Le "cyclisme moderne", comme le nomme Bradounet, nous a tellement frustrés de grandes offensives qu'on n'y croit plus. Je respecte trop l'autorité cyclopédique de Bradounet: il m'a déjà gâché mon dimanche

. Hier, il disait que les deux étapes auraient du être inversées, et aujourd'hui, qu'on n'aurait pas du tester le Mont du Chat au Dauphiné, bref, qu'
il ne se passera rien. Et c'est vrai que l'expérience récente n'incite pas à l'optimisme, et donc j'écoute le savant grincheux

. Pourtant:
1° On a quand même sur le papier du très gros pourcentage et du très fort dénivelé, on est très loin des
autopiste de l'ère Pescheux. On conviendra sans peine que c'est une des étapes les mieux tracées des 20 dernières années, et c'est surtout un format tout à fait inédit sur le Tour, donc difficile d'anticiper le scénario.
2° Le Froome en mode cannibale des sommets, c'est une option, et non une garantie. Entre la Vuelta, le Dauphiné et la Planche, il a montré quelques limites. Il peut très bien se prendre un éclat dès le premier mur: il suffit d'un coup de chaud dans ces pentes-là. Je suis sûr qu'il va être testé sur chacune des montées de la journée.
3° La Sky 2017 en version 2011-2016, c'est à voir. Là aussi probable, mais il y a quand même des indices nombreux qui peuvent instiller le doute. Hier, après un gros train, ça termine à 39 dans le groupe favoris, dont 9 de l'échappée, et Froome, Henao, Landa, Nieve et Thomas. On n'est pas sur le ratio 5 Skies pour 15 coureurs au sommet.
4° La configuration du CG est très favorable aux

. On a d'abord 12 coureurs dans la minute, 32 dans les 5 minutes: pour tous ceux-là, le mayoyone est à portée de fusil. C'est quand même une (grosse) source de motivation, de combiner victoire d'étape et maillot de leader. Et pour des Bennett ou G.Martin, ce n'est pas au Mont du Chat qu'ils largueront la concurrence. Puis le reste du peloton est écarté du combat pour le maillot: ça fait un paquet d'ambitieux pour le maillot à pois, capables de servir de relais à leurs leaders.
5° L'étape d'hier. Non, mais quand même

. Faut être un troll pour ne pas admettre qu'elle a été complètement folle et qu'elle va laisser des traces. Après un truc pareil, et avec une belle grimpée qui vous cueille à froid, on peut avoir de très grosses défaillances dès les premiers virages, et c'est par l'état des forces en présence seulement que s'écrira le scénario du jour.
Je refuse de lire les cascades de déceptions anticipées: je préfère garder mes illusions jusqu'à 11h55, et on verra bien.
Pour un cyclisme d'avant-guerre, sauvagement beau, entre Carniole, Cantabrie et Bouches-du-Rhin (avec quelques Abyssins), sans laborantins, dollars, UCI, 4x4 et gagne-petits.