ne s'en remet pas et qu'il sera prenable au sprint.
Maintenant, encore une fois : en course les cyclistes ne pédalent pas plus ou moins fort en fonction de ce que dit le capteur de puissance. C'est éventuellement vrai pour celui qui fait le train de son leader, mais on n'a encore jamais vu aucun concurrent lever le pied en fond de groupe parce qu'il avait peur des chiffres annoncés sur son capteur de puissance.
Les types qui pendant la moitié d'une montée se suivent à 30 secondes d'écart sans que l'écart varie jamais de plus de 2 secondes, c'est quoi à ton avis ? Quand on voir les relevés de puissance de types genre Ganna qui roulent fixés sur exactement le même wattage à un pouillième près pendant 20 minutes d'affilée malgré les changements de pente, c'est quoi à ton avis ? Les mecs qui comme bilan de la journée se déclarent heureux d'avoir maintenu 500 W pendant plus de x minutes d'affilée, c'est quoi à ton avis ? Les mecs qui sont contents parce que pendant les montées de la journée ils avaient de bon chiffres affichés et qui jamais ne parlent de leurs sensations bien qu'ils aient été décrochés, c'est quoi à ton avis ?
Évidemment qu'ils ont le nez fixé sur leur capteur de puissance et leur fréquence cardiaque, et que quand ils disent qu'ils étaient à bloc sans en avoir montré le moindre signe c'est parce qu'ils atteignaient les valeurs max étalonnées un autre jour qui n'avait rien à voir, car s'ils ont bien peur d'une chose, c'est justement de taper dans la bête et d'avoir un retour de bâton s'ils dépassent la limite. Phénomène évidemment plus prégnant dans toutes les courses à étapes que dans les épreuves d'une journée, où là il y en a plus qui se permettent de taper dans la bête s'il sont encore bien placés dans le dernier quart de la course, puisque c'est ça ou rien.
Par ailleurs, les cyclistes qui "décrochent" ou "finissent sans avoir rien tenté" sur un col de 45' ça ne t'impressionne peut-être pas,
Peu importe que ça m'impressionne ou pas. Je ne m'impressionne pas en passant le pont pour ramener le pain.
Un Matthews qui lutte avec les grimpeurs dans une montée, lui on voit bien qu'il est dans le dépassement de fonction, qu'il tente d'outrepasser ses capacités usuelles, qu'il tape dans la bête : son corps l'exprime et si ça dure trop longtemps il en subit les séquelles. Par contre le grimpeur qui se laisse décrocher puis ne perd que 4 secondes par km, non, il n'est pas à bloc, il est dans la gestion en fonction de ses capteurs, juste à la limite ou très légèrement en dessous de celle-ci, et il ne la dépassera qu'à 500 m de l'arrivée, une fois la ligne en vue.
Je ne sais même plus où tu veux m'emmener. L'effort ne se voit pas sur le corps car il ne se voit pas sur la tête des gens, mais en fait si en chrono, mais en fait non ; les coureurs ne règlent pas leur effort sur les capteurs, mais vont au delà d'eux-mêmes, mais en fait non, etc.
Il y a plusieurs faits : dans les sports comme le cyclisme et le biathlon, beaucoup plus de coureurs arrivent beaucoup plus frais qu'il y a 20 ans et il y a moins d'explosions en route ; s'ils arrivent ainsi c'est qu'ils ne tapent pas dans la bête, qu'ils ne vont pas au delà de leurs capacités habituelles si ce n'est l'espace de quelques dizaines de secondes à la fin (d'ailleurs le scénario de course qui va avec cette gestion se répète jusqu'à plus soif ces dernières années sur les GT). Après on peut avancer plusieurs explications : la préparation et la «préparation» qui auraient remplacé un facteur limitant par un autre, ou la gestion permise par la technologie des divers capteurs et l'étalonnage dans les entraînement et les labos (labo au sens normal). Comme il reste des sous-disciplines du cyclisme (tu donnes toi-même le chrono, j'ajoute quelques fins de classiques, qui viennent s'ajouter aux disciplines de bourrins style cyclo-cross) où on peut quand même voir les gars taper dans la bête, c'est que l'hypothèse du changement de facteur limitant n'est peut-être pas la bonne ou pas suffisante.