marcella a écrit : 16 avr. 2019, 21:28
mc-enroe31 a écrit : 16 avr. 2019, 20:22
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Moi aussi j'aime pas Wiggins.
Campenaerts est un super rouleur mais cela se saurait s'il avait autant de talent sur le chrono que Wiggins qui pouvait atomiser les autres plus grands rouleurs de la planète.
Bref, un record de l'heure au rabais et il sait que son record sera sur les tablettes mais qu'on lui rappellera tout le temps qu'il l'a battu en altitude.
Qu'il aille à Londres et qu'il le batte mais je parie qu'il ne le tentera pas car s'il l'a fait en altitude, c'est une marque de faiblesse.
Content d'apprendre que le Cannibale était donc un faible.
McEnroe ou l'art de réécrire l'histoire.
On va se replonger dans l'histoire alors.
Une remise en contexte s'impose je crois.
Pendant 30 ans, des années 30 au milieu des années 60, il n'y avait qu'une seule piste pour les records de l'heure, tous les spécialistes se confrontaient sur la piste Vigorelli à Milan, la piste la plus rapide du monde.
Grace aux JO de Rome, la ville se dote d'une nouvelle piste et après des essais, Ferdinand Bracke estime que la piste de Rome est plus rapide que celle du vélodrome Vigorelli et y bat un nouveau record de l'heure peu de temps après la polémique du record non homologué d'Anquetil.
Ole Ritter, le Martin Toft Madsen de l'époque en deux plus fois plus talentueux encore, avait déjà quitté son Danemark natal depuis quelques années (il était boucher là-bas) et vivait à l'italienne. Sa victoire sur le CLM du Giro 67 devant les meilleurs rouleurs mondiaux juste après ses débuts pros l'avait conforté dans son idée de tenter de battre le record du monde de l'heure (lui qui avait déjà le record officieux des 100km en cachette que personne n'avait pu valider quelques années plus tot).
Il n'y avait pas PCS ou Firstcycling à l'époque et Ole Ritter était à peine plus connu qu'un Mathias Brandle pour le grand public, c'est à dire un vrai inconnu.
Il cherchait donc la lumière et eut l'idée d'une tentative pendant les JO 1968 de Mexico à venir pour que son possible exploit soit un maximum relayé par les médias sur place. Etant professionnel à l'époque, il ne pouvait pas prétendre de figurer dans la sélection danoise, et a utilisé ses contacts en Italie pour être du voyage en tant qu'accompagnateur et conseiller sportif auprès de la sélection italienne.
La piste n'était jamais laissée libre pour une tentative sauf la veille du début des JO et c'est ce jour qu'il battu le record.
Ole Ritter n'est donc jamais allé à Mexico parce qu'il pensait profiter de l'altitude. Je rappelle qu'à cette époque, on ignorait encore tout des avantages procurés par l'altitude.
Pendant les JO de Mexico, pendant les courses d'endurance, tous les coureurs s'étaient plaints des conditions difficiles liées à l'altitude (ils ne s'y étaient pas préparés) de même que Ferdinand Bracke qui avait voulu reprendre son record de l'heure, quelques années plus tard, mais qui avait du stopper sa tentative en cours à Mexico s'écroulant sur la piste.
On pensait même à l'époque, que faire un effort en endurance en altitude à plus de 2000m était plus défavorable qu'autre chose à cause de la faible pression partielle en o2 que ne pouvait pas assez compenser une plus faible résistance de l'air.
Merckx, en 1972, avait préparé une tentative pour le mois d'octobre sur la piste du Vigorelli à Milan, ses sponsors italiens tenaient à ce qu'il le tente à Milan, mais après d'ultimes reconnaissances sur le vélodrome, il trouva que la piste était trop défoncée et se gorgeait de flotte dès la moindre pluie, donc il abandonna l'idée de le tenter en Italie et chercha des conditions climatiques plus favorables donc choisit la piste neuve de Mexico (devant payer de sa poche du coup) mais alerté par l'échec pitoyable de Bracke juste avant, il s’entraîna pendant deux semaines avec un masque à restriction d'oxygène pour simuler les conditions en altitude.
Merckx n'avait eu de chance à Mexico devant attendre sans pouvoir s’entraîner plusieurs jours à cause de la pluie.
Son acclimatation à l'altitude était bien trop courte pour pouvoir bénéficier vraiment de ces avantages.
Merckx a longtemps rappelé qu'il n'avait jamais autant souffert de sa carrière que lors de son record de l'heure de Mexico.
Le premier coureur à être allé à Mexico pour profiter de l'altitude, c'était Moser en 1984 car préparé par Conconi et son assistant Michele Ferrari, qui avait commencé à établir un protocole d'entrainement en altitude suite à plusieurs séjours avec des athlètes fin années 70.
Suite au nouveau règlement UCI moins strict quant à la technologie pour les tentatives de record de l'heure début années 2010, les gros poissons du peloton avaient scellé un
gentlemen's agreement/accord entre gentilshommes : pas de tentatives en altitude. Ainsi, Bobridge, Brandle, Dowsett, Dennis et Wiggins ont respecté cet accord.
A préciser que Cancellara avait pas mal avancé dans sa préparation au record de Sosenka (standards technologiques époque de Merckx), mais l'UCI a lamentablement changé les règles au dernier moment, et Cancellara, écoeuré, a mis fin à tout projet.
Seuls les mecs hors système tentaient depuis des records à Aguascalientes sur la piste de tous les records : Thomas Dekker, Tom Zirbel, Dion Beukeboom, Martin Toft Madsen...
Victor Campenaerts était donc le premier coureur de l'élite mondiale (3e mondial et champion d'Europe du CLM) à aller à Aguascalientes et à avoir rompu cet accord tacite.
Les records en sprint là-bas n'ont aucune valeur, le record du monde de François Pervis sur le km est de 56"3"".
Quand un kilométreur passe sous la minute en Europe, c'est déjà un authentique exploit...
Pour les efforts en aérobie, la pression partielle affaiblie en dioxygène due à l'altitude rend plus difficile les échanges gazeux au niveau vasculaire, d'où une perte en VO2, donc les avantages sont moins nets mais on estime tout même un gain de 1.5km sur 1h pour la piste d'Aguascalientes par rapport aux plus rapides des pistes europénnes.
Campenaerts a reconnu aller à Aguascalientes car il n'avait sinon aucune chance d'aller chercher la marque de Wiggins, c'est un aveu de faiblesse.
On est totalement dans une autre démarche que celle de Merckx allant défier Ole Ritter à Mexico il y a 47 ans.
Après Wiggins lui-même voulait que Campenaerts batte le record car ce n'est pas le genre de coureur à vouloir s'accaparer l'histoire mais aime voir l'histoire des records progresser.
Cependant, cela entraîne un précédent et à présent, si on veut battre le record de l'heure, il va falloir aller dans ce vélodrome sans ambiance d'Aguascalientes et s'y préparer pendant 3 mois en altitude.
Il y avait plus de monde dans les gradins lors des records de Robert Marchand, véridique.
On est bien loin du succès populaire de Wiggins au vélodrome de Londres.