14. Apo LAZARIDÈS
Probablement le plus gros gâchis de ce classement. Du haut de ses 1m63, Lazaridès se présente comme le disciple de René Vietto auquel il voue une dévotion totale et sans doute excessive.
Il commence par se signaler en 1946 sur les courses qui se substituent au Tour cette année-là. Lazaridès remporte tout d’abord l’étape des Alpes de la Ronde de France dont il prend la 5e place au général avant de s’imposer à la surprise générale dans Monaco-Paris, le "Petit Tour de France" organisé par Goddet. Plus que prometteur à seulement 20 ans.
Il se distingue ensuite sur le Tour 1947 qu’il dispute dans une équipe régionale en réalisant une formidable montée du Galibier. Lancé à la poursuite de Camellini, un honnête grimpeur, il lui reprend pas moins de 8 minutes dans l’ascension ! Hélas, deux crevaisons dans la descente lui font perdre tout espoir de revenir sur la tête et il se classe 3e de l’étape. Dans l’étape suivante, il joue les équipiers de Vietto avec lequel il s’échappe dans le col d’Allos et qu’il accompagne jusqu’à Digne où il se classe 2e derrière son mentor en ayant repoussé le groupe Robic à 6’30.
Intenable, Lazaridès franchit encore en tête le col de Braus le lendemain mais il est rattrapé et dépasser par Camellini dans la descente et se classe encore 3e de l’étape. Dans la grande étape pyrénéenne, il assiste de nouveau Vietto défaillant ce jour-là.
L’année suivante, Lazaridès intègre l’équipe de France sur le Tour mais entre Bobet qui se révèle et Vietto qui croit encore en ses chances, il ne peut jouer sa carte personnelle. L’étape reliant Briançon à Aix-les-Bains, disputée dans des conditions apocalyptiques (Bartali dira ne jamais avoir connu d’étapes aussi difficile), est à ce titre symptomatique. Lazaridès est d’abord contraint d’attendre Vietto en grande difficulté dans le Galibier, ce qui le repousse à plus de 17 minutes de la tête. Revenu à une dizaine de minutes dans la vallée, il est libéré par Vietto dans le col de Porte. Il remonte à la 2e place derrière l’intouchable Bartali auquel il reprend tout de même presque 4 minutes dans l’ascension ! Dans le col du Cucheron, il reprend près d’une minute supplémentaire et pointe à 5’40 au sommet. Son improbable remontée est toutefois interrompue par le DS de l’équipe de France, Archambaud, qui lui demande d’attendre Bobet cette fois !! Lazaridès n’avait aucune chance de reprendre Bartali mais il aurait fini 2e de cette étape extraordinaire autrement.
Quelques semaines plus tard, il profite du marquage entre Coppi et Bartali au mondial sur le difficile circuit de Valkenburg pour mener à son terme une échappée matinale mais il échoue à la 2e place, battu au sprint par Schotte.
En 1949, Lazaridès remporte le Trophée des Grimpeurs puis obtient son meilleur classement sur le Tour en terminant 9e. Dans la grande étape pyrénéenne, il est le seul à pouvoir accompagner Coppi dans le Tourmalet. Tandis que le campionissimo connaît une ascension du Peyresourde difficile (il y est victime d’une crevaison notamment), Apo voit revenir sur lui son frère Lucien et Robic. Alors que les trois s’apprêtent à se disputer l’étape, Apo est renversé par une voiture qui lui écrase son vélo et il termine finalement à plus de 6 minutes après avoir passé toute l’étape en tête…
On le retrouve dans les Alpes, où il se montre le meilleur avec Robic… loin derrière Coppi et Bartali qui dominent leur sujet cette fois-ci.
Encore tout jeune, puisqu’il n’a que 23 ans, on ne le reverra pourtant plus jamais à ce niveau sur le Tour. En 1950, après une belle 2e place au Dauphiné, il disparaît des radars. Manquant de rigueur, d’implication et d’ambition, la suite de sa carrière n’est pas en adéquation avec son incroyable talent.