Je vais commenter principalement l'originalité du jour : Remco.
Superbe course de sa part. Si, dimanche dernier, on nous avait annoncé Evenepoel sur le podium du Ronde, on aurait tous levé un sourcil.
Son début de course est cohérent : il utilise son équipe pour verrouiller l’arrière et éviter d’être mal placé avant le Vieux Quaremont. Mais pour jouer la gagne, désolé, tu ne fais pas rouler Veermersch et Timi. Tu les envoies devant, tu crées du désordre, tu forces Pogacar à gérer plusieurs fronts, à pourquoi pas faire une faute en lui faisant déclencher trop tôt.
Première erreur : rester trop longtemps dans la roue de Pedersen dans le VQ. Van der Poel a immédiatement compris que le Danois allait exploser. Résultat : Remco doit boucher seul un trou pendant deux kilomètres. L’effort lui reste dans les jambes, et le Paterberg arrive trop vite derrière.
Deuxième erreur : il lance son effort trop tôt dans le Paterberg, tente même de déborder Pogacar, et se fait logiquement contrer.
Sans ces deux fautes, il aurait sans doute pu accompagner Pogacar et Van der Poel jusqu’à l’attaque finale du Slovène. Le résultat n’aurait probablement pas changé : troisième place.
Ensuite, il n’y a pas de miracle : il lui manque de la puissance, et beaucoup. C’est mathématique. Pour espérer battre Pogacar et Van der Poel sur ce terrain, il faut un moteur qu’il n’a toujours pas. Evenepoel, déjà bien en dessous de Pogacar dans les cols (il doit naviguer à 50/60 W brutes au seuil), voit cet écart se multiplier sur des efforts explosifs, où son aérodynamisme ne compense plus grand-chose à 30/35 km/h.
Sur Paris–Roubaix, dans une course linéaire, il pourrait peut-être viser une troisième place. Mais en présence de Pogacar et Van der Poel, pas mieux.
Ce qui frappe encore une fois, c’est la capacité de Pogacar à laminer tout le monde sur la fraîcheur, en toute fin de course. L’an passé, on pouvait encore se demander si le groupe de chasse roulait vraiment à fond. Cette fois, plus aucun doute : Evenepoel, systématiquement, n’arrive pas à reprendre du temps à Pogacar sur le plat dans les derniers kilomètres. Finalement, seul Seixas, récemment, a réussi à lui reprendre du temps dans la dernière heure sur le plat, mais sur 200 km.
Van der Poel, lui aussi, a perdu énormément sur les relances après les monts, à deux reprises.
Le seul grain de sable dans la chaussure de Pogacar aujourd'hui, c'était Evenepoel qui l'emmerdait à rester à moins de 30 sec constamment, Pogacar ne pouvait pas avoir sa voiture juste derrière, faut quand même s'assurer une fiole de jus de cornichon pas loin au cas où. C'est d'ailleurs pour cela qu'il se met à visser dans Mariaborrestraat.
A noter, le gainage incroyable de Pogacar dans les monts, il a encore progressé sur cet aspect, Cancellara est battu là.
Sur un autre fil, MajorK remettait en question le statut de meilleur flandrien de l’histoire pour Van der Poel. Mais si tu inverses les tracés du Ronde entre l’ère Boonen et aujourd’hui, tout change. Boonen ne gagne probablement pas son troisième Ronde sur le parcours actuel ; Gilbert aurait sans doute avancé son pic de forme pour viser la victoire plus tôt dans sa carrière. Et Van der Poel, sur l’ancien tracé, en aurait peut-être cinq ou six aujourd’hui. Pogacar, lui, peut-être aucun : les 50 derniers kilomètres de l’ancien parcours étaient moins usants, plus ouverts, bien favorables aux mouvements de course.
Est-ce que Pogacar aurait été assez fort pour écraser Van der Poel sur le seul mur de Grammont ? Rien n’est moins sûr.
Bref, ce tracé est cousu main pour Pogacar qui l'utilise à merveille pour en faire un concours de watts.
Faible pour l'éphèbe, fort pour l'effort.