Samedi 10 août – Etape 8 : A la recherche de la Source
La Meuse à Saint-Mihiel (et la piste cyclable qui la longe)
Je me réveille avec le soleil, j'ai pas trop mal dormi et comme je n'ai pas roulé autant que je l'ai voulu la veille, je suis motivé à faire une grosse étape, et rallier la source de la Meuse dans la soirée

Je compte profiter de m'enfoncer de plus en plus dans la campagne profonde, à la frontière de la Meuse, des Vosges et de la Haute-Marne pour progresser ce weekend alors que c'est le grand chassé croisé des vacanciers (donc beaucoup de circulation), et que l'on prévoit un beau soleil aujourd'hui, contrastant avec le temps de la veille
Les premiers kilomètres sont un régal car au petit matin, le weekend, il n'y a personne sur la route. Je suis la D34 jusqu'à Saint-Mihiel où je prends mon petit-déjeuner, et fais mon rituel matinal. Je repars et il commence à faire bien chaud. Nouvelle pause sur la place principale de Commercy, mais de nombreux cafés/boulangerie sont en vacances, et je m'inquiète pour la suite, car c'est la dernière grande ville sur mon trajet avant Châlon sur Saône

Je prends donc un sandwich que je mets en réserve et continue mon trajet. C'est agréable d'être en court, et j'ai retrouvé la Meuse, que je suis avec les panneaux sud, qui me motivent : après la pluie, le beau temps
Nouvelle pause, vers midi, à Sepvigny, où j'arrive dans le territoire de Jeanne d'Arc puisqu'elle s'y serais préparée avant de partir guerroyer contre les Anglois

J'arrive dans un café, et je comprends que l'ambiance y est plus que tendue. La veille au soir, un gamin qui jouait à vélo sur la route a été heurté par une voiture (l'automobiliste n'y est pour rien), et le voilà entre la vie et la mort. Je compatis, ce n'est pas pour rien que je cherche à m'isoler quand je suis à vélo. Je veux être le plus tranquille possible, et fuir les problèmes. Ce gamin là était certainement trop jeune pour avoir conscience des risques qu'il prenait, à faire des roues pour impressionner les autres au milieu de la route, mais il ne mérite pas son triste sort
Je repars donc, plus calmé et concentré que jamais. Il commence à faire très chaud, j'arrive à Domrémy-la-Pucelle. Je suis l'itinéraire touristique passant par des petites ruelles, mais un croisement sur deux est indiqué

Pas toujours facile et les riverains sont là pour me donner parfois un coup de pouce. La direction à prendre pour celui qui a conçu l'E19 est peut-être évidente mais pas pour moi, qui progresse en terres inconnues. Soudain, en sortant du village, une côte ! Alors que la Meuse est en contre-bas, avec une belle route qui la suit. Mais pourquoi ?
A mi-pente, alors que je suis quasi à l'arrêt, et en pleine fournaise, je vois de l'ombre et un banc. Je me dis que ça serait une bonne idée de s'arrêter là et de faire une pause sandwich

Je repars frais comme un gardon, et atteint le sommet de la côte avec une chapelle et une statue de Jeanne-d'Arc dorée. L'endroit est très touristique, la vue sur la vallée de la Meuse est belle, mais je suis dégoûté de cette montée donc je ne m'arrête pas, je suis focalisé sur la Meuse, que je veux remonter jusqu'à sa source. Elle est encore large à cet endroit
Statue de Jeanne d'Arc, Basilique de Domrémy, tout en haut de la colline
Dans l'après-midi, je passe Neuchâteau, où la Meuse se sépare en deux affluent, je remonte par la D1, route assez prise par le trafic (surtout le samedi-après midi) mais doit tourner vers la D2, qui suit l'autre affluent avant de retomber plus tard sur la Meuse, lorsque la-dite D1 sera plus calme certainement

Je trouve globalement que le tracé de cette véloroute est bien conçu, entre petites routes tranquilles, voies vertes de type strade bianche, monuments historiques ... mais j'ai tendance à me perdre car les panneaux ne sont pas toujours visible et peuvent mettre être tournés dans tous les sens pour les petits malins qui veulent s'amuser. Plusieurs fois j'ai vu le nord et le sud vers la même direction

Méfiance donc !
Perdu, je me retrouve dans un chemin de VTT car j'ai voulu éviter cette D1, et suis sorti au premier chemin sur ma droite, espérant descendre vers la D2. Finalement je dois refaire quelques kms en D1 puis peut redescendre vers la voie verte. Que de détours alors que la source de la Meuse me semble loin ! Sur cette D2, je me retrouve le long d'une petite rivière, dans l'ombre de la forêt et c'est très agréable. Mais mes bidons se vident, et j'entame mon troisième et dernier. Aucun point d'eau en vue, je suis dégoûté

Alors que je commence à me déshydrater, je vois à la sortie d'une ville, des campings cars près d'un gymnase. Un point d'eau
Les points d'eaux sont peut-être nombreux, mais pas indiqués, ces campings-cars m'ont sauvé la mise ! Je bois à volonté, rempli toutes mes gourdes et surtout, me rince abondamment le visage, j'avais pris un petit coup de chaud. Je repars trempé, mais ça devrait sécher vite. Je continue à m'enfoncer dans la vallée de la Meuse que j'aie retrouvée, mais c'est maintenant à manger qu'il me manque

Là encore, il est presque 20h quand je trouve une supérette à Breuvanes en Bassigny, dans les Vosges. Comme pour l'eau tout à l'heure, je fais une razzia sur la malbouffe, mange la moitié de mes achats et en garde le reste pour la fin de soirée et demain matin
Je grimpe sur les plateaux de la haute-Marne et il commence à faire nuit, je vais de plus en plus haut, la Meuse est de plus en plus petite mais pas de signes de la source. Alors que je pensais être arrivé (au village de Meuse) je me rends compte que c'est une communauté de communes et que la Source est encore loin

Il se fait maintenant tard, je suis au village du Châtelet sur Meuse, là où doit être la source, après être passé dans des chemins de plus en plus paumés, mais en même temps près d'une autoroute. Je vois une fête au village, je continue en suivant les panneaux. Puis trouve un abribus où je m'arrête manger. Je suis cramé de tous ces faux plats. Les jeunes qui jouent au loin ont l'air de se demander ce que je fais là ! Après deux nuits dehors et 500kms de vélo, je dois faire peur
La source de la Meuse, pas sûr que je l'aurais vue en pleine nuit !
Arrivé à l'intersection suivante, je me trompe, fais un virage quasiment à l'arrêt et tombe, le genou a tapé droit dans le bitume. Ca craint

Je repars malgré mon genou douloureux, voit un couple rentrant chez eux, et leur demande où est la source de la Meuse. En me voyant, ils me disent que c'est un peu plus loin mais que dans la nuit, je ne verrais rien. J'ai compris, il est le temps d'arrêter les frais et d'aller se coucher
Mais je suis en haut du plateau, et il fait très froid. Je vais faire une bonne dizaine de kilomètres de descendre pour trouver un village plus abrité, et proche de la Bourbonne où j'irais prendre un café demain matin

Arrivé à Serqueux, toujours pas d'abribus mais je dois m'arrêter. Après avoir tourné un peu dans le village, je vois la salle des fêtes. Mais l'entrée n'est pas abritée du vent. En allant de l'autre côté du bâtiment, je vois un escalier menant à la sortie de secours

Parfait, je vais aller me pelotonner au fond de cet escalier, bien planqué pour passer cette nuit qui s'annonce rude. Mais avant, je vire les feuilles qui étaient nombreuses au fond de ce trou, où j'arrive même à placer mon vélo, si bien que même les quelques riverains qui passeront dans la nuit noire pour rentrer/sortir de chez eux ne me calculerons pas. Je suis content de mon coup

Demain, direction la vallée de la Saône, et la Bourgogne
