en effet, Super-Cuvet, Moser n'a pas accompli ses performances sur la même piste que Merckx et Ritter. Il s'agissait de la piste du centre sportif de Mexico en béton où Oersted avait battu le record amateur et non de la piste olympique \"Agustin Melgar\" en bois. Il y a fait mettre un revêtement plastique dans le bas pour réduire les frictions, je pense.
Je n'ai pas évoqué l'altitude car à tort peut-être, l'UCI n'a, à ma connaissance, jamais légiféré sur ce sujet. Dans tous les cas, Ritter n'avait rien fait d'illégal même si il est vrai que l'altitude lui donnait naturellement un avantage considérable sur ses prédécesseurs et les effets de l'altitude sont comparables à un vélo aérodynamique mais l'UCI ne parlait que d'amélioration de la pénétration dans l'air sur le vélo lui-même et non sur la planète (encore une fois, c'était sûrement une erreur mais c'est ainsi). Du reste, il y avait un précédent avant Ritter, Willie Hamilton qui battit le record à Denver, au XIXe siècle. Naturellement, de l'eau avait coulé sous les ponts et tout le monde l'avait oublié en 1968. Les performances de Moser sont beaucoup plus contestables par rapport au règlement de l'époque. Il y a un article intéressant sur ce forum (en anglais), datant de 1985:
http://www.timetriallingforum.co.uk/?showtopic=29515
On peut noter que les défenseurs de Moser jouent sur le fait que le règlement parlait d'accessoires supplémentaires améliorant la pénétration dans l'air alors que les roues sont des composants fondamentaux d'un vélo. Mais, selon l'auteur de l'article, \"the idea that a streamlined component was acceptable provided it was essentially structural to the bicycle and not an addition, provided a nice a nice argument, but was not based on existing rules.\" C'était un bon argument mais n'était pas basé sur les règles existantes.
L'article 49 interdisait l'usage d'écrans protecteurs, de pare-vents ou de tout autre moyen tendant à diminuer la résistance au mouvement en avant...
L'article parle aussi des différentes courses de 1984 où le même type de vélo fut utiliser notamment par Moser lui-même lors du Tour d'Italie et du championnat d'Italie de poursuite, lors du Tour de France où les organisateurs ont du modifier leur règlement pour permettre son utilisation et ensuite lors du Trophée Baracchi où Moser fut associé à Hinault qui avait beaucoup de mal dans la roue de Moser alors qu'on aurait pu s'attendre à l'inverse. Après le Baracchi, l'UCI s'est réunie à nouveau et a décidé de modifier ses propres règles pour permettre l'usage des nouveaux vélos, ce qui signifie implicitement qu'ils reconnaissent que les précédentes règles ne le permettaient pas. En outre, le nouvel article 49 de la fin de saison 1984 semble toujours interdire le vélo de Moser du début d'année puisque s'il permet les roues différenciées, il impose que les roues soient munies de rayons.
Des journalistes belges dont les célèbres René Jacobs et Théo Mathy avaient concocté un \"Dossier record\" basé sur les observations d'un expert - Jean Wauthier - pour obtenir l'annulation des records de Moser mais bizarrement la plainte n'a jamais abouti à l'UCI qui s'est d'ailleurs empressée d'homologuer le record, officiellement dès le mois de mars (la seconde performance datait du 23 janvier) et dès le 18 février, Moser recevait une lettre de félicitations du président de l'UCI, Luis Puig.
Je précise, par ailleurs, que je n'ai jamais dit que Merckx avait un vélo similaire à celui de Coppi mais bien que son vélo n'apportait aucune amélioration du point de vue aérodynamique par rapport à celui de Coppi ou même celui d'Egg et c'est ce qui importait pour l'UCI à l'époque, alors que des vélos au modèle aérodynamique existaient bel et bien, comme ceux qu'ont utilisé Marcel Berthet en 1933 (le vélodyne avec carénage) et Francis Faure en 1933 (le vélo couché) puis en 1939 (un vélo couché et caréné). C'est une erreur que de croire que les coureurs ont toujours eu le droit aux technologies les plus avancées de leur époque pour établir le record de l'heure. Cette épreuve a toujours été strictement contrôlée. Les Merckx, Coppi, Rivière et autres n'ont jamais eu le droit d'enfourcher n'importe quoi. Ce qui ne veut pas dire non plus que toute amélioration technique ait toujours été refusée (article 31 du règlement de 1914 que j'ai mentionné plus haut, le dit clairement) mais dans le cas de l'aérodynamisme, c'était bel et bien le cas.