Ancelin a écrit : 13 avr. 2026, 22:04
Le déclin c'est ce qui arrivera forcément un jour aux mutants actuels.
Et ils seront remplaçés par d'autres.
Ainsi vontles cycles en sport, ça se fait naturellement.
Ils seront évidemment remplacés un jour, forcément.
Mais parler de « déclin » automatique est une autre affaire/paire de manches. Les trajectoires des champions montrent que la fin n’est pas toujours une pente descendante.
Cancellara, par exemple : il prend sa retraite le soir d’un chrono olympique qu’il écrase sur un parcours difficile. À 35 ans, il n’est pas déclinant ; il sort simplement de deux saisons ruinées par les chutes (vertèbres cassées en 2015 sur le GP E3 puis sur le Tour). En 2016, pour sa dernière saison, il gagne les Strade Bianche, finit deuxième du Ronde en ne cédant qu’à un Sagan au firmament de ses capacités, puis chute la semaine suivante sur Roubaix.
Boonen, même histoire : encore bien gaillard lors de sa dernière vraie saison, défait d’un souffle à Roubaix, par un employé de garage, puis troisième du Mondial. Ses quatre derniers mois en 2017 sont en retrait, mais à presque 37 ans, difficile d’appeler ça un effondrement.
L'abbé Soury, Alejandro Valverde, lui, reste au niveau des meilleurs au-delà de 40 ans, et sans oublier cet énorme rendez‑vous manqué entre la France et lui en 2017.
Armstrong en 2005, je n’en parle même pas : il a dû revenir quatre ans plus tard dans une sorte d’empathie pour les nazes, pour voir de plus près ce qu'ils nommaient déclin.
Purito termine deuxième de la Vuelta un an avant de raccrocher le cigare, puis aligne encore des top 5 sur les plus grandes classiques à 37 ans.
Cavendish, de nouveau la banane, redevient capable de dominer tous les sprinteurs du monde sur le Tour à un âge où d’autres sont déjà des consultants aigris, simplement parce qu’il lui restait encore un mickey à décrocher.
Et que dire de Marc Fournier ? Toute sa carrière, il a couru après la régularité ; il l’a enfin trouvée sur la toute fin, en 2019, en alignant neuf DNF d’une constance remarquable avant de tirer le rideau bien que certains disent encore qu'il n'a jamais complètement boucler la boucle.
Moins de régularité (sauf pour certains), oui ; une focalisation plus sélective, sans doute ; mais la capacité à gagner les plus grandes courses reste intacte chez beaucoup tant que la motivation est au rendez-vous.
À l’inverse, Alaphilippe subit un véritable déclassement, Liège-Bastogne-Liège 2020, ce n’était que la bande‑annonce : un déclin précoce, nourri par les chutes à répétition, amplifié par la vague de la génération Covid qu’il a vue passer sans réussir à s’y accrocher, et accentué encore par la naissance de son enfant courant 2021 (et marchant en 2022), qui l’a sans doute assagi et rendu plus difficile les sacrifices du passé. Sagan, ce fut encore pire, son divorce l'aurait beaucoup marqué et son hygiène de vie ne suivait plus. La décrépitude de Roglič commence à peser au regard. Deux vies de trop pour un seul corps, et l’on finit toujours par les guider vers un coin plus tranquille.
Rafal Majka, lui, a décliné des yeux, d’abord.
Mais, je ne miserais pas sur un déclin marqué de Van der Poel, Vingegaard, Pogacar ou même Evenepoel. Leur plafond est trop haut, il leur faudra bien des lustres avant de songer à s’effondrer brutalement.
En revanche, on peut s’attendre à des retraites plus précoces. Pogacar pourrait très bien s’arrêter tôt, sauf s’il se prend réellement au jeu de la chasse au record de Merckx en Grands Tours, d’autant qu’il n’en court jamais plus de deux par saison et qu’une nouvelle rivalité sur les courses par étapes ou classiques vallonnées (avec Seixas ou un autre) pourrait le stimuler. Pour les monuments, ça devrait aller vite au rythme de 4 par an (3 s'il zappe MSR).
Vingegaard, lui, se heurte à un facteur extra sportif, pas celui qui se trompe de porte dans le couloir conjugal, un autre, autrement plus lourd. Dans sa carrière, Trine occupe une place considérable, surtout lorsqu’elle est enceinte, et ne voit guère l’intérêt qu’il aurait à multiplier les objectifs. Elle s’en est d’ailleurs plainte publiquement dans la presse danoise, au sujet du management de Visma. Pour elle, il devrait se consacrer exclusivement au Tour et rester tranquille le reste de l’année auprès de sa famille. Autant dire qu’on ne le verra jamais sur Liège.
Van der Poel pourrait très bien tirer sa révérence après les JO de Los Angeles.
Quant à Evenepoel, son défi est plus simple. Rester patient, éviter les pépins, laisser le temps faire son œuvre et miser sur un creux générationnel au moment du départ à la retraite de ses adversaires et du burnes out de Seixas, le jour où lui se fatiguera de tirer la couverture à soi.