Deuxième partie du récit : Tour de Suisse – 1ère étape.
On est déjà fin juillet et tout se passe pour le mieux dans la préparation. J’ai réussi à m’astreindre au renforcement musculaire et je n’ai plus rien eu à signaler du côté des lombaires. Depuis mi-juin, j’enchaîne les week-end à deux sorties de 5h avec une petite dernière sortie d’une dizaine d’heures trois semaines avant mon tour. Mais dans les Flandres et sur un parcours majoritairement plat. Il y a juste question poids que ça coince un peu. Contrairement à chaque année à la même période, je n’arrive pas à me discipliner de ce côté-là.
Quand je râle au boulot parce qu’il y a pas de douches et que, s’il y en avait, ça me permettrait de faire deux fois par semaine les trajets à vélo alors que j’habite à 55 bornes via les voies cyclables, les gens me regardent bizarrement alors que je trouve ça tout à fait raisonnable. La normalité change et je ressens la même incompréhension qu’il y a quelques années quand je disais à mes potes à l’apéro du samedi que j’avais fait un petit 20km de course dans les bois au matin, mais tranquille. Je dois être dans le bon.
Pour ce petit tour au - deuxième - pays du chocolat, j’ai mis expressément la barre très haut, sans doute trop. Je sais avant de démarrer que ça sera compliqué de le terminer dans les délais que je me suis imposé. Je pourrais diviser le truc en facile deux étapes de plus, mais un rassemblement familial ayant lieu le week-end suivant celui de mon départ, c’est impossible. De toute façon, si je suis aussi là pour voir du pays, j’y vais surtout pour toucher mes limites.
C’est ma première expérience en autonomie et, comme tout bon débutant, je me suis chargé comme un baudet. Prêt à affronter toutes les galères, de la crevaison à l’attaque nucléaire (vous me direz pour ce dernier cas qu’ il y a pas meilleur pays que la Suisse :-D).
Tout compris, mon destrier pèse plus de 17 kg. Autant dire que je vais voir de près à quoi ressemble l’ascension d’un col en surpoids…
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Plan pour la première journée : prendre le train depuis Dijon jusque Frasne, rejoindre le Lac Léman aux abords de Lausanne en passant par le lac de Joux, longer le Léman jusque Montreux et idéalement pousser jusque Martigny. Ce qui devrait faire une arrivée assez tard, vu que les horaires de trains ne me permettent pas d’arriver à Frasne avant midi. La première partie sera très vallonnée avant une deuxième partie beaucoup plus soft le long du lac et une troisième totalement plate une fois passé Montreux et le Rhône atteint.
Je me suis ménagé les deux semaines précédant les vacances et c’est peu dire que j’ai des fourmis dans les pattes au matin du départ. Malheureusement, la météo est tout sauf belle. Pluie, pluie et encore pluie jusqu’au moins le lac Léman. Et en plus, il fait assez frais. J’espère trouver un endroit bien sec pour le soir.
Arrivé en gare de Frasne, c’est enfin parti pour de bon. J’ai 35 km jusqu’à la frontière Suisse et la route est déserte. Il faut dire qu’il tombe des trombes d’eau. Une dizaine de bornes plus tard et enfin le premier zakouski : le Col du Lancier, 3 km à 7%. Il passe crème mais ça commence vraiment à cailler sévère. Ça ne fait pas une heure que je suis parti et je suis déjà trempé. La descente qui suit vers Mouthe et la source du Doubs n'arrange rien. Une remontée m’attends (avec notamment un petit mur de 1km à 11% qui fait plaisir parce qu’il passe tout seul) avant de descendre vers la Suisse et d'y arriver via Les Charbonnières et Le Pont entre les lacs de Joux et Brenat. Arrivé là-bas, je suis trempé et gelé. Petit coup d’œil sur la température indiquée sur le gps : 4°. Pas mal pour un 28 juillet... Un petit arrêt café et chocolat chaud s’impose. Je vérifie la météo qui m'indique que la pluie va baisser en intensité. Du coup, je me change déjà. Je devrais pouvoir rester sec si j’attends l’accalmie. Ce que je fais avec difficulté, mais une petite discussion avec des gens du coin fait passer le temps.
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Je repars sous une bruine assez légère en me disant que pour Martigny, c’est un peu rappé. Ça sera déjà bien de passer Montreux. En repartant, je sais que je sais que ça va grimper pendant 5km avant d’amorcer une grosse descente et puis de piquer vers Lausanne. Je suis vraiment pas déçu par la grimpette et par le parcours que je me suis tracé. Je quitte les grosses routes pour de toutes petites qui passent littéralement au milieu de troupeaux vaches à cloches. Plus de doute, ce coup-ci je suis bien en Suisse ! Au sommet, une descente fort pentue et étroite débute. Inutile de dire qu’avec mon paquetage pour Tombouctou, les plaquettes de freins prennent cher sur des chemins descendant à plus de 10%... Au bout de deux km de descente, ma roue arrière se bloque net! Je manque de chuter mais je me rattrape. La route étant dégueulasse et trempée, je pense d’abord qu’une crasse est venue bloquer ma roue. Putain merde ! C’est la jante qui s’est littéralement déformée ! J’avais pourtant fait passer un check-up à mon vélo avant le départ. Le gars m’avait bien dit qu’elle était usée mais qu’il y avait pas encore de souci à se faire malgré le voyage prévu.
Me voilà au milieu de nulle part, sous la pluie et une jante éclatée en plein dimanche. Martigny ce soir, c’est bien râpé… Check de Google Map, il y a un village qui s’appelle L’Isle à 4 ou 5 bornes. Pas d’avance, il faut marcher jusque-là ! Arrivé au village, je vois qu’il y a de l’animation, j’arrive en pleine fête locale et défilé de chars. Je me renseigne pour savoir si un vélociste existe par hasard dans le coin et si il est ouvert le lundi. On me dit que j’ai pas le choix : train jusque Morges, où j’ai plus qu’à prier pour trouver un gars qui saura me remplacer la roue…
Là où j’aspirais à la l’apparition du lac à vélo, me voilà dans un train, penaud et mouillé avec mon vélo sous le bras vers un bled que je connais pas. L’occasion de croiser des jeunes gars en uniforme qui rentrent à la caserne et de vérifier que la ponctualité suisse n’est pas une légende.
En gare de Morges, je n’ai qu’un seul objectif : trouver un endroit où dormir. Et là, je vais découvrir l’efficacité géniale d’un site sur lequel je m’étais inscrit deux semaines avant : Warmshowers ! Deux/trois coups de fil et voilà mon sauveur génial qui débarque en pick up et m’amène dans sa famille. Il a l’accent et il est plus qu’accueillant. En deux temps trois mouvements, me voilà assis à une table pour souper avec vue sur le lac Léman et des gens charmants. Le tout après une douche bien chaude. En plus j’ai pu faire une lessive. Comme quoi, ça sert à rien de paniquer, et sur ce coup je suis assez content de moi et d’avoir gardé mon calme. Le gars connaît un vélociste chez lequel il m’emmènera demain à la première heure. Je passe la soirée à discuter avec toute la famille et je me couche repus, au sec et dans un lit douillet. Je prends la chose de manière philosophe : ça m’aura fait un échauffement et demain, je pourrai profiter d’une promenade sur les bords du lac en pleine forme !
Recap’ du jour :
52,74 km, 973m de dénivelé, une roue en moins, une histoire à raconter en plus.
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Re: L'Europe à vélo !
Les Suisses sont vraiment des types formidables.
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Re: L'Europe à vélo !
Un peu psychorigides sur les bords. Mais assez sympas et très accueillants, j'ai trouvé
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Re: L'Europe à vélo !
Suisse – 2ème jour
Bordel c’est bon de se réveiller au sec ! En plus de ça, c’est grand soleil :-D. Il me manque plus qu’une roue arrière à mon bonheur. Un bon petit déjeuner et en route chez le vélociste dès son ouverture. Je suis pressé de reprendre ma route ! Malheureusement, il faut un peu attendre, le mécano n’arrive pas avant 9h30. En attendant, petit tour de lèche-vitrine dans le magasin et discussion avec la femme du proprio. 45 minutes plus tard, le gars est arrivé et mon vélo à une nouvelle roue et mon compte en banque est plus léger. Sous le soleil et au bord du Léman, j’ai l’impression d’enfin démarrer mes vacances. Je pars motivé à bloc !
Les ennuis de la veille ont eu ça de positif : je profite d’un décors sublime sous un soleil d’été qui l’est non moins. Putain quel pied ! Et avec ça le vent s’annonce favorable toute la journée. Je vais pouvoir pousser assez loin ! Pourquoi pas atteindre les contreforts du Nufenenpass, histoire de le passer avec des jambes fraiches le lendemain ?
Bref, me voilà reparti avec la pêche.
Le lac est sublime. Dès la sortie de Lausanne, je grimpe sur les contreforts et je vogue au milieu des vignes jusque Vevey. Le pied intégral ! Et deuxième confirmation de cliché après la ponctualité de la veille : la Suisse, c’est propre. Les routes sont nickelles, les pistes cyclables assez belles et toujours logiques… Ça change de ma Wallonie natale et fait presque passer les pistes cyclables flamandes pour des chancres. Il n’y a que le respect du cycliste par l’automobiliste qui semble inférieur, mais rien de grave. Parce que le Suisse semble assez poli.
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Le temps d’une quarantaine de km et me voilà qui passe Montreux. Je suis un peu déçu de déjà devoir quitter le lac mais j’ai hâte de voir apparaître la montagne, la vraie, celle des pics enneigés. Avant ça, une longue procession m’attend le long du Rhône, que je trouve bien vite à mes côté après Montreux. Une petite café à l’UCI à Aigle et me voilà qui déroule, gentiment poussé par un léger vent de dos, vers Martigny.
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https://images2.imgbox.com/6d/f0/kYjTymJP_o.jpg
J’ai l’impression de rouler au milieu d’un large couloir plat, s’amincissant au fur-et-à-mesure et délimité des deux côtés par des montagnes, avec en son milieu un Rhône qui doit paraître bien maigrelet à un Lyonnais.
Sur le chemin, je rencontre un hollandais. Son but ? Dépasser les 20.000m de dénivelé sur sa semaine… Inutile de dire qu’il voyage plus léger que moi. En tout cas il a le gabarit pour et nous nous quittons à l’approche de Martigny, où je m’arrête manger une pizza quand lui va se manger la Forclaz.
La pause est agréable mais le temps passe vite et je n’ai pas perdu de vue mon objectif de me rapprocher un maximum du pied du Nufenen. Au sortir de Martigny, je bifurque à l’Est en suivant le Rhône en direction de Sion. Le vent reste de la partie et semble continuer de s’engouffrer dans ce couloir par le bon sens. J’arrive à Sion sans trop voir le temps passer, même si, comme je l’apprends depuis quelques semaines, avec un chargement il faut lâcher du regard la moyenne horaire. Il est déjà 17h, j’ai fait 120km et, comme déjà répété, je veux encore taper un max de bornes pour la journée.
https://images2.imgbox.com/e7/73/uywFnzTj_o.jpg
Mine de rien, le soleil a bien tapé et le ravitaillement en eau pour la soirée et la nuit devient mon premier objet d’inquiétude. J’ai déjà acheter mon souper à Sion mais pour ce qui est de l’eau, je n’allais pas m’alourdir de trop. Encore quelques dizaines de km et me voilà en territoire germanophone. Le paysage change, la montagne se fait plus oppressante en bord de vallée et le soleil se couche lentement. Les jambes sont toujours là et, à Gamsen, 50km après Sion, et alors qu’un camping me tend les bras, je décide juste d’y remplir mes gourdes et mes flasques prévues en supplément pour la nuit, et de continuer un peu. Je trouverai bien un endroit calme où poser mon sac de couchage.
Mais très vite, le soleil se couche et la vallée se réduit à peau de chagrin. Il n’y a plus que le Rhône au milieu des montagnes.
Au bout de 15km supplémentaires, je décide de prendre un petit chemin de traverse grimpant sur les contreforts du fleuve bien chétif et de trouver un petit endroit où coincer mon sac. Après quelques centaines de mètres, je le trouve et décide d’arrêter ma journée là.
Il est presque 22h et j’ai faim. Le Fleuve, très tortueux et violent à cet endroit, fait un boucan d’enfer. J’ai prévu le coup avec des boule quies mais elles ne semblent pas suffisantes. On dirait que j’aurais dû profiter du camping… C’est pas grave, j’apprends.
J’espère pouvoir un peu dormir parce que le lendemain, terminé le plat et les bords fluviaux.
https://images2.imgbox.com/76/e4/jNsoDW3i_o.jpg
Recap’ de la journée : 186km, 1.545m de dénivelé (quand même) et 8h19 de selle.
Bordel c’est bon de se réveiller au sec ! En plus de ça, c’est grand soleil :-D. Il me manque plus qu’une roue arrière à mon bonheur. Un bon petit déjeuner et en route chez le vélociste dès son ouverture. Je suis pressé de reprendre ma route ! Malheureusement, il faut un peu attendre, le mécano n’arrive pas avant 9h30. En attendant, petit tour de lèche-vitrine dans le magasin et discussion avec la femme du proprio. 45 minutes plus tard, le gars est arrivé et mon vélo à une nouvelle roue et mon compte en banque est plus léger. Sous le soleil et au bord du Léman, j’ai l’impression d’enfin démarrer mes vacances. Je pars motivé à bloc !
Les ennuis de la veille ont eu ça de positif : je profite d’un décors sublime sous un soleil d’été qui l’est non moins. Putain quel pied ! Et avec ça le vent s’annonce favorable toute la journée. Je vais pouvoir pousser assez loin ! Pourquoi pas atteindre les contreforts du Nufenenpass, histoire de le passer avec des jambes fraiches le lendemain ?
Bref, me voilà reparti avec la pêche.
Le lac est sublime. Dès la sortie de Lausanne, je grimpe sur les contreforts et je vogue au milieu des vignes jusque Vevey. Le pied intégral ! Et deuxième confirmation de cliché après la ponctualité de la veille : la Suisse, c’est propre. Les routes sont nickelles, les pistes cyclables assez belles et toujours logiques… Ça change de ma Wallonie natale et fait presque passer les pistes cyclables flamandes pour des chancres. Il n’y a que le respect du cycliste par l’automobiliste qui semble inférieur, mais rien de grave. Parce que le Suisse semble assez poli.
https://images2.imgbox.com/f5/9d/pQFlVb1f_o.jpg
Le temps d’une quarantaine de km et me voilà qui passe Montreux. Je suis un peu déçu de déjà devoir quitter le lac mais j’ai hâte de voir apparaître la montagne, la vraie, celle des pics enneigés. Avant ça, une longue procession m’attend le long du Rhône, que je trouve bien vite à mes côté après Montreux. Une petite café à l’UCI à Aigle et me voilà qui déroule, gentiment poussé par un léger vent de dos, vers Martigny.
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https://images2.imgbox.com/6d/f0/kYjTymJP_o.jpg
J’ai l’impression de rouler au milieu d’un large couloir plat, s’amincissant au fur-et-à-mesure et délimité des deux côtés par des montagnes, avec en son milieu un Rhône qui doit paraître bien maigrelet à un Lyonnais.
Sur le chemin, je rencontre un hollandais. Son but ? Dépasser les 20.000m de dénivelé sur sa semaine… Inutile de dire qu’il voyage plus léger que moi. En tout cas il a le gabarit pour et nous nous quittons à l’approche de Martigny, où je m’arrête manger une pizza quand lui va se manger la Forclaz.
La pause est agréable mais le temps passe vite et je n’ai pas perdu de vue mon objectif de me rapprocher un maximum du pied du Nufenen. Au sortir de Martigny, je bifurque à l’Est en suivant le Rhône en direction de Sion. Le vent reste de la partie et semble continuer de s’engouffrer dans ce couloir par le bon sens. J’arrive à Sion sans trop voir le temps passer, même si, comme je l’apprends depuis quelques semaines, avec un chargement il faut lâcher du regard la moyenne horaire. Il est déjà 17h, j’ai fait 120km et, comme déjà répété, je veux encore taper un max de bornes pour la journée.
https://images2.imgbox.com/e7/73/uywFnzTj_o.jpg
Mine de rien, le soleil a bien tapé et le ravitaillement en eau pour la soirée et la nuit devient mon premier objet d’inquiétude. J’ai déjà acheter mon souper à Sion mais pour ce qui est de l’eau, je n’allais pas m’alourdir de trop. Encore quelques dizaines de km et me voilà en territoire germanophone. Le paysage change, la montagne se fait plus oppressante en bord de vallée et le soleil se couche lentement. Les jambes sont toujours là et, à Gamsen, 50km après Sion, et alors qu’un camping me tend les bras, je décide juste d’y remplir mes gourdes et mes flasques prévues en supplément pour la nuit, et de continuer un peu. Je trouverai bien un endroit calme où poser mon sac de couchage.
Mais très vite, le soleil se couche et la vallée se réduit à peau de chagrin. Il n’y a plus que le Rhône au milieu des montagnes.
Au bout de 15km supplémentaires, je décide de prendre un petit chemin de traverse grimpant sur les contreforts du fleuve bien chétif et de trouver un petit endroit où coincer mon sac. Après quelques centaines de mètres, je le trouve et décide d’arrêter ma journée là.
Il est presque 22h et j’ai faim. Le Fleuve, très tortueux et violent à cet endroit, fait un boucan d’enfer. J’ai prévu le coup avec des boule quies mais elles ne semblent pas suffisantes. On dirait que j’aurais dû profiter du camping… C’est pas grave, j’apprends.
J’espère pouvoir un peu dormir parce que le lendemain, terminé le plat et les bords fluviaux.
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Recap’ de la journée : 186km, 1.545m de dénivelé (quand même) et 8h19 de selle.
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Re: L'Europe à vélo !
Non, juste sympathisantJohanMusée a écrit : 27 déc. 2019, 15:19 Un peu psychorigides sur les bords. Mais assez sympas et très accueillants, j'ai trouvé![]()
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Re: L'Europe à vélo !
Sûrement un frontalier.JohanMusée a écrit : 27 déc. 2019, 15:26 Malheureusement, il faut un peu attendre, le mécano n’arrive pas avant 9h30.
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Re: L'Europe à vélo !
JFKs a écrit : 27 déc. 2019, 15:35Sûrement un frontalier.JohanMusée a écrit : 27 déc. 2019, 15:26 Malheureusement, il faut un peu attendre, le mécano n’arrive pas avant 9h30.![]()
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Re: L'Europe à vélo !
Je n'applaudis pas par contre à la blague de JFKs
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Re: L'Europe à vélo !
Grosse performance physique de ta part, tu fais en 8h ce que je fais en 16
J'ai l'impression que ton vélo tient moins le coup que toi par contre
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Tout le monde attend Pogacar, mais Pogacar n'attend personne
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Re: L'Europe à vélo !
On dirait que le voyage de JohanMusée a tourné court et qu'il s'est enraciné dans le terroir haut-valaisan.
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Re: L'Europe à vélo !
J'étais en vacances
, mais justement...
Tour de Suisse - 3e jour
Nuit merdique. Le Rhône, très tortueux à cet endroit, fait un boucan de malade. J’avais prévu les boules quies mais elle ne sont pas suffisantes. Moi qui attendait avec impatience ce « revival » de mes expéditions scoutes, je suis servi… Je suis pas certain d’avoir vraiment fermé l’œil de la nuit, ou alors très légèrement. A 5h30, j’en ai marre et je décide de remballer le bivouac. Après tout, plus je démarre tôt, plus loin je pourrai aller.
A 5h45, me voilà parti vers le pied du Nufenenpass, à 30km. Mais le truc, c’est qu’il faut d’abord y parvenir, au pied de ce col. En guise de déjeuner, je m’enquille 3/4 côtes de 1 à 3 km assez raides, suivies de faux plats. Bref, ça pique un peu au réveil. Le ciel est couvert, mais plus de doute, la montagne est là. La moyenne est très basse et je me dis que j’ai bien fait d’écourter la nuit. Après 25km, je m’arrête à une boulangerie histoire de maximiser mes réserves avant le col. Le coin est embrumé et les habitations faites de bois foncé ne font rien pour limiter ce côté sombre. Mais il est encore tôt et j’espère que le soleil fera son apparition pour la montée.
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Le col culmine à 2.478m et présente une pente moyenne toute mignonne de 9% pour un petit 13km depuis. Je suis pas du genre à avoir peur des pourcentages, au contraire j’adore ça, mais avec le poids des sacs, j’appréhende quand même un peu. Surtout, je sens les jambes un peu dures de la veille.
La route se calme un peu pour les derniers km jusqu’au pied, dernier répit avant les choses sérieuses.
Au pied, la route est assez large. La pente tourne autour des 8% et un replat m’attends au bout de 3km, ça promet pour la fin… J’ai l’impression de grimper au ralenti, mais je contrôle au maximum mon effort. Pour le moment ça se passe plutôt bien. Le replat arrive et, bizarrement, j’ai plus de mal sur celui-ci. Il s’agit d’une longue ligne droite le long de laquelle je me fais doubler par plusieurs voitures de luxe. Il faut dire que la route est superbe, même si encore complètement embrumée. C’est donc sans avoir pu profiter du replat pour récupérer que j’attaque la seconde partie de l’ascension.
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Là, je commence à réellement souffrir. La pente oscille entre 9 et 11% sans jamais laisser de répit. Pourtant, je double un cyclo qui, au vu de ses mollets, ne doit pas avoir beaucoup de kilométrage cette année. Le pauvre semble au bout de sa vie. Je ne dois pas être dans un état bien meilleur et, à 3 km du sommet, enfin au-dessus des nuages, je baisse pavillon et mets pied à terre pour plus qu’une photo. Le temps de revoir le pauvre cyclo passer devant moi et de lui envoyer quelques encouragements au passage, qu’il me rendra lorsque je le dépasserai quelques centaines de mètres plus loin. Les derniers km ne sont pas plus faciles que les précédents et pourtant, je commence à y prendre beaucoup de plaisir. Je n’ai pas l’impression que l’altitude coupe mon souffle et la douleur est plus dans les jambes que dans l’effort. Par contre il fait de plus en plus froid et venteux. C’est tout de même avec soulagement et satisfaction que j’aperçois le sommet. Je décide de me restaurer à l’auberge qui s’y trouve. Je n’ai fait qu’une quarantaine de bornes mais la journée a déjà bien été remplie.
Au sommet, le soleil tape aussi fort que le vent souffle. Il fait 4° et j’enfile un maximum de couches pour affronter la longue descente vers Airolo. Fini l’Allemand, bonjour l’Italien. Au premier virage en épingle, je manque de me prendre pour un cerf-volant avec le vent et le changement de direction. Les conditions s’améliorent au fur-et-à mesure de la descente et je reprends petit-à-petit confiance. Il faut dire que c’est agréable de voir les km défiler au compteur après le parcours du début de journée… En plus, le soleil est là et le décors est somptueux ! C’est avec une douce euphorie que je passe les villes et villages aux noms italophones : Airolo, Brugansco, Quinto, Faido,…
Pour ne rien gâcher, le vent me pousse. Je ne vois plus le temps passer et c’est avec déjà 7h30 de route, pauses comprises, et seulement 105 km au compteur que j’atteins Biasca, où je décide de m’arrêter pour un bon plat de pâtes.
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En haut il faisait froid, en bas il fait très chaud. Je suis redescendu à 320m d’altitude et profite du WIFI du restaurant pour donner des nouvelles à ma famille. Je vérifie la météo pour la suite du parcours qui m’indique que le vent ne sera plus avec moi pour les 40 prochains km mais qu’il devrait re-souffler dans le bon sens vers le San Bernardino… Quelques brefs calculs optimistes et me voilà entrain de contacter une warmshowers de l’autre côté de ce dernier. La réponse est rapide et positive : ce sera donc deux cols pour moi au menu de la journée ! Au diable la raison, mais j’ai intérêt à ne pas trop traînasser si je veux profiter d’une bonne douche ce soir.
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Sur le chemin de Roveredo, des panneaux m’indiquent Lugano, me ramenant à ce qui est jusqu’ici le plus beau souvenir vélo de ma vie (avec Paris-Roubaix 2.000) : les Championnats du Monde 1996. « Mijn laatste wedstrijd als prof », disait Johan de ces Championnats. Quel souvenir pour l’enfant que j’étais, qui passait de l’idée de ne plus voir son idole courir, à celle de le voir arborer la tunique arc-en-ciel pendant un an ! Le coussin du canapé de mes grands-parents doit encore se souvenir des torsions nerveuses que je lui imposais à mesure que le sprint final contre Giannetti s’approchait. Ces pensées m’empêchent de me braquer sur le vent qui souffle de face. Mais comme prévu, une fois Roveredo derrière-moi, c’est avec un léger vent de dos que j’aborde l’approche du pied du second plat de résistance du jour : le San Bernardino, que j’aborde avec 150 km dans les pattes. J’espère encore aborder la descente de ce dernier avec une belle clarté.
Le San Bernardino, c’est un peu différent du Nufenenpass, mais c’est pas mal dans son genre. Depuis Lostallo, c’est 31,30km à 5,26% de moyenne avec des maximas à 10%. Comme ça, ça paraît assez doux bien que très long, mais dans la réalité, il est assez irrégulier. Les 7 premiers km sont en vérité un faux plat un peu fort, et la pente ne commence réellement à se raidir qu’à l’approche Mesocco. A partir de là, il se présente en 3 portions montantes de 6 à 8km séparées par des petits replats. La première est la plus raide, la pente ne descendant que très peu en-dessous des 8%, la seconde un peu plus douce avec un 7% de moyenne vers le village de San Bernardino et la troisième assez facile vu de loin avec ses 6% mais c’est sans compter les 25km de col qu’on s’est déjà tapé. Il y a 1.645m de dénivelé de Lostallo, qui se situe à 420m, jusqu’au sommet à 2.065m. Deuxième grand col et deuxième passage à plus de 2.000m de la journée, donc.
La première partie, comme attendue, est compliquée. J’ai du mal de mettre de la force dans mon pédalage alors que je suis sur le plus petit développement. A certains moments, je rêve de laisser mon chargement sur le côté et voir ce que donnent mes jambes sans ces kilos qui me pèsent. La traversée de Mesocco sur une route pavée n’aide pas à trouver son rythme. Plusieurs convois de camions militaires me doublent et c’est en me demandant clairement si j’aurais pas dû arrêter ma journée plus bas que j’atteins le premier palier. Sur le replat, j’aperçois un petit jardin avec deux personnes âgées et je m’arrête pour leur demander à boire. Ils ne pètent pas un mot d’anglais ni de français et c’est au bout d’une conversation improbable qu’en plus de l’eau, j’obtiens l’autorisation d’un passage aux toilettes pas du tout demandé mais dont je profite tout de même. Je les quitte sans qu’ils ne quittent leurs regards un brin circonspects. Pourtant ils doivent en voir passer des cyclos, mais c’est vrai qu’il commence à se faire tard et que le col est encore long.
Le second palier est très régulier et le petit % en moins de moyenne me permet de trouver plus facilement mon rythme. Je suis dans le dur mais ça passe plus facilement. Enfin, c’est ce que je pense jusqu’à ce que des crampes me tirent les cuisses. D’un coup, impossible de continuer de pédaler. Je m’arrête, je regarde mon gps pour vérifier où j’en suis exactement et c’est avec soulagement que je vois qu’il ne me reste plus qu’une rampe jusque la petite descente vers le village de San Bernardino ! Cette dernière se fait, un peu honteusement, à pied. Arrivé au sommet de cette deuxième section, j’étire mes cuisses dans tous les sens posssibles histoire d’éliminer ces crampes. Je vais toujours tenter de grimper la dernière partie uniquement le cul sur la selle et on verra comment ça tient.
Et ça semble tenir ! Même s’il me reste encore une quarantaine de km depuis le sommet jusqu’à mon point de chute, dans ma tête l’arrivée est au sommet. Le reste ne sera qu’une très longue descente. Je ne sais pas si c’est un stade de fatigue particulier qui me donne cette impression où le décors fantastique dans lequel je me trouve mais les sensations font que s’améliorer. Il faut dire que cette dernière partie est plus douce et que ses 6% de moyenne très réguliers conviennent beaucoup mieux à un vélo si lourdement chargé. J’oublie la menace des crampes et m’inquiète plus pour mes réserves en eau. Mes bidons sont presque vides et j’espère trouver de quoi les remplir au sommet. C’est d’abord avec circonspection que je découvre le sommet avec son auberge déjà fermée. Heureusement, je trouve un camping-car stationné derrière et un couple de jeunes gens fort sympathiques qui me remplissent mes gourdes et m’offrent même de manger un bout. Malheureusement, je dois décliner. Le soleil se couche et, si le spectacle au sommet est magnifique, j’aimerais bien ne pas faire trop tarder mon hôte. Que je préviens d’ailleurs par téléphone de mon heure d’arrivée assez tardive. Ça fait un gros 14h que je suis en route et j’ai fait 175km.
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La descente aussi envoie du pâté, avec un colimaçon vertigineux qui me permet de m’amuser questions trajectoires. Après 35km de montée, 40km de descente ne fait pas de mal.
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Malheureusement, j’ai un souci avec mes transmissions et, une fois ce joli passage en zig-zag, mon vélo ne veut plus rester sur le gros plateau. Pas très pratique pour une descente. Le soleil s’est couché et je boucle ces derniers 40km dans l’obscurité en un peu plus de 1h30. Certains villages traversés sont particulièrement mignons et tellement typiques qu’on se croirait parfois dans un parc d’attraction. Malheureusement, la pluie fait son apparition et me rappelle qu’il ne faut pas traînasser. Un dernier petit mur à grimper et, après 215 km, me voilà dans le hameau de Donat, sur les hauteurs Zillis. Je trouve vite la maison de ma warmshower où je reçois un accueil très chaleureux.
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Douche - histoire de découvrir qu’une tique de merde m’a accompagné toute la journée sous l’aisselle -, chouette discussion avec mon hôte autour d’une pizza et un gros dodo. Je suis exténué et je compte bien profiter du fait que je puisse faire la grasse mat’. Tant pis pour le timing prévu, je viens de faire 3 étapes en 2 et je commence à comprendre que c’était tout à fait inutile :
Recap’ du jour :
215,22 km
11h22 de selle
4.034m de dénivelé positif
Tour de Suisse - 3e jour
Nuit merdique. Le Rhône, très tortueux à cet endroit, fait un boucan de malade. J’avais prévu les boules quies mais elle ne sont pas suffisantes. Moi qui attendait avec impatience ce « revival » de mes expéditions scoutes, je suis servi… Je suis pas certain d’avoir vraiment fermé l’œil de la nuit, ou alors très légèrement. A 5h30, j’en ai marre et je décide de remballer le bivouac. Après tout, plus je démarre tôt, plus loin je pourrai aller.
A 5h45, me voilà parti vers le pied du Nufenenpass, à 30km. Mais le truc, c’est qu’il faut d’abord y parvenir, au pied de ce col. En guise de déjeuner, je m’enquille 3/4 côtes de 1 à 3 km assez raides, suivies de faux plats. Bref, ça pique un peu au réveil. Le ciel est couvert, mais plus de doute, la montagne est là. La moyenne est très basse et je me dis que j’ai bien fait d’écourter la nuit. Après 25km, je m’arrête à une boulangerie histoire de maximiser mes réserves avant le col. Le coin est embrumé et les habitations faites de bois foncé ne font rien pour limiter ce côté sombre. Mais il est encore tôt et j’espère que le soleil fera son apparition pour la montée.
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Le col culmine à 2.478m et présente une pente moyenne toute mignonne de 9% pour un petit 13km depuis. Je suis pas du genre à avoir peur des pourcentages, au contraire j’adore ça, mais avec le poids des sacs, j’appréhende quand même un peu. Surtout, je sens les jambes un peu dures de la veille.
La route se calme un peu pour les derniers km jusqu’au pied, dernier répit avant les choses sérieuses.
Au pied, la route est assez large. La pente tourne autour des 8% et un replat m’attends au bout de 3km, ça promet pour la fin… J’ai l’impression de grimper au ralenti, mais je contrôle au maximum mon effort. Pour le moment ça se passe plutôt bien. Le replat arrive et, bizarrement, j’ai plus de mal sur celui-ci. Il s’agit d’une longue ligne droite le long de laquelle je me fais doubler par plusieurs voitures de luxe. Il faut dire que la route est superbe, même si encore complètement embrumée. C’est donc sans avoir pu profiter du replat pour récupérer que j’attaque la seconde partie de l’ascension.
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Là, je commence à réellement souffrir. La pente oscille entre 9 et 11% sans jamais laisser de répit. Pourtant, je double un cyclo qui, au vu de ses mollets, ne doit pas avoir beaucoup de kilométrage cette année. Le pauvre semble au bout de sa vie. Je ne dois pas être dans un état bien meilleur et, à 3 km du sommet, enfin au-dessus des nuages, je baisse pavillon et mets pied à terre pour plus qu’une photo. Le temps de revoir le pauvre cyclo passer devant moi et de lui envoyer quelques encouragements au passage, qu’il me rendra lorsque je le dépasserai quelques centaines de mètres plus loin. Les derniers km ne sont pas plus faciles que les précédents et pourtant, je commence à y prendre beaucoup de plaisir. Je n’ai pas l’impression que l’altitude coupe mon souffle et la douleur est plus dans les jambes que dans l’effort. Par contre il fait de plus en plus froid et venteux. C’est tout de même avec soulagement et satisfaction que j’aperçois le sommet. Je décide de me restaurer à l’auberge qui s’y trouve. Je n’ai fait qu’une quarantaine de bornes mais la journée a déjà bien été remplie.
Au sommet, le soleil tape aussi fort que le vent souffle. Il fait 4° et j’enfile un maximum de couches pour affronter la longue descente vers Airolo. Fini l’Allemand, bonjour l’Italien. Au premier virage en épingle, je manque de me prendre pour un cerf-volant avec le vent et le changement de direction. Les conditions s’améliorent au fur-et-à mesure de la descente et je reprends petit-à-petit confiance. Il faut dire que c’est agréable de voir les km défiler au compteur après le parcours du début de journée… En plus, le soleil est là et le décors est somptueux ! C’est avec une douce euphorie que je passe les villes et villages aux noms italophones : Airolo, Brugansco, Quinto, Faido,…
Pour ne rien gâcher, le vent me pousse. Je ne vois plus le temps passer et c’est avec déjà 7h30 de route, pauses comprises, et seulement 105 km au compteur que j’atteins Biasca, où je décide de m’arrêter pour un bon plat de pâtes.
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En haut il faisait froid, en bas il fait très chaud. Je suis redescendu à 320m d’altitude et profite du WIFI du restaurant pour donner des nouvelles à ma famille. Je vérifie la météo pour la suite du parcours qui m’indique que le vent ne sera plus avec moi pour les 40 prochains km mais qu’il devrait re-souffler dans le bon sens vers le San Bernardino… Quelques brefs calculs optimistes et me voilà entrain de contacter une warmshowers de l’autre côté de ce dernier. La réponse est rapide et positive : ce sera donc deux cols pour moi au menu de la journée ! Au diable la raison, mais j’ai intérêt à ne pas trop traînasser si je veux profiter d’une bonne douche ce soir.
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Sur le chemin de Roveredo, des panneaux m’indiquent Lugano, me ramenant à ce qui est jusqu’ici le plus beau souvenir vélo de ma vie (avec Paris-Roubaix 2.000) : les Championnats du Monde 1996. « Mijn laatste wedstrijd als prof », disait Johan de ces Championnats. Quel souvenir pour l’enfant que j’étais, qui passait de l’idée de ne plus voir son idole courir, à celle de le voir arborer la tunique arc-en-ciel pendant un an ! Le coussin du canapé de mes grands-parents doit encore se souvenir des torsions nerveuses que je lui imposais à mesure que le sprint final contre Giannetti s’approchait. Ces pensées m’empêchent de me braquer sur le vent qui souffle de face. Mais comme prévu, une fois Roveredo derrière-moi, c’est avec un léger vent de dos que j’aborde l’approche du pied du second plat de résistance du jour : le San Bernardino, que j’aborde avec 150 km dans les pattes. J’espère encore aborder la descente de ce dernier avec une belle clarté.
Le San Bernardino, c’est un peu différent du Nufenenpass, mais c’est pas mal dans son genre. Depuis Lostallo, c’est 31,30km à 5,26% de moyenne avec des maximas à 10%. Comme ça, ça paraît assez doux bien que très long, mais dans la réalité, il est assez irrégulier. Les 7 premiers km sont en vérité un faux plat un peu fort, et la pente ne commence réellement à se raidir qu’à l’approche Mesocco. A partir de là, il se présente en 3 portions montantes de 6 à 8km séparées par des petits replats. La première est la plus raide, la pente ne descendant que très peu en-dessous des 8%, la seconde un peu plus douce avec un 7% de moyenne vers le village de San Bernardino et la troisième assez facile vu de loin avec ses 6% mais c’est sans compter les 25km de col qu’on s’est déjà tapé. Il y a 1.645m de dénivelé de Lostallo, qui se situe à 420m, jusqu’au sommet à 2.065m. Deuxième grand col et deuxième passage à plus de 2.000m de la journée, donc.
La première partie, comme attendue, est compliquée. J’ai du mal de mettre de la force dans mon pédalage alors que je suis sur le plus petit développement. A certains moments, je rêve de laisser mon chargement sur le côté et voir ce que donnent mes jambes sans ces kilos qui me pèsent. La traversée de Mesocco sur une route pavée n’aide pas à trouver son rythme. Plusieurs convois de camions militaires me doublent et c’est en me demandant clairement si j’aurais pas dû arrêter ma journée plus bas que j’atteins le premier palier. Sur le replat, j’aperçois un petit jardin avec deux personnes âgées et je m’arrête pour leur demander à boire. Ils ne pètent pas un mot d’anglais ni de français et c’est au bout d’une conversation improbable qu’en plus de l’eau, j’obtiens l’autorisation d’un passage aux toilettes pas du tout demandé mais dont je profite tout de même. Je les quitte sans qu’ils ne quittent leurs regards un brin circonspects. Pourtant ils doivent en voir passer des cyclos, mais c’est vrai qu’il commence à se faire tard et que le col est encore long.
Le second palier est très régulier et le petit % en moins de moyenne me permet de trouver plus facilement mon rythme. Je suis dans le dur mais ça passe plus facilement. Enfin, c’est ce que je pense jusqu’à ce que des crampes me tirent les cuisses. D’un coup, impossible de continuer de pédaler. Je m’arrête, je regarde mon gps pour vérifier où j’en suis exactement et c’est avec soulagement que je vois qu’il ne me reste plus qu’une rampe jusque la petite descente vers le village de San Bernardino ! Cette dernière se fait, un peu honteusement, à pied. Arrivé au sommet de cette deuxième section, j’étire mes cuisses dans tous les sens posssibles histoire d’éliminer ces crampes. Je vais toujours tenter de grimper la dernière partie uniquement le cul sur la selle et on verra comment ça tient.
Et ça semble tenir ! Même s’il me reste encore une quarantaine de km depuis le sommet jusqu’à mon point de chute, dans ma tête l’arrivée est au sommet. Le reste ne sera qu’une très longue descente. Je ne sais pas si c’est un stade de fatigue particulier qui me donne cette impression où le décors fantastique dans lequel je me trouve mais les sensations font que s’améliorer. Il faut dire que cette dernière partie est plus douce et que ses 6% de moyenne très réguliers conviennent beaucoup mieux à un vélo si lourdement chargé. J’oublie la menace des crampes et m’inquiète plus pour mes réserves en eau. Mes bidons sont presque vides et j’espère trouver de quoi les remplir au sommet. C’est d’abord avec circonspection que je découvre le sommet avec son auberge déjà fermée. Heureusement, je trouve un camping-car stationné derrière et un couple de jeunes gens fort sympathiques qui me remplissent mes gourdes et m’offrent même de manger un bout. Malheureusement, je dois décliner. Le soleil se couche et, si le spectacle au sommet est magnifique, j’aimerais bien ne pas faire trop tarder mon hôte. Que je préviens d’ailleurs par téléphone de mon heure d’arrivée assez tardive. Ça fait un gros 14h que je suis en route et j’ai fait 175km.
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La descente aussi envoie du pâté, avec un colimaçon vertigineux qui me permet de m’amuser questions trajectoires. Après 35km de montée, 40km de descente ne fait pas de mal.
https://images2.imgbox.com/7c/fa/LnO2wIdV_o.jpg
Malheureusement, j’ai un souci avec mes transmissions et, une fois ce joli passage en zig-zag, mon vélo ne veut plus rester sur le gros plateau. Pas très pratique pour une descente. Le soleil s’est couché et je boucle ces derniers 40km dans l’obscurité en un peu plus de 1h30. Certains villages traversés sont particulièrement mignons et tellement typiques qu’on se croirait parfois dans un parc d’attraction. Malheureusement, la pluie fait son apparition et me rappelle qu’il ne faut pas traînasser. Un dernier petit mur à grimper et, après 215 km, me voilà dans le hameau de Donat, sur les hauteurs Zillis. Je trouve vite la maison de ma warmshower où je reçois un accueil très chaleureux.
https://images2.imgbox.com/aa/16/kE0Vo29o_o.jpg
Douche - histoire de découvrir qu’une tique de merde m’a accompagné toute la journée sous l’aisselle -, chouette discussion avec mon hôte autour d’une pizza et un gros dodo. Je suis exténué et je compte bien profiter du fait que je puisse faire la grasse mat’. Tant pis pour le timing prévu, je viens de faire 3 étapes en 2 et je commence à comprendre que c’était tout à fait inutile :
Recap’ du jour :
215,22 km
11h22 de selle
4.034m de dénivelé positif
Dernière modification par JohanMusée le 07 janv. 2020, 12:20, modifié 1 fois.
- El_Pistolero_07
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Re: L'Europe à vélo !
Joli ! Deux plus de 2000m dans la journée ! 
Pilote de C15 mutin
Mon Strava : https://www.strava.com/athletes/6038754
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- loloherrera
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Re: L'Europe à vélo !
Chouette récit, et belles photos
Faire un col c'est déjà pas facile, mais alors avec tout un barda, respect!
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- Le sucre sportif
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Re: L'Europe à vélo !
Gros respect de sortir une telle perf' avec peu d'expérience, chapeau 
Tout le monde attend Pogacar, mais Pogacar n'attend personne
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