levrai-dufaux a écrit : 17 oct. 2020, 11:02
Merci CPT d'avoir évoqué ce Tour de France 1994.
Je me suis repenché sur son tracé suite à tes commentaires et, il s'agit sans nul doute de l'un des Tours les plus montagneux de l'ère Jean-Marie Leblanc et des années 90. Un tracé clairement "anti-Indurain" qui devrait nous faire réfléchir sur nos souhaits présents pour équilibrer les tracés du Tour.
Si l'on regarde les étapes de montagne en détails, on avait :
- 2 arrivées au sommet dans les Pyrénées à Hautacam et Luz-Ardiden. L'arrivée à Hautacam (la première de l'histoire du Tour) se faisait au terme d'une étape certes plate mais longue de 263 km. Le lendemain, l'ascension de Luz-Ardiden était précédée d'un enchaînement Peyresourde/Aspin/Tourmalet. Seulement deux étapes donc, mais sacrément costaud pour un premier massif si l'on compare aux standards actuels.
- Un passage par le Ventoux la veille des Alpes
- 4 grosses étapes alpestres avec : arrivée à l'Alpe d'Huez, suivi d'un enchaînement Glandon/Madeleine/Val Thorens le lendemain puis une troisième étape comprenant les cols de la Croix Fry et de la Colombière dans le final. Enfin, la 4e étape était terrible, un chrono de près de 50 bornes avec l'ascension vers Avoriaz (je ne crois pas qu'Indurain l'ait fait sur la réserve, il réalise simplement une mauvaise performance ce jour-là).
A côté de cette véritable orgie de montagne (5 arrivées au sommet + le Ventoux + le Tourmalet), il y avait un contre-la-montre par équipes de 66 km et un chrono individuel plat de 64 bornes en première semaine.
Résultat ? Quelques belles chevauchées de Virenque et Ugrumov mais aucun suspense pour la victoire finale. Rominger, le seul à avoir limité la casse après les chronos, est loin du compte dès l'arrivée à Hautacam. Leblanc, Virenque et Pantani sont à peu près au même niveau que Miguel en montagne, mais ils avaient respectivement 8'37, 14'44 et 14'46 de retard avant les Pyrénées.
De quoi voir venir... à tel point qu'Indurain ne prenait même pas la peine de répondre à leurs attaques. Si ma mémoire est bonne, dans l'Alpe d'Huez, il ne cherche pas à répondre au démarrage de Virenque alors que celui-ci est 2e du général et il se contente de le contrôler dans les derniers kilomètres en accélérant. Dans l'ère moderne, j'ai peu d'exemples en tête d'un maillot jaune qui choisit délibérément de ne pas répondre à une attaque de son second au général lors d'une étape de montagne tellement il a une marge confortable.
Lorsque l'on compare ce tracé à ceux qui sont proposés actuellement, on se dit que les difficultés ont été grandement atténuées de nos jours pour préserver le sacro-saint suspense si cher à ASO : aujourd'hui il y a à la fois moins de contre-la-montre et moins de difficultés dans les étapes de montagne proposées.
Il n'est pas étonnant que nous ayons si souvent le sentiment d'assister à une course d'attente lorsque tout est fait de la part de l'organisateur pour inciter les coureurs à attendre les derniers jours pour véritablement s'attaquer.
En revanche, le Tour 1994 nous montre aussi qu'il ne suffit pas de rajouter un long chrono plat en première semaine avant la montagne pour garantir du spectacle dans celle-ci. Car si l'édition 94 fut bien meilleure que la précédente (pas bien difficile...), elle n'est pas non plus une grande cuvée. Pour en rester ces années-là, le Tour 95 est nettement au-dessus à mon avis.