Re: L'Europe à vélo !
Publié : 27 déc. 2019, 10:16
Deuxième partie du récit : Tour de Suisse – 1ère étape.
On est déjà fin juillet et tout se passe pour le mieux dans la préparation. J’ai réussi à m’astreindre au renforcement musculaire et je n’ai plus rien eu à signaler du côté des lombaires. Depuis mi-juin, j’enchaîne les week-end à deux sorties de 5h avec une petite dernière sortie d’une dizaine d’heures trois semaines avant mon tour. Mais dans les Flandres et sur un parcours majoritairement plat. Il y a juste question poids que ça coince un peu. Contrairement à chaque année à la même période, je n’arrive pas à me discipliner de ce côté-là.
Quand je râle au boulot parce qu’il y a pas de douches et que, s’il y en avait, ça me permettrait de faire deux fois par semaine les trajets à vélo alors que j’habite à 55 bornes via les voies cyclables, les gens me regardent bizarrement alors que je trouve ça tout à fait raisonnable. La normalité change et je ressens la même incompréhension qu’il y a quelques années quand je disais à mes potes à l’apéro du samedi que j’avais fait un petit 20km de course dans les bois au matin, mais tranquille. Je dois être dans le bon.
Pour ce petit tour au - deuxième - pays du chocolat, j’ai mis expressément la barre très haut, sans doute trop. Je sais avant de démarrer que ça sera compliqué de le terminer dans les délais que je me suis imposé. Je pourrais diviser le truc en facile deux étapes de plus, mais un rassemblement familial ayant lieu le week-end suivant celui de mon départ, c’est impossible. De toute façon, si je suis aussi là pour voir du pays, j’y vais surtout pour toucher mes limites.
C’est ma première expérience en autonomie et, comme tout bon débutant, je me suis chargé comme un baudet. Prêt à affronter toutes les galères, de la crevaison à l’attaque nucléaire (vous me direz pour ce dernier cas qu’ il y a pas meilleur pays que la Suisse :-D).
Tout compris, mon destrier pèse plus de 17 kg. Autant dire que je vais voir de près à quoi ressemble l’ascension d’un col en surpoids…
https://images2.imgbox.com/b9/59/YOEZyEmi_o.jpg
Plan pour la première journée : prendre le train depuis Dijon jusque Frasne, rejoindre le Lac Léman aux abords de Lausanne en passant par le lac de Joux, longer le Léman jusque Montreux et idéalement pousser jusque Martigny. Ce qui devrait faire une arrivée assez tard, vu que les horaires de trains ne me permettent pas d’arriver à Frasne avant midi. La première partie sera très vallonnée avant une deuxième partie beaucoup plus soft le long du lac et une troisième totalement plate une fois passé Montreux et le Rhône atteint.
Je me suis ménagé les deux semaines précédant les vacances et c’est peu dire que j’ai des fourmis dans les pattes au matin du départ. Malheureusement, la météo est tout sauf belle. Pluie, pluie et encore pluie jusqu’au moins le lac Léman. Et en plus, il fait assez frais. J’espère trouver un endroit bien sec pour le soir.
Arrivé en gare de Frasne, c’est enfin parti pour de bon. J’ai 35 km jusqu’à la frontière Suisse et la route est déserte. Il faut dire qu’il tombe des trombes d’eau. Une dizaine de bornes plus tard et enfin le premier zakouski : le Col du Lancier, 3 km à 7%. Il passe crème mais ça commence vraiment à cailler sévère. Ça ne fait pas une heure que je suis parti et je suis déjà trempé. La descente qui suit vers Mouthe et la source du Doubs n'arrange rien. Une remontée m’attends (avec notamment un petit mur de 1km à 11% qui fait plaisir parce qu’il passe tout seul) avant de descendre vers la Suisse et d'y arriver via Les Charbonnières et Le Pont entre les lacs de Joux et Brenat. Arrivé là-bas, je suis trempé et gelé. Petit coup d’œil sur la température indiquée sur le gps : 4°. Pas mal pour un 28 juillet... Un petit arrêt café et chocolat chaud s’impose. Je vérifie la météo qui m'indique que la pluie va baisser en intensité. Du coup, je me change déjà. Je devrais pouvoir rester sec si j’attends l’accalmie. Ce que je fais avec difficulté, mais une petite discussion avec des gens du coin fait passer le temps.
https://images2.imgbox.com/65/0f/U3NXE5a6_o.jpg
Je repars sous une bruine assez légère en me disant que pour Martigny, c’est un peu rappé. Ça sera déjà bien de passer Montreux. En repartant, je sais que je sais que ça va grimper pendant 5km avant d’amorcer une grosse descente et puis de piquer vers Lausanne. Je suis vraiment pas déçu par la grimpette et par le parcours que je me suis tracé. Je quitte les grosses routes pour de toutes petites qui passent littéralement au milieu de troupeaux vaches à cloches. Plus de doute, ce coup-ci je suis bien en Suisse ! Au sommet, une descente fort pentue et étroite débute. Inutile de dire qu’avec mon paquetage pour Tombouctou, les plaquettes de freins prennent cher sur des chemins descendant à plus de 10%... Au bout de deux km de descente, ma roue arrière se bloque net! Je manque de chuter mais je me rattrape. La route étant dégueulasse et trempée, je pense d’abord qu’une crasse est venue bloquer ma roue. Putain merde ! C’est la jante qui s’est littéralement déformée ! J’avais pourtant fait passer un check-up à mon vélo avant le départ. Le gars m’avait bien dit qu’elle était usée mais qu’il y avait pas encore de souci à se faire malgré le voyage prévu.
Me voilà au milieu de nulle part, sous la pluie et une jante éclatée en plein dimanche. Martigny ce soir, c’est bien râpé… Check de Google Map, il y a un village qui s’appelle L’Isle à 4 ou 5 bornes. Pas d’avance, il faut marcher jusque-là ! Arrivé au village, je vois qu’il y a de l’animation, j’arrive en pleine fête locale et défilé de chars. Je me renseigne pour savoir si un vélociste existe par hasard dans le coin et si il est ouvert le lundi. On me dit que j’ai pas le choix : train jusque Morges, où j’ai plus qu’à prier pour trouver un gars qui saura me remplacer la roue…
Là où j’aspirais à la l’apparition du lac à vélo, me voilà dans un train, penaud et mouillé avec mon vélo sous le bras vers un bled que je connais pas. L’occasion de croiser des jeunes gars en uniforme qui rentrent à la caserne et de vérifier que la ponctualité suisse n’est pas une légende.
En gare de Morges, je n’ai qu’un seul objectif : trouver un endroit où dormir. Et là, je vais découvrir l’efficacité géniale d’un site sur lequel je m’étais inscrit deux semaines avant : Warmshowers ! Deux/trois coups de fil et voilà mon sauveur génial qui débarque en pick up et m’amène dans sa famille. Il a l’accent et il est plus qu’accueillant. En deux temps trois mouvements, me voilà assis à une table pour souper avec vue sur le lac Léman et des gens charmants. Le tout après une douche bien chaude. En plus j’ai pu faire une lessive. Comme quoi, ça sert à rien de paniquer, et sur ce coup je suis assez content de moi et d’avoir gardé mon calme. Le gars connaît un vélociste chez lequel il m’emmènera demain à la première heure. Je passe la soirée à discuter avec toute la famille et je me couche repus, au sec et dans un lit douillet. Je prends la chose de manière philosophe : ça m’aura fait un échauffement et demain, je pourrai profiter d’une promenade sur les bords du lac en pleine forme !
Recap’ du jour :
52,74 km, 973m de dénivelé, une roue en moins, une histoire à raconter en plus.
On est déjà fin juillet et tout se passe pour le mieux dans la préparation. J’ai réussi à m’astreindre au renforcement musculaire et je n’ai plus rien eu à signaler du côté des lombaires. Depuis mi-juin, j’enchaîne les week-end à deux sorties de 5h avec une petite dernière sortie d’une dizaine d’heures trois semaines avant mon tour. Mais dans les Flandres et sur un parcours majoritairement plat. Il y a juste question poids que ça coince un peu. Contrairement à chaque année à la même période, je n’arrive pas à me discipliner de ce côté-là.
Quand je râle au boulot parce qu’il y a pas de douches et que, s’il y en avait, ça me permettrait de faire deux fois par semaine les trajets à vélo alors que j’habite à 55 bornes via les voies cyclables, les gens me regardent bizarrement alors que je trouve ça tout à fait raisonnable. La normalité change et je ressens la même incompréhension qu’il y a quelques années quand je disais à mes potes à l’apéro du samedi que j’avais fait un petit 20km de course dans les bois au matin, mais tranquille. Je dois être dans le bon.
Pour ce petit tour au - deuxième - pays du chocolat, j’ai mis expressément la barre très haut, sans doute trop. Je sais avant de démarrer que ça sera compliqué de le terminer dans les délais que je me suis imposé. Je pourrais diviser le truc en facile deux étapes de plus, mais un rassemblement familial ayant lieu le week-end suivant celui de mon départ, c’est impossible. De toute façon, si je suis aussi là pour voir du pays, j’y vais surtout pour toucher mes limites.
C’est ma première expérience en autonomie et, comme tout bon débutant, je me suis chargé comme un baudet. Prêt à affronter toutes les galères, de la crevaison à l’attaque nucléaire (vous me direz pour ce dernier cas qu’ il y a pas meilleur pays que la Suisse :-D).
Tout compris, mon destrier pèse plus de 17 kg. Autant dire que je vais voir de près à quoi ressemble l’ascension d’un col en surpoids…
https://images2.imgbox.com/b9/59/YOEZyEmi_o.jpg
Plan pour la première journée : prendre le train depuis Dijon jusque Frasne, rejoindre le Lac Léman aux abords de Lausanne en passant par le lac de Joux, longer le Léman jusque Montreux et idéalement pousser jusque Martigny. Ce qui devrait faire une arrivée assez tard, vu que les horaires de trains ne me permettent pas d’arriver à Frasne avant midi. La première partie sera très vallonnée avant une deuxième partie beaucoup plus soft le long du lac et une troisième totalement plate une fois passé Montreux et le Rhône atteint.
Je me suis ménagé les deux semaines précédant les vacances et c’est peu dire que j’ai des fourmis dans les pattes au matin du départ. Malheureusement, la météo est tout sauf belle. Pluie, pluie et encore pluie jusqu’au moins le lac Léman. Et en plus, il fait assez frais. J’espère trouver un endroit bien sec pour le soir.
Arrivé en gare de Frasne, c’est enfin parti pour de bon. J’ai 35 km jusqu’à la frontière Suisse et la route est déserte. Il faut dire qu’il tombe des trombes d’eau. Une dizaine de bornes plus tard et enfin le premier zakouski : le Col du Lancier, 3 km à 7%. Il passe crème mais ça commence vraiment à cailler sévère. Ça ne fait pas une heure que je suis parti et je suis déjà trempé. La descente qui suit vers Mouthe et la source du Doubs n'arrange rien. Une remontée m’attends (avec notamment un petit mur de 1km à 11% qui fait plaisir parce qu’il passe tout seul) avant de descendre vers la Suisse et d'y arriver via Les Charbonnières et Le Pont entre les lacs de Joux et Brenat. Arrivé là-bas, je suis trempé et gelé. Petit coup d’œil sur la température indiquée sur le gps : 4°. Pas mal pour un 28 juillet... Un petit arrêt café et chocolat chaud s’impose. Je vérifie la météo qui m'indique que la pluie va baisser en intensité. Du coup, je me change déjà. Je devrais pouvoir rester sec si j’attends l’accalmie. Ce que je fais avec difficulté, mais une petite discussion avec des gens du coin fait passer le temps.
https://images2.imgbox.com/65/0f/U3NXE5a6_o.jpg
Je repars sous une bruine assez légère en me disant que pour Martigny, c’est un peu rappé. Ça sera déjà bien de passer Montreux. En repartant, je sais que je sais que ça va grimper pendant 5km avant d’amorcer une grosse descente et puis de piquer vers Lausanne. Je suis vraiment pas déçu par la grimpette et par le parcours que je me suis tracé. Je quitte les grosses routes pour de toutes petites qui passent littéralement au milieu de troupeaux vaches à cloches. Plus de doute, ce coup-ci je suis bien en Suisse ! Au sommet, une descente fort pentue et étroite débute. Inutile de dire qu’avec mon paquetage pour Tombouctou, les plaquettes de freins prennent cher sur des chemins descendant à plus de 10%... Au bout de deux km de descente, ma roue arrière se bloque net! Je manque de chuter mais je me rattrape. La route étant dégueulasse et trempée, je pense d’abord qu’une crasse est venue bloquer ma roue. Putain merde ! C’est la jante qui s’est littéralement déformée ! J’avais pourtant fait passer un check-up à mon vélo avant le départ. Le gars m’avait bien dit qu’elle était usée mais qu’il y avait pas encore de souci à se faire malgré le voyage prévu.
Me voilà au milieu de nulle part, sous la pluie et une jante éclatée en plein dimanche. Martigny ce soir, c’est bien râpé… Check de Google Map, il y a un village qui s’appelle L’Isle à 4 ou 5 bornes. Pas d’avance, il faut marcher jusque-là ! Arrivé au village, je vois qu’il y a de l’animation, j’arrive en pleine fête locale et défilé de chars. Je me renseigne pour savoir si un vélociste existe par hasard dans le coin et si il est ouvert le lundi. On me dit que j’ai pas le choix : train jusque Morges, où j’ai plus qu’à prier pour trouver un gars qui saura me remplacer la roue…
Là où j’aspirais à la l’apparition du lac à vélo, me voilà dans un train, penaud et mouillé avec mon vélo sous le bras vers un bled que je connais pas. L’occasion de croiser des jeunes gars en uniforme qui rentrent à la caserne et de vérifier que la ponctualité suisse n’est pas une légende.
En gare de Morges, je n’ai qu’un seul objectif : trouver un endroit où dormir. Et là, je vais découvrir l’efficacité géniale d’un site sur lequel je m’étais inscrit deux semaines avant : Warmshowers ! Deux/trois coups de fil et voilà mon sauveur génial qui débarque en pick up et m’amène dans sa famille. Il a l’accent et il est plus qu’accueillant. En deux temps trois mouvements, me voilà assis à une table pour souper avec vue sur le lac Léman et des gens charmants. Le tout après une douche bien chaude. En plus j’ai pu faire une lessive. Comme quoi, ça sert à rien de paniquer, et sur ce coup je suis assez content de moi et d’avoir gardé mon calme. Le gars connaît un vélociste chez lequel il m’emmènera demain à la première heure. Je passe la soirée à discuter avec toute la famille et je me couche repus, au sec et dans un lit douillet. Je prends la chose de manière philosophe : ça m’aura fait un échauffement et demain, je pourrai profiter d’une promenade sur les bords du lac en pleine forme !
Recap’ du jour :
52,74 km, 973m de dénivelé, une roue en moins, une histoire à raconter en plus.