On l’a vu sur ce Giro, il n’était pas simple de s’échapper : entre le gros boulot des Mitchelton Scott et celui des équipes de sprinteurs (Quick Step, Bora-Hansgrohe, LottoNL Jumbo), les tentatives d’échappées étaient triées et souvent recalées en début d’étapes pouvant donner lieu à un sprint massif, et donc peu de coureurs récompensés
En début de Giro en Israël et en Sicile, des échappées de 4-5 coureurs se formèrent. On notera l’omniprésence des Androni avec notamment Davide Ballerini, de la Bardiani avec Enrico Barbin qui porta le maillot des GPM jusqu'à l'Etna et Israel Cycling Academy avec Guillaume Boivin.
Puis vint l’étape 6 avec une échappée fleuve de 28 coureurs avec des outsiders au classement général comme Chaves, Gesink, De La Cruz, Heno, Oomen, Reichenbach, Hermans

. Profitant d’une arrivée pour grimpeur au sommet de l’Etna, et du fait que la Sunweb ne souhaite pas porter le poids de la course et du maillot rose, l’échappée s’envole mais les coureurs finissent par perdre tout leur bénéfice à trop se regarder ! Chavès s’isole en tête puis alors que les favoris lancent les offensives, se fait reprendre par son équipier Yates qui lui laisse la victoire d’étape
En seconde semaine, on retrouva des échappés peu récompensés avec notamment Davide Ballerini qui engrangea les points pour le classement des points chauds et pour le cyclamen ; Mattia Frapporti qui s’assura la première place au classement de la fuga, Matteo Montaguti très présent à l’avant également.
A la 10ème étape, ce sont deux habitués des échappées qui faussent compagnie au peloton dans le final pour se jouer la victoire : Matej Mohoric s’impose devant Nico Denz qui emmenait un braquet énorme sur ce sprint !

Victoire de baroudeur ou pas ? Davide Ballerini était lui présent dans l’échappée initiale et se retrouve à fait 3 du sprint du peloton, 5ème de l’étape

. Le voilà placé pour le maillot cyclamen, derrière les deux favoris Viviani et Bennett.
Le lendemain, on remarquera que l’échappée met du temps à se faire, toutes les équipes souhaitant y participer sont de la partie saut Wilier alors que le peloton fait rideau, empêchant Turrin de sortir

Après quelques kms de tractation, Turrin peut enfin s’élancer en chasse-patate, mais cet effort lui coûtera bien trop pour pouvoir figurer convenablement lors de cette étape. Un scène qui aura scandalisé les spectateurs surpris de voir des arrangements au sein du peloton
Dans cette dernière partie de Giro folle, les échappées sont bien plus conséquentes, forçant le peloton a mener la chasse à allure élevée la 15ème étape fait des dégâts, ils étaient une trentaine à l’avant, dont des spécialistes des échappées de la montagne et de très bon rouleurs. Ciccone qui cherchait à prendre le maillot du GPM à Yates a montré ses lacunes sur le plat et dans les descentes, rédhibitoires pour tenir dans les échappées de cette fin de Giro

On notera qu’Education First roulera vexée de n’avoir pu placer Woods dans l’échappée, ce qui favorisa la victoire de Yates
Lors de la 17ème étape, c’est Reichenbach, lieutenant de Pinot, mais aussi les Sky avec De La Cruz et Puccio qui se placent dans l’échappée, une étape arrivant au sprint … mais cela annonce la couleur pour la suite des événements, avec des équipiers de la Sky/Groupama/Bahrein/Sunweb pour faire flancher les Mitchelton.

Une nouvelle victoire d’échappée a lieu à l’étape 18, ils sont 12 dans l’échappée, 10 finiront dans le top 10, les deux autres jouant la lanterne rouge. On notera un super duel entre Cattaneo qui s'était blessé en début d'année et Schachmann, le coureur polyvalent qui s’était révélé à la Flèche et portait le maillot blanc en début de Giro. Et c’est Schachmann qui s’imposa à l’usure devant l’expérimenté Plaza qui termine tout en gestion et donc Cattaneo
La 19ème étape étant bien plus folle malgré les circonstances particulières de l'exploit sportif de celui qui a tout fait péter à 80kms de l’arrivée. Les favoris étant isolés si loin de l’arrivée, on a eu le droit à 2h de course épique à travers les Alpes, et des échappés de premier choix

A ce petit jeu, Richard Carapaz profite des calculs des uns et des autres (mais surtout des siens

) pour ne pas prendre de relais au sein de son groupe et aller chercher une 2ème place qui peut se transformer en victoire d’étape, réglant au sprint Pinot et Lopez.
Le lendemain, nouvelle victoire d’un échappée, la quatrième de ce Giro ce qui donne finalement un bilan honnête pour un GT moderne

. Et c’est Mikel Nieve, délesté de la garde de son leader déchu Yates, qui s’impose en solitaire, faisant un gros numéro, mettant ses compagnons d’échapées à plus de 2 minutes (Gesink et Grossschartner)
J'aime bien le classement de la fuga de ce giro qui comptabilise tout coureur ayant mené la course dans un groupe de moins de 10 coureurs (sinon on juge qu'il est planqué comme dans un peloton) et pour une distance supérieure à 5kms (sinon on compte les attaques de Yates ou de Bennett dans le dernier km
Et a ce petit jeu-là, on retrouve 4 coureurs avec plus de 400kms d'échappée sur ce Giro, tous roulant pour des conti italiennes (Frapporti d'Androni, Barbin de Bardiani, Zhupa et Mosca de la Wilier). Il valait mieux être échappé en début de giro pour jouer ce classement
Le détail du classement :
Par équipes : Androni est l'équipe la plus offensive de ce Giro, avec 1724kms parcourus en échappée, devant Wilier qui passe la barre des 1000kms. Trek et Ag2r sont les plus offensives parmi les WT avec plus de 500kms à l'avant et seule la Groupama-FDJ n'a pas été comptée. Mais si Froome est disqualifié, l'échappée de Pinot et de Reichenbach pendant 80kms après le finestre leur fera faire un bond au classement
Le détail du classement par équipe