Whaaa, que c'est calme ici ! On dirait une salle d'attente chez l'oncologue.
:jesors:
Enfin, non, je préfère mettre un peu d'ambiance !
Donc, dans mon dernier poste, je disais que je ne ferais pas la Casartelli.
C'est exact, je ne la ferai pas. Mais j'ai fait la Lapébie.
Le problème, c'est que j'étais invité à une soirée (avec le joli thème \"Dandies et Décadentes\") chez des voisins / amis, depuis longtemps. Hors de question donc de me débiner.
Mais en même temps, j'avais bien envie de refaire une cyclosportive, ou juste de rouler dans le Pyrénées tout court.
Je me disais donc: Voyons comment cette soirée se passe, je déciderai au dernier moment (vu que des inscriptions le jour même étaient possibles).
Comment dire ? La soirée s'est en fait très bien passée. Apéro dinatoire - fromage, saucisson, quiche - du bon vin, bière, punch coco... enfin, tout ce qu'il est bon de boire et de manger la veille d'une cyclosportive de 157 km et 3200 (vrais) m de dénivelé. Not.
J'étais au lit à 2:30, sachant qu'il fallait que je me lève à 5:00 au plus tard pour être aux dossard à l'heure - départ à 7:45.
Bien sûr que je n'ai pas vraiment dormi, et quand ma compagne (qui n'avait pas de programme sportif de prévu) est rentré à 4:15, nous avons encore un peu papoté - je me suis dit que la nuit était de toute façon foutue pour moi (je suis malheureusement incapable de faire la grasses mat), donc je me suis levé à 4:30, ai pris mon petit déjeuner tranquillou, 2 gros cafés - tout mon bordel était déjà préparé depuis la veille.
Les deux heures de route pour arriver à Bagnères de Luchon étaient coton. Vraiment. Même avec vitres ouvertes et Slayer à fond la caisse. :sleep: Mais je suis arrivé à temps.
Aux dossards, petit moment d'hésitation: Quoi cocher ? Moyenne ou grande ? Bof, au point où j'en étais. Je ne me faisais pas trop d'illusions sur mon état, donc un podium semblait exclu d'emblée... allez, la grande.
Croisé Sam Leguevacques et Nicolas Garach au départ - très bien, comme ça, je savais qu'il y aurait des gars sympas qui en plus ne passaient pas leur vies cachés dans les roues. Sam m'a vite fait briefé sur le plateau: Untel est pro, il vient de gagner la Marmotte, untel avec le maillot blege est un tueur, etc. Il y avait Sébastien Pillon aussi. Pas de cyclosportive pyrénéenne sans Seb Pillon :-)
Voilà pour le préambule.
Départ fort sympa, pas en roulant pépère pour une fois, mais à 45 en faux plat descendant avec léger vent dans le dos.
Ah ! C'est bien quand même, des fois, d'être au milieu du paquet et d'aller vite sans rien faire pour...
Puis ça devenait vallonné, venait un petit col qui n'avait de col que le nom, mais ça suffisait tout de même pour scinder un assez gros paquet d'une petite vingtaine du coureur du reste du peloton.
Avec Sam, on a roulé pas mal devant, mais on n'a pas non plus fait du zèle. Seb et un mec avec un maillot de Colomiers ont aussi pris quelques bons relais. Et puis il y avait évidemment l'écrasante majorité de notre groupe qu'on savait derrière nous, mais qu'on ne voyait étrangement jamais devant.
Les sensations étaient bien moins pires que ce que j'avais craint. Pas des jambes de tonère, mais correctes, un cardio qui ne s'affolait pas, et une très agréable facilité de me mettre en danseuse - peut-être les reminiscences de la soirée ?
J'ai monté le deuxième mini-col - aussi court, mais plus raide - en tête avec un coureur venu là exprès depuis Grenoble. Le groupe tenait, mais je commençais à en entendre qui commençaient à avoir le souffle court et bruyant.
A vrai dire, de toute cette première partie de course, je ne garde pas beaucoup de souvenirs (surtout pas les noms des 2 mini-cols). Je ne sentais pas vraiment de fatigue, mais je devais quand même être dans un drôle d'état second.
Si, il y a un truc dont je me souviens: Depuis le km 20 à peu près, j'avais une grosse envie de pisser, qui ne m'a pas quitté durant toute la course. :-/
Le troisième col (comment il s'appelait déjà, celui-là ?) monté à 1/3, venait l'inéluctable attaque de Sébastien Pillon. Elle fut assez fulgurante. Personne n'arrivait à se mettre dans sa roue, mais nous étions 4 où 5 à réussir à former un groupe de poursuivants, laissant les autres derrière nous.
Et c'est là que les choses ont sérieusement commencé à se gâter.
Par ma faute. J'ai pris un virage à gauche sans visibilité à l'intérieur. Eh oui, on nous répète toujours que ce sont des courses sur route ouverte, mais est-ce qu'on les écoute ? Moi pas assez, en tout cas.
En face, un groupe de motards néerlandais, roulant - averti par la voiture d'ouverture - très doucement au milieu de leur voie.
Moi aussi, je roulais sur leur voie. Mais plus à l'intérieur. Il me semblait donc tout à fait naturel de les passer à l'intérieur. Et le premier des motards trouvait tout à fait naturel de se ranger tout à l'intérieur pour me faire passer. J'aurais tendance à lui donner raison sur ce coup.
Situation classique. On veut s'éviter, chacun se range du même côté, donc collision.
Le motard est tombé à l'arrêt contre la falaise, coinçant légèrement ma roue avant. Je n'avais aucun mal à la dégager, mais je crains que le motard se soit fait mal, coincé à 45° entre sa moto et la falaise. Je sais que mes excuses ne lui parviendront jamais, mais je m'excuse sincèrement quand même. Bon, il y avait un tas de gars pour s'occuper de lui et de le remettre lui et sa bécane à la verticale, je n'ai donc pas fait dans le sentiment (\"mon\" groupe avait déjà fait quelques bonnes dizaines de mètres), je suis remonté sur mon vélo, et en avant.
Eh merde. Le frein avant frottait contre la jante. J'essayais donc en roulant de rectifier ça.
Sauf que pendant que je m'occupais de mon frein, la route faisait un nouveau virage (en épingle cette fois-ci) à gauche. Et, ce que j'ai oublié de dire, depuis le début du col, on commençait à doubler des coureurs de la moyenne, il commençait donc à y avoir du monde. Vous voyez la suite ? Je vous explique. Regardant par terre, allant tout droit dans un virage en épingle, je suis rentré dans un mec et son vélo. Si bien que mon levier de frein avant gauche s'est imbriqué dans les rayons de son vélo. A lui aussi, je présente mes plus sincères excuses, ce que j'ai omis de faire au bon moment, avec tout cet affolement, l'adrénaline de la course ne pas aidant. Parlant d'aide, lui m'a tout de même aidé à extirper mon frein de sa roue, ce qui n'était pas une mince affaire. Après ça, je me rendis compte que ma chaîne était complètement en bordel, elle s'était fait la malle et des plateaux, et des pignons. Vous avez déjà essayé de remettre une chaîne le souffle court, confus, bardé d'adrénaline, avec \"votre\" échappée qui prend le large ? Ben, c'est pas facile.
Tout ce merdier m'aura coûté pas loin de 2 minutes, et les coureurs du groupe qu'on venait fraîchement de faire exploser, me dépassaient un par un.
Et c'est là que je pense que j'ai vu rouge. En tout cas, je me suis foutu dans le rouge. Tout en sachant que ce n'était paaaaas bien du tout, avec le gros morceau (port de Balès - eh ! Je me rappelle le nom ! :-) ) encore devant nous.
Toujours est-il qu'au sommet, j'avais récupéré tout le monde sauf Seb et les 4 autres qui avaient constitué \"mon\" groupe de chasse au départ.
Nous étions donc au sommet 4 (Sam et 2 Espagnols) à basculer dans la descente.
L'espoir de revenir sur les autres en tournant bien dans la vallée menant au Port de Balès, était tout à fait permis.
Mais c'était sans compter sur le \"rattus hispanicus\".
Tandis que le \"rattus norvegicus\" est un rongeur à la fourrure grise, très intelligent et à l'organisation sociale complexe, le \"rattus hispanicus\" est une espèce que l'on rencontre en vélo, toujours à l'abri du vent derrière d'autres coureurs, et qui attaque juste avant la fin de la course.
A chaque fois donc que Sam où moi avons gentimment signalé aux Espagnols que ce serait peut-être-si-ce-n'est-trop-demander leur tour de prendre un relais, on perdait miraculeusement 4 km/h. Et ce n'était pas parce que Sam ou moi aurions roulé comme des fusées - j'avais ma remontée dans les jambes, et Sam probablement encore sa Marmotte (5600m de D+) du dimanche précédent. Le plus drôle, c'est que c'était à l'origine un des Espagnols qui avait fait part en gesticulant de l'idée de tourner. Mais peut-être que ces cercles décrites avec le doigt voulait juste dire: Mettez-vous devant.
Sam et moi nous avons donc grave fait sucer les roues jusqu'au pied de Balès. Sam me demandait: \"Comment tu le sens, ce col ?\" \"Incertain. Et toi ?\" \"Très incertain\".
Et en effet, dès que la pente s'élevait, plus de Sam. Mais j'arrivais aussi à distancer les 2 rattus. Sauf que je commençais à avoir soif, TRES soif (l'alcool de la veille, vous dites ?), et mes gourdes étaient quasi vides. Il fallait donc que je m'arrête à chacun des 2 ravitos d'eau pour me verser en vitesse grand V un gobelet de flotte dans le gosier. Ce qui permettait aux Espagnols de revenir sur moi. Faut dire aussi qu'ils devaient être bien frais, vu leur gestion de course.
Enfin. Mes forces me quittaient. J'ai du laisser filer un des 2 Espagnols qui a franchi le col une petite minute avant moi. Les derniers 3 ou 4 km, j'étais en mode survie. Impossible de relancer. Ma bouche était sèche comme le désert de Gobi. Et il restaient encore 20 km de descente. J'y ai mis tout le peu qui me restait pour rattraper Espagnol No. 1, mais ce n'était pas suffisant. Fini donc 7ème, complètement à bout de forces. A l'arrivée, en plus d'une intempestive envie de boire et de pisser, la fatigue m'est tombé dessus comme une enclume. J'en ai eu les larmes aux yeux.
Je pense que je suis rarement allé aussi loin au bout de moi-même. C'était à faire. Mais ce n'est pas à refaire.
Le lien Strava:
https://www.strava.com/activities/700421094