"Vous vouliez notamment plus de responsabilités, plus de liberté dans le choix de votre programme de courses. Est-ce que cela correspond à vos attentes ?
Non. C'est un peu compliqué sur ce plan. J'avais un calendrier préétabli et des choses ont changé très vite. Forcément, il y a un peu de déception car j'envisageais autre chose. Au bout d'un mois, on ne peut pas changer le programme d'un coureur alors qu'on n'avait pas signé pour ça.
Vous en avez discuté avec vos dirigeants ?
Oui mais ce qui est difficile, c'est la barrière de la langue. J'ai bien progressé en espagnol, j'ai pris des cours, je me suis investi et je comprends presque tout mais quand je veux m'exprimer un peu, que j'ai envie de m'imposer, je suis limité, c'est un peu merdique pour s'intégrer. Les Espagnols sont un peu ensemble, tout est en espagnol à la radio et c'est compliqué lors des moments importants en course. J'avoue, c'est un peu flou."
"Qu'en est-il du Tour de France ?
Le Tour, je ne sais pas encore. C'était acté mais pour l'instant, je n'ai plus trop de nouvelles. C'est ce que je regrettais chez Quick Step, On me changeait mon programme et je n'arrivais pas à me concentrer sur des objectifs. Et on repart dans le même sens. J'ai reconnu les chronos du Tour, ils sont super sympas, il y a d'autres belles étapes... Et je sais qu'une victoire sur le Tour, cela peut changer une carrière. Si je ne fais pas le Tour, cela peut me mettre un coup de massue. Mais je ne perds pas espoir. Même si je n'ai pas été glorieux cette saison, je sens que je monte en puissance et, en électron-libre, il suffit d'une étape pour changer une saison et passer du rouge au vert. J'avais changé d'équipe pour modifier mon programme et j'ai l'impression d'être toujours chez moi (sourires). Je n'avais pas signé pour ça.
Ne pas disputer la Grande Boucle pourrait impacter aussi votre préparation pour les Jeux...
Cette année, ce sera compliqué. En terme de résultats, il faut être honnête, je ne suis pas au niveau. Je ne mérite pas pour l'instant cette place aux Jeux. Le gars qui va courir le chrono va aussi disputer la course sur route, il faudra être performant. On est en contact avec Thomas (Voeckler, le sélectionneur), je serai honnête avec lui comme il l'est avec moi. On verra ce jeudi, déjà, sur une distance similaire au chrono des Jeux, un vrai contre-la-montre qui me correspond mieux que des prologues de cinq ou six bornes comme en Romandie ou en Mayenne. Même si ce n'est pas une excuse. J'ai besoin d'un déclic, c'est nécessaire dans ma tête.
À 28 ans, n'avez-vous pas pris le risque de tout changer, d'équipe mais aussi de matériel (il est passé de Specialized à Canyon) et d'entraîneur (de Franck Alaphilippe à David Barranco) ?
Avec Specialized, au bout de sept ans, j'étais bien posé, je faisais des tests en soufflerie chaque année car j'avais mis du temps à trouver ma position en contre-la-montre. Là, j'ai tout changé, on est reparti de zéro mais, même avec les cotes de mon ancien vélo, ce n'est pas parfait. J'ai encore du mal avec ma selle, j'ai des douleurs sur mon assise et en contre-la-montre, c'est un peu la cata. Je suis venu dans l'équipe pour évoluer, passer encore un cap en chrono et au final, j'ai dégringolé en quelques mois. Je ne suis pas là pour faire un top 50 au Tour de Belgique (61e au général), ce n'est pas ma place, ce n'est pas ce que je vaux. Mais cela n'affole personne à part moi. Il y a des soucis à ce niveau. Apparemment, ils vont se bouger, au bout de six mois. On va voir. Je ne vais pas baisser les bras car j'ai trois ans de contrat, sinon ça va être long. Il faut communiquer, c'est la base de tout, comme dans un couple, et avancer ensemble. Pour l'instant, ils ne m'apportent pas, je ne leur apporte pas, c'est compliqué."