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El_Pistolero_07 a écrit : 15 oct. 2017, 10:09
Hé bien ! On peu dire que t'as fais un sacré périple quand même. Du coup, je comprend pourquoi t'as pas trouvé la Hongrie si pauvre, car vu comment est la Roumanie et la Bulgarie, ça doit faire bizarre de se retrouver dans de tels pays.
C'est vrai qu'après coup, on peut noter une grande différence, mais quand j'étais sur la route, c'était très progressif si bien que je me suis habitué petit à petit aux différences (les routes, la conduite des voitures, la nourriture ...) et comme je recherchais ce dépaysement, ce n'était pas subi donc je ne me rendais pas spécialement compte des difficultés, je cherchais à m'en accommoder autant que possible. Mais la Bulgarie est le pays où j'ai le plus souffert au niveau de l'eau et de la nourriture car il est très difficile de se ravitailler dans la campagne !
loloherrera a écrit : 14 oct. 2017, 22:58
'Tain, c'est pire que le Dakar des années 80...tu dois avoir un bon sens de l'orientation
+1
Ton récit est vraiment excellent (mais l'aventure est aussi exceptionnelle !)
Franchement un grand moment d'aventure et de passion cycliste sur VCN !
Merci ! Pour le sens de l'orientation, je fais beaucoup avec le soleil puis j'ai essayer ensuite de repérer les numéros des nationales pour aller de ville en ville (même si on ne peut pas toujours le faire à vélo).
Ca vaut le coup de partager car il peut y avoir des forumeurs qui reprennent à leur manière, le flambeau, pour nous faire découvrir d'autres pays pourquoi pas
Суроворо (Surovoro) (Bulgarie) – Созопол (Sozopol) (Bulgarie) : 166 kms, D+ 1394, difficulté 2/5
Je franchi une côte dans la matinée puis une autre à midi pour rejoindre Bourgas dans l'après-midi puis je suis le littoral, c'est tout plat !
Village-départ : Suvorovo
Suvorovo est une ville à 35kms à l'ouest de Varna à 35kms et donc de la mer. La population est de 4700 habitants et de ce que j'ai vu, il y a beaucoup d'industries car nous sommes proches de l'autoroute reliant Varna et la capitale Sofia. La ville se nommait auparavent Kozludja puis Novgradets pendant la période communiste. Elle porte dorénavant le nom du généralissime russe Alexander Suvorov, dont les faits d'armes datent de la guerre Russo-ottomane à la fin du XVIIIème siècle
La place du village
L'église de Surovoro. Il y a également un musée d'histoire à Surovoro mais le bâtiment ressemble à une barre d'immeuble HLM
Comme le but du trajet est de longer la mer noire, je vous mets des photos de Varna, qui est impossible à traverser à vélo (d'après google maps et j'ai pas souhaité vérifier tant le détour est énorme) car c'est un des ports les plus importants de la mer noire et seule une autoroute permet de traverser un bras de mer (Chomomorsk Varna) qui s'étend jusqu'à ... Padina que je traverse dans la matinée. Donc il n'y avait pas moyen de passer plus près de la mer.
La cathédrale de Varna
Le littoral près de Varna (photoshopé par "Visit Bulgaria Today )
Le jardin maritime de Varna
La chanson du jour :
Pour une fois je vous mets une photo de mon refuge de la nuit, idéalement abrité de la pluie et du vent (j'étais fier d'avoir trouvé un tel endroit au milieu de la campagne bulgare ). Pas de chance pour le vélo, l'avant prendra la pluie donc je couvre les cocottes avec la bâche de mon sac car il faut ménager mes câbles qui doivent tenir la distance eux aussi !
Hier, j'ai dû quitter la côte pour prendre des routes de campagnes plus sûres. Aujourd'hui, l'objectif est de la retrouver une dernière fois avant de prendre la direction de la Turquie . Je vais m'arrêter prendre le petit déjeuner à hauteur de Devyna, sur la nationale 2 (axe Varna-Sofia) où je suis sûr de trouver une station service et donc à manger et un café. Je profite de cette pause pour charger mon portable tout en faisant mon itinéraire jusqu'à Bourgas, la prochaine grande ville, à 100kms de là. Pendant que je déjeune, j'observe le chien qui veille sur la station : il se jette sur toutes les voitures qui repartent . Je vais donc devoir ruser et atteindre qu'il ait le dos tourné pour repartir .
Les paysages de cette matinée, aux environs de Sindel, toujours aussi vert que la veille, avant d'entamer les difficultés du jour.
Par la suite, j'ai dû mal à traverser les montagnes (petites côtes pour certains, je ne monte qu'à 400m d'altitude) en milieu de journée. Je décide à Dolni Tchiflik de ne pas prendre le littoral et de persévérer jusqu'à Bourgas par ces petites routes, car je peux y rouler tranquillement et toutes les routes sont bitumées, à l'ombre, dans la forêt. Le problème, c'est qu'en m'éloignant des routes touristiques, il n'y a plus que des inscriptions en cyrilliques. La route est escarpée et me voilà déboussolé.
Au sommet d'un col, dans un village, je prend mon bloc-note, et tel Daniel Jackson découvrant une nouvelle civilisation dans une planète lointaine, je me mets à déchiffrer . L'alphabet cyrillique est contre-intuitif pour moi : les lettres sont très similaires à l'alphabet latin mais ne se prononcent pas pareil. "Козница" "Бургас" (Biprac ? Non Bourgas ) "Господиново" "Чолакова чешма". Des noms à coucher dehors, imprononçables. Je prends toutes mes précautions pour choisir la bonne descente à ce col . En m'étant trompé la veille dans pareille situation, j'avais dû remonter une seconde fois un autre col. Sous le regard d'une veille dame à son balcon, j'épèle lentement Bourgas, ça doit être par là . J'ai la confirmation amusée de la dame. Je peux descendre vers la mer noire!
La montagne bulgare
La plage de Bourgas
J'arrive à Bourgas en fin d'après-midi, où je vais faire une longue pause cocktail vitaminé sur la plage . Je suivrai la plage quelques kilomètres puis sors de la ville, toujours sur une piste cyclable. Le premier itinéraire devait me faire prendre une route allant vers le sud-ouest de Bourgas pour trouver la frontière turque à Lesovo/Hamzabeyli mais je veux profiter de la mer, et j'ai du temps devant moi !
Le choix de la piste cyclable semble bon, je peux rouler sans les mains, chanter sans être inquiété par les poids lourds même si ma moyenne journalière s'en ressent . Soudain, je vois un, puis deux cyclistes rouler sur la 4 voies;, à ma droite . Pourquoi n'ont-ils pas pris la piste cyclable? Certainement n'ont-ils pas confiance en leurs pneus . Je continue, ayant confiance en ma machine, et puis j'ai déjà fait 10kms, pas envie de faire demi-tour pour prendre la nationale! Sans prévenir, quelques kilomètres plus loin, la piste cyclable s'arrête à un hôtel – plage privée. Le cul de sac .
La réserve naturelle de Poda, au sud-est de Bourgas, qui est plaisante à visiter ... en VTT pour les autres, c'est la 4 voies
Etant à gauche de la route, je demande au gérant où je peux traverser la 4 voies, pour me positionner sur la droite de la chaussée. Grosse galère : il y a un pont à 1km en suivant une route de randonnée, menant à une rivière (visible sur la carte à l'est de Kraymorie). Là, je dois passer à guet, sous un pont pour ensuite l'escalader jusqu'à atteindre la route . J'y vais donc. Passe un grillage, glisse à travers les mauvaises herbes (vélo à la main) pour arriver au niveau de la rivière. Le plus dur est de monter, c'est sportif car le pont est 3-4m plus haut (c'est jouable) je dois donc soulever/balancer le vélo jusqu'en haut, et j'ai mes cales donc peu d'adhérence. Bref, si j'avais su, j'aurai fait comme les cyclistes du coin . J'arrive tant bien que mal en haut, attend de longues minutes qu'il n'y ait plus de voiture pour m'élancer .
Je me mets en position de CLM jusqu'à Sozopol, où je trouve un hôtel vraiment pas cher, près de la mer. En plus, le gérant parle français, qu'il a pu apprendre à l'époque du communisme . Il me conseille un restaurant pas cher pour mon repas de ce soir! L'hôtel et le repas complet pour 20 euros. Vive la Bulgarie ! (par contre le wifi pour donner des nouvelles après deux jours galères, c'était pas ça )
Demain matin, j'espère profiter du littoral avant d'aller chercher la frontière turque
Dernière modification par Le sucre sportif le 07 août 2018, 00:33, modifié 2 fois.
Quand je pense qu'il y en a qui font mumuses sur des plages en jouant les pseudos aventuriers/survivors pour une émission télé...alors que d'autres traverse des guets et montent des petits murs avec un vélo.
Vendredi 16 Juin : Etape 25 : Une lointaine frontière !
Созопол (Sozopol) (Bulgarie) – Kırklareli (Turquie) 146kms, D+ 2536m, difficulté 5/5
La première véritable étape de montagne du voyage avec plus de 2,5kms de dénivellée
Village-départ : Sozopol
Sozopol est une station balnéaire au sud-est de la Bulgarie de 5000 habitants. La côte à cet endroit alterne les plages et les caps rocheux, avec des îlots. L'architecture de la veille ville date de l'antiquité tardive, avec des maisons traditionnelles en pierre et en bois que l'on retrouve dans tout l'ancien empire byzantin. Mais Sozopol a particulièrement bien préservé ces maisons qui font sa particularité.
La presque-île de Sozopol
La porte de l'enceinte byzantine qui mène vers la plage
Maison traditionnelle avec la barque qui va bien
La vieille-ville
La chanson du jour :
La veille, alors que je reprends contact avec le monde réel grâce à internet, on s'inquiète pour moi de la canicule. Je rassure comme à mon habitude en affirmant que j'ai été plus dérangé par la pluie il y a deux jours et que le vent de côté le long de la mer noire me rafraîchissait. Donc même si le thermomètre s'affolait, je roulottais tranquillement à l'ombre dans la forêt, ou à travers le vent du littoral . La canicule se gère bien à vélo : il suffit de boire plus que d'habitude, de bien ventiler en ouvrant le maillot et en roulant vite (enfin, aussi vite que possible), et de ne pas oublier les lunettes et la crème solaire. Et puis ça fait un mois que je suis parti, je suis habitué à passer des nuits à 10°C et des journées au-delà de 30°C, pas de soucis. Mais tout ceci ne veut rien dire quand on s'attaque à des cols
Je pars comme d'habitude à la fraîche, je fais un petit tour le long de la mer, il fait beau. Je suis comme un touriste en vacances
En balade le long de la via pontique, à Kavatzite-Piasachni Diuni
Je pourrais foncer comme la veille sur la nationale 99 mais je décide de faire un détour le long des plages entre Sozopol et Tsarévo. Je vais même passer entre l'étang d'Alepu et la mer, il est tôt et les vacanciers faisant grasse mat', je suis seul sur la route, je profite .
Alepu, avec vue sur les prochaines difficultés !
Je vais une dernière pause à Tsarévo, dans un parc agréable avant de prendre la direction du sud-ouest et de la montagne, car suivre le littoral après Tsarévo est une impasse ...Je vois à ma droite les montagnes que je devraient traverser pour arriver en Turquie.
Je ne le savais pas mais c'est la dernière ville avant de m'isoler dans la forêt montagneuse sur près de 50kms
Je monte progressivement jusqu'à atteindre un plateau dans la forêt. Il commence à faire chaud mais la pente n'est pas très dure, je peux gérer, et j'ai le vent favorable aujourd'hui
J'avais noté quelques villes sur mon bloc notes. J'arrive à Balgari, et je ne vois aucun commerce, aucun service. Les maisons semblent abandonnées, sans vie. Je commence à être à court d'eau. Pour la nourriture, j'ai toujours du pain complet sur moi et des fruits secs, mais je ne sais pas combien de temps je vais tenir...
Pourtant ... que la montagne est belle
Le village suivant est Kondolovo. Rebelotte, pas moyen de se ravitailler et la prochaine ville est bien plus loin, c'est en fait la ville aux abords de la frontière turque, au niveau du deuxième col
Je vais donc faire du rationnement : il me reste un bidon je dois tenir les vingt prochains kilomètres comme ça. Rien d'insurmontable sauf qu'il y a un col à franchir ... j'entame une descente mais la chaussée n'étant pas en bon état, je suis sur les freins, et passe les virages quasi-arrêté, de peur de me prendre un nid de poule (et comme avec mon sac, je ne peux pas sauter comme Nibali, j'assure ) et j'arrive au niveau du parc de Stradja. Miracle, il y a un hôtel/restaurant, au milieu de la montagne . Il est 14h, j'en profite pour prendre une soupe et une salade, histoire de me réhydrater et je prends mon temps, j'ai eu de la chance et cela compense le manque de ravito des villages précédents !
Vue panoramique du parc de Strandja que je traverse dans la journée
Après manger, et avoir attendu que les heures les plus chaudes passent, j'attaque le premier col : je mets mon plus petit plateau, le pied est difficile. Je gère comme je peux mais il est déjà 16h, j'aimerai activer pour arriver en Turquie avant la nuit ... La route n'est pas super et je crève vers la fin du col. Je change la chambre à air à l'ombre, ça permet de souffler mais je n'ai plus qu'une chambre à air de rechange maintenant et mes pneus commencent à être bien abîmés après tous les chemins que j'ai traversés depuis la Hongrie ... je commence à redouter, moi qui ait toujours 2 coups d'avance, la prochaine crevaison. La prochaine ville où je suis susceptible de trouver un vélociste est à une journée à vélo .
Je redescends ensuite vers Malko Tarnovo où je vais faire une dernière pause avant la frontière. J'arrive à la frontière vers 20h. Le soleil se couche au loin et la prochaine ville à 45kms, en descente, soit un peu moins de 2h à vélo. Je suis limite...
Arrivée au pays de Mustafa Sayar
Accueilli par Mustafa Kemal Atatürk en personne et l'une de ses nombreuses maximes "Heureux qui peut dire "je suis turc"" (Tant pis pour les autres )
Comme pour les frontières précédentes, je passe la file de voiture, descend de mon vélo pour aller au contrôle "piétons". Mais on ne plaisante pas avec les militaires turcs, je fais la queue comme tout le monde (sauf que les autres sont arrivés dans 30 minutes et qu'il me reste 2h de route ).
A la frontière j'ai le premier vrai contrôle de mon voyage. Je suis français, et un français barbu qui part seul en Turquie n'est pas bienvenu dans un pays où la menace terroriste est omniprésente (ce que je comprends parfaitement). On me demande ce que je compte faire en Turquie. J'ai sincèrement du mal à expliquer les raisons de mon voyage . Heureusement, j'ai déjà séjourné en Turquie, donc je baratine sur le fait que je veuille y revenir. La vérité, c'est que j'ai vu la mer noire, et que maintenant, je veux aller voir la mer Egée
On m'invite à déballer mon sac au deuxième poste de contrôle. J'y vais, et je dis qu'on m'a déjà fouillé au premier poste Ca passe, mais il est maintenant tard et le soleil se couche. Je vais donc descendre jusqu'à Kirklareli pour trouver un hôtel.
La route du côté turc est parfaitement bitumée, il y a une bande d'un mètre de large sur le bas-côté, propre, où je peux rouler en toute sécurité . Ca me change de la Bulgarie ! Après quelques kilomètres je vois devant moi une camionette s'arrêter. Je suis méfiant. On me propose de monter pour faire quelques kilomètres. Je refuse poliment, ça serait dommage de tricher, qui plus est sur une portion en faux-plat descendant ! Je trouve un hôtel après 22h au centre-ville mais c'est Ramadan et tout est fermé. Je trouve finalement un kebab. Va pour cette fois, j'ai des kilos à reprendre !
Après avoir fait le profil, je me rends compte que j'ai passé là une des étapes les plus dure de mon voyage. Pourtant, après avoir vu un panneau indiquant que la frontière était à 800m d'altitude, et avoir eu l'impression d'avoir monter deux cols HC, je suis particulièrement déçu, sportivement parlant de cette journée.
Dernière modification par Le sucre sportif le 07 août 2018, 00:50, modifié 4 fois.
AlbatorConterdo a écrit : 16 oct. 2017, 21:48
Pourquoi déçu sportivement ?
Tu pensais rouler plus vite ?
Je me suis trop focalisé sur la distance (150kms) alors que j'ai eu l'impression d'en faire plus de 200 ... parce que je ne savais pas que j'avais fait beaucoup de dénivellée. En comparaison, dans la forêt noire, je suis aussi monté à 800m d'altitude, mais j'avais fait plus de distance, car la route était plate en fin de journée.
Il y a aussi la crevaison, j'avais espérer être plus proche d'Edirne pour pouvoir me ravitailler et trouver un vélociste. En fait, je roulais jusqu'à la mer noire avec un vent favorable, et me voilà maintenant avec des vents de côté, ce qui fait que je vais moins loin : j'ai perdu quasiment une journée sur mes prévisions, en plus du moral en dent de scie. Suivant mon humeur, et mon rythme, j'ai l'impression que ça me sera facile de rentrer en France mais quand je me retrouve avec des cols ou des vents moins favorables, je doute, comme ça m'est arrivé ce soir-là.
loloherrera a écrit : 16 oct. 2017, 22:56
C'est pire qu'au Tour, faut attendre un mois pour voir la première étape de montagne
Quel périple quand même, et à chaque fois un plaisir de découvrir une nouvelle étape.
J'ai pris exemple sur les organisateurs du Tour
trois premières semaines plutôt plates, avec de longues distances, un vent favorable. Le retour sera plus escarpé, surtout la Grèce, l'Albanie et l'Italie
J'aurais bien aimé voir les pros faire mon parcours avec des étapes de 200-250kms, le tour de l'UE ça aurait de la gueule et vu le parcours, Sagan aurait pu passer à domicile avec le maillot jaune
Dernière modification par Le sucre sportif le 19 oct. 2017, 17:47, modifié 1 fois.
Kirklareli, ou Lozengrad en bulgare (la ville du vignoble) est une ville Turque du nord de la Thrace, la partie européenne de la Turquie. Elle se nommait la ville aux quarante églises sous l'empire byzantin, d'où vient peut-être son nom en turc également
J'arrive le soir où je trouve un centre-ville festif, il faut dire que c'est la période du Ramadan. La ville est au pied des montagnes que j'aie traversé la veille et auxquelles je vais tourner le dos aujourd'hui, pour prendre la direction d'Edirne, capitale de la Thrace, près de la Grèce.
Une mosquée avec son architecture en forme de dôme, comme on en voit fréquemment en Turquie.
La place principale de la ville, qui me rappelle que l'armée a une place prépondérante dans les régions frontalières de la Grèce et de la Bulgarie.
La chanson du jour :
Je me lève et me remets en selle. Mais je ne suis pas confiant : la veille j'ai crevé, et je n'ai plus qu'une chambre à air en réserve. Je prend la route pour Edirne, où j'espère trouver un vélociste pour éviter tout problème. Le temps est menaçant. Je prend les petites routes pour éviter le trafic et rouler tranquillement. Sauf que je crève peu avant Süloglu. C'est une crevaison lente. Je rejoins le village en regonflant de temps à autre ...
Le barrage de Süloglu. Les paysages deviennent plus arides comparés aux forêts bulgares, les paysages autour de moi me semblent de plus en plus méditerrannéen
J'arrive à Süloglu vers midi, j'ai bien traîné car je ne suis pas motivé aujourd'hui (l'étape de la veille a fait des dégâts ...). Arrivé dans la ville, on me fait signe de venir prendre le thé . J'accepte et prend de quoi manger dans une épicerie. Je ne comprends pas pourquoi ils ne font pas le ramadan mais je partage ma pause avec des gens du voyage, qui ne sont pas musulmans . Tant mieux car ça m'aurait gêné de manger autour de personnes tentant de jeûner avec ces températures caniculaires ... Les enfants du village souhaitent jouer avec mon vélo. Je les préviens qu'ils peuvent se faire mal, et que le vélo est en sale état. Je les vois essayer de grimper sur le vélo, peinant à poser le pied sur la cale automatique. Tout ça pour se rendre compte que le pneu est à plat . Bonne ambiance, j'oublie mes soucis un instant.
Avant de repartir, je change la chambre à air, mais aussi le pneu arrière qui est bien entamé par des petites coupures provoquées par les petits cailloux sur lesquels j'ai pu rouler. Je garde ma chambre à air, c'est une crevaison lente, si jamais j'ai une nouvelle crevaison, je la remettrai (on ne sait jamais)...
Sur la route, je tombe sur un panneau touristique "Vienne-Istanbul, la route des Sultans". Et je revois l'itinéraire que j'ai effectué à travers la Hongrie, la Roumanie et la Bulgarie, comme les empereurs ottomans jadis. Voilà de quoi retrouver le moral et redonner de "l'épique" à mon périple
Voilà qui donne de l'épique au voyage !
Cet après-midi, le ciel s'obscurcit. J'arrive à Edirne entre deux averses, et prend un hôtel direct près de la mosquée. Ça ne me dérange pas d'habitude de rouler sous la pluie, mais les averses orageuses l'été, c'est autre chose que la fine pluie printanière, et j'ai toutes mes affaires dans mon sac, je n'ai pas envie de mouiller mes papiers entre autres . Ma priorité, en plus de faire une machine, est de chercher sur internet un vélociste. J'en trouve un de l'autre côté de la ville où je vais acheter deux pneus, deux chambres à air, de l'huile pour graisser la chaîne (je commençais à être en rupture d'huile aussi), des cales . Me voilà soulagé. Le vendeur m'explique qu'il organise des cyclos en Turquie et dans les Balkans, et que de nombreux cyclotouristes viennent chez lui, sur la route d'Istanbul. Il héberge également des cyclotouristes, et me propose une chambre pour la nuit. Trop tard, j'ai déjà pris un hôtel, et mon vélo y est.
Belle surprise de trouver un club de cyclisme ici
Il me conseille d'aller à son appart' où un autre forçat de la route se repose. C'est là que je tombe sur Daniel, un cycliste français qui a décidé de suivre le Danube, comme moi, mais en sens inverse . Il est parti de la rive asiatique d'Istanbul. Pour avoir vécu 6 mois à Istanbul, je suis impressionné! Je n'aurai pas osé aller jusque là-bas. Il a été escorté par un membre du Trakya Bisiklet depuis l'aéroport sur la rive asiatique d'Istanbul jusqu'à Edirne, vraiment super ce que fait ce club! C'était une belle rencontre, car après un mois de route, j'ai perdu la foi et la motivation que j'avais au début. Ca me regonfle à bloc .
Je reste la soirée à Edirne donc, nous sommes samedi soir, c'est le ramadan, et je profite de l'Iftar (rupture du jeûne). Je vois les musulmans s'installer autour de la grande mosquée, repas et bouteille d'eau à la main, attendant que le soleil se couche. Moi, je cherche un bon repas pour reprendre des forces avant les prochains jours. Je trouve ce que je mangeais après le sport en Turquie : 1/4 poulet double ration de riz pilaf et ayran. Si je pouvais manger ça à chaque repas, je passerai la barre des 250kms à coup sûr
Je quitte le restaurant et prend un café turc en face de la mosquée, je profite. "Keyfim" comme on le dit ici . C'est en quelque sorte une demi-journée de repos pour moi, avant de prendre le chemin du retour dès demain !
Dernière modification par Le sucre sportif le 07 août 2018, 04:34, modifié 2 fois.
damienleflahute a écrit : 17 oct. 2017, 19:19
Le mec fait un titre racoleur pour une étape de 69 bornes sans encombre majeure!
C'est vrai que vu la distance, j'aurai pu finir l'étape à pied, j'avais le temps
Nopik a écrit : 17 oct. 2017, 21:01
Tu as enfin fait quelques rencontres
Ca faisait longtemps que je n'avais pas vu un français Il y avait dans son discours et son regard cet enthousiasme que l'on a au début Il m'a rappelé pourquoi j'étais parti, me revoilà motivé à bloc pour mon prochain objectif : le mont Olympe
Edirne, en grec Adrianopolis est une ville de la Thrace Turque, d'environ 150 000 habitants. Elle se trouve à la bordure de la Grèce et de la Bulgarie. C'est une ville qui a beaucoup de mosquée, dont la plus célèbre est la mosquée de Selim, qui a été construite en essayant de faire une coupole encore plus grande que la basilique Sainte-Sophie d'Istanbul
La ville est traversée par le Meriç que je vais suivre dans la journée et qui fait office de frontière entre la Turquie et la Grèce.
Le pont traversant le Meriç.
La chanson du jour :
Mon prochain objectif sportif est le mont Olympe . Pour y aller, je vais longer la frontière Gréco-turque, côté turc car tout y est écrit en latin et que je parle un peu turc. C'est toujours plus rassurant en cas de pépins. Je repars, il est dimanche matin et c'est très calme sur la route menant vers Istanbul. Je trouve une station de lavage pour les voitures, je vais en profiter pour nettoyer mon vélo et graisser la chaîne avec l'huile que j'ai acheté la veille, car les averses l'ont bien sali. Voilà mon vélo comme neuf, et moi aussi, après avoir bien récupéré la veille
Je fais donc quelques kilomètres sur la nationale menant vers Istanbul puis prend la direction du sud à Tayakadin. Je passe alors par des petites routes, allant de villages en villages le long de la frontière (car je suis quelqu'un de curieux, je voulais voir la réalité sur l'immigration dans cette zone sensible). Je remarque que les routes sont en très bon état : la zone est tellement militarisée que le nécessaire est fait pour ne pas ralentir les armées en cas d'intervention. Partout, des affiches m'interdisant de prendre des photos . Je vois la Grèce derrière la rivière, cela m'a l'air assez vallonné là-bas alors que de mon côté, c'est plat et je ne vois que des champs de maïs à perte de vue.
La frontière à Üzünköprü (signifiant le pont du visage) où je mange le midi.
Je me perds un peu après la pause midi (comme d'hab') car au lieu de prendre en direction de la ville de Meriç, je cherche à rejoindre Ipsala par le chemin le plus court (tout en évitant la nationale allant à Kesan, et qu'empreintent les voitures souhaitant aller à Alexandroupolis, comme moi). La route devient de plus en plus gravillonnée, de moins en moins praticable . Je me perds aux alentours d'Ibriktepe, dans un coin joliment vallonné (Tepe étant l'équivalent de Berg en turc ) avec une vue au loin sur la Grèce encore plus montagneuse.
En fait, je suis contraint au demi-tour à la fin d'une courte mais raide descente menant vers une route tout en gravillons. Je vois le prochain "village-objectif" à à peine deux kilomètres. A pied c'est trop. Demi-tour, je revois dans le village précédant les habitants qui m'avaient conseillés pour ma route, ils en sont tout autant déçu que moi . J'ai pu voir grâce à une superbe vue au sommet d'Ibriktepe sur la région, mon nouvel itinéraire bis. Les habitants de la région sont très accueillants et souhaitent aider le voyageur, mais ont tendance à mal le prendre quand on refuse de prendre le chemin conseillé . Je repars car je vais faire 7kms en arrière pour reprendre une route plus empruntée par les voitures, mais plus sûre pour mes pneus.
Le centre-ville d'Ipsala
Peu avant Ipsala, je reprends une route nationale, celle partant de Kesan allant vers la Grèce. La route est large, et le temps commence à s'adoucir, les locaux sortent des cafés/thés pour profiter du soleil devenu plus clément . Je reste sur une sorte de périphérique, les paysages arides à ma droite (où se trouve la Grèce) me plaisent, tout comme les mosquées de la ville à ma gauche . Je tourne ensuite à droite vers la frontière, et pendant 10kms, il n'y a plus rien : je vais vers l'U.E., et peu de personnes ont le droit de traverser la frontière. Résultat, je suis sur une quatre voies, en travaux, et rien ni personne à l'horizon . Avant la douane, un vendeur de simit, sorte de pain de céréales en forme de donut, avec des graines de sésame. J'en prends suffisamment pour tenir jusqu'à la prochaine grande ville, Alexandroupolis, à 50kms. On ne sait jamais, les contrôles à la frontière peuvent être long et la faim ne prévient pas
A la frontière, que j'atteins en fin de journée, les soldats turcs sont tendus. Il y a de nombreux camions attendant sur un pont étroit le feu vert pour passer en Grèce. Pas envie de doubler sur la voie opposée, je passe le pont à pied, sur le trottoir, vélo à la main. Arrivé au poste de garde grec, ambiance différente: un soldat grec me lance avec enthousiasme et avec un fort accent "you have to rrrride my frrriend" . Même tension certainement que du côté turc, à attendre tout la journée debout en plein soleil, mais j'ai senti les grecs un brin plus philosophes. J'ai appris cet été, en revenant en Turquie, que ce pont était bourré d'explosifs, prêt à exploser à la moindre attaque . Je ne sais pas comment les soldats font pour rester tranquille dans ces conditions. Eux aussi doivent certainement "débrancher le cerveau".
Comme à chaque frontière, on me rappelle qu'il ne faut pas aller trop vite
Après la frontière, me voilà dans la même situation qu'en Hongrie : je n'ai pas trouvé de bureau de change pour obtenir des euros à partir de mes lires turques, ni de banque pour prélever un peu d'argent. Et il n'y a rien sur la route avant Alexandropolis, à 50 bornes de là. Donc je vais un peu galérer pour le ravitaillement que je vais atteindre à la nuit tombante. Je vais faire environ 20kms sur une petite route parallèle à l'autoroute, le temps est menaçant. J'ai un vent de 3/4 dos, qui poussent les nuages vers moi, je fais vite pour essayer de les passer par la droite, avant qu'ils ne recouvrent la route . C'est réussi ! 10Kms après la photo, derrière moi, les nuages noirs ont pris place, et il n'y a pas grand'chose pour s'abriter dans les parages. Je vois de nombreux véhicules militaires faire l'aller-retour entre Alexandroupolis et le frontière. La route est large, aucun soucis pour moi.
Vue sur l'île de Samothraki (la colline au loin). A droite, les nuages gris que j'évite de justesse
La nuit, après avoir mangé une pizza en ville, je suis à la recherche d'un hôtel, empruntant un "trottoir cyclable". Troisième chute à signaler, comme les précédentes, à l'arrêt, en cherchant mon chemin, tête en l'air. Je ne verrai pas l'obstacle devant moi et tombe sans dommage. Un classique. Un passant me relève et m'indique un camping en bord de mer à 2kms en sortant de la ville. Je vais donc dormir sur la plage du camping, abrité par les thuyas du vent pluvieux. Parfait, le sable, c'est plus confortable que le bitume ou la caillasse, et moins humide que l'herbe ou la terre . Je m'endors bercé par les vagues. L'averse que je souhaitais éviter passe pendant la nuit, je vais alors me réfugier sous un porche où se trouve mon vélo pour finir ma nuit au sec
Dernière modification par Le sucre sportif le 07 août 2018, 04:40, modifié 3 fois.
AlbatorConterdo a écrit : 18 oct. 2017, 20:43
"mais j'ai senti les grecs un brin plus philosophes"...ouais, bah, ils pratiquent depuis un moment, hein...
D'ailleurs, Le Sucre aurait été inspiré de dormir dans un tonneau plutôt que sur la plage pour leur rendre hommage.