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Modérateur : Modos HP

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Par angelsB
#2702099
Très bonne synthèse des images marquantes de cette époque Nono2956 :super:
Par Crabtree
#2702574
Je ne suis pas d'accord à 100% avec ce qui a été dit. Par exemple, je ne pense pas que l'on puisse dire après les révélations de ces dernières années que le dopage dans les années 1980 ait été aussi "doux" que cela. Nous savons que Francesco Moser a avoué avoir recours aux transfusions sanguines juste avant sa tentative frauduleuse contre le record de l'heure d'Eddy Merckx et que ces transfusions faisait probablement toujours effet un mois et demi plus tard lors de sa victoire à Milan-Sanremo. Nous savons également que les coureurs de la PDM transfusaient également, en particulier les "grimpeurs": Steven Rooks, Gert-Jan Theunisse et Jörg Muller. D'autres se dopaient à la testostérone déjà: Adrie Van der Poel chez PDM ou alors c'était d'autres hormones comme Pedro Delgado. Philippe Bordas prétend que le cyclisme est mort en 1984 avec l'arrivée des vélos aérodynamiques de Moser et son étrange renaissance, un Laurent Fignon "deux fois plus fort qu'il ne l'était en 1983", représentant selon lui des classes moyennes et se moquant du panache d'Hinault, représentant les paysans et les prolétaires, avec l'arrivée de Bernard Tapie dans le milieu, et cetera: http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/ru ... nault.html Je pense qu'il y a du vrai. En outre, je ne crois pas que nous pouvons isoler une année pour situer la généralisation de l'EPO dans le peloton. De 1990 à 1996, chaque année était pire que la précédente. En 1991, Edwig Van Hooydonck remportait son deuxième et dernier Tour des Flandres à 24 ans. Ses meilleurs années étaient censées être devant lui. En 1993, il ne pouvait plus le gagner mais faire dans les 10 premiers du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix, c'était toujours possible, tout comme remporter des semi-classiques. Frans Maassen pouvait accompagner Museeuw sur le Tour des Flandres, sans pouvoir le relayer bien sûr mais il faisait deuxième. Sur les Championnats du monde, Frans était aux avant-postes. Il a laissé partir Armstrong (dont on sait qu'il prenait déjà du lourd) qui était pourtant prenable. Maassen terminera dixième à Oslo. En 1995, plus rien de tout cela n'est possible ou dans tous les cas, très peu. Après un entrainement hivernal de spartiate, Edwig Van Hooydonck parvient tout de même à arracher sa cinquième et dernière Flèche brabançonne, une victoire dont il fut très fier car obtenue aux dépens de deux coureurs de l'est mais sur les classiques, c'est terminé. Même terminer dans les dix premiers, ce n'est plus envisageable. Déjà en 1994, Frans Maassen ironisait sur les performances des Italiens. Avant Milan-Sanremo, il disait (article du Volkskrant le 24 mars): "Je ne sais pas où sont les Italiens. Probablement en train de s'entrainer. Il semble qu'ils ne font plus que cela, désormais." Il terminera 155ième, lui le deuxième de l'épreuve en 1989. En 1995, il court ce qui était selon lui son meilleur Liège-Bastogne-Liège et termine 38ième à un quart d'heure de Mauro Gianetti qui a soudainement découvert qu'il était capable de gagner une classique. Frans était 18ième à un peu plus de deux minutes d'Argentin en 1991. À la fin de cette saison 1995, Frans Maassen bien dégouté tire sa révérence à 30 ans, Edwig Van Hooydonck attendra le 29 avril de l'année suivante pour faire de même. Gilles Delion arrête à peu près en même temps que Van Hooydonck. L'évolution des coureurs Lotto montre aussi une vraie rupture en 1995. En 1992, Peter De Clercq remporte une étape du Tour de France. L'année précédente, il était dans le groupe de tête au Carrefour de l'Arbre quand Madiot partit vers la victoire. En 1994, De Clercq a pu porter le maillot à poids pendant plus de deux semaines sur le Tour de France (il a même accusé Virenque de lui avoir fait une offre) mais en 1995, il fallait se battre pour suivre. Il n'était même plus question de se porter en tête du peloton, encore moins de se glisser dans une échappée et donc a fortiori de gagner quoi que ce soit. Le peloton était systématiquement en file indienne. Marc Sergeant se souvient de la première étape à Lannion. Il raconte qu'à l'approche d'un sprint intermédiaire, il se trouvait à peu près à la centième place. Une seule file, il n'y avait plus moyen de remonter une seule place. Il jetait un coup d'oeil sur son compteur: 60kmh, 62kmh. Pfiouu, cela va très vite maintenant. Et eux, à l'avant, ils étaient encore capable de lancer un sprint. Et puis, lors de la fameuse étape de Liège lorsqu'Indurain attaqua avec Bruyneel dans sa roue, Herman Frison dira: "au milieu du peloton, c'était une file! Une file!" "Tu ne pouvais plus remonter, tu ne pouvais plus rien faire sinon, simplement, rester dans la roue à bloc, à bloc et suivre." "Je n'ai jamais roulé aussi vite que sur cette étape et n'ai jamais autant souffert. Tout cela juste pour suivre. C'est alors que j'ai posé la question: est-ce que tout ceci est encore normal?" Peter De Clercq résumait tout cela en disant: "C'était simplement: épingler ton numéro de dossard et attendre le moment où tu dois lacher." Tout cela pour dire que je pense que chaque année, jusqu'en 1996, une nouvelle étape était franchie.
Par Nono2956
#2702857
Ce que je voulais dire par là, c'est que, d'après moi, le dopage ne faisait pas d'un bourricot un grand champion. Oui, Moser a mis le paquet en 1984 pour battre le record de Merckx, mais je pense que son cas étant quand même isolé.

Des tas de gars se sont faits voler une carrière qui s'annonçait brillante, pour moi l'exemple c'était Gilles Delion. L'exemple que tu décris des Belges qui ne suivaient plus au milieu des années 90 est édifiant. Soit tu prenais des produits, soit tu n'avais plus aucune chance. Je comprends que dans ces conditions certains qui ne voulaient pas passer le rubicon aient préféré raccrocher, même assez jeune. A la fin de l'année, de toute façon, tu n'étais pas gardé.
Par Crabtree
#2703934
Nous ne sommes pas fondamentalement en désaccord, Nono2956. Il me semble juste difficile de croire que Francesco Moser ait gardé l'exclusivité du dopage sanguin pendant quatre ou cinq ans. Les médecins qui travaillaient autour de sa tentative en 1984 sont restés actifs dans le peloton pendant les années qui suivirent et il est fort probable qu'ils aient travaillé avec d'autres coureurs mais il est difficile de savoir qui. Nous n'avons pas de preuves, en tout cas pas à ma connaissance. Néanmoins, Peter Winnen remarquait que, vers 1986 ou 1987, certains coureurs commençaient à subitement le larguer en montagne et régulièrement quand il les dominait jusque là. Ensuite, le docteur Peter Janssen transfusait les coureurs de la PDM. Dans une interview récente, il attribuait la victoire de Steven Rooks à l'Alpe d'Huez, intégralement (ou presque) aux transfusions. C'est vrai que Rooks n'était pas un "bourricot transformé en champion" mais c'était tout de même avant tout un spécialiste de courses ardennaises devenu grimpeur. Cependant, un indice qui me laisse penser que les transfusions n'était pas tellement généralisées dans le peloton à l'époque que Janssen disait qu'il était impressionné par l'efficacité de ses méthodes. Il pensait probablement que ce serait plus dur de faire des résultats parce qu'il croyait que plus de coureurs étaient dans le même train (??). Gilles Delion est un exemple pour beaucoup parce qu'il est l'un des seuls avoir brisé un tabou, en France. Ici, en Belgique, c'est Edwig Van Hooydonck qui a fini par lancer des accusations publiques. C'était lors de la Flèche brabançonne de 1994, interview d'après course ("sa" Flèche brabançonne, il en est toujours le détenteur du record de victoires). Il attaque dans la côte d'Alsemberg (alors encore arrivée en côte) d'un groupe de 13 coureurs avant de se faire déborder par Bartoli (encore relativement inconnu), Den Bakker, Bugno et Tchmil. À l'arrivée, en des termes à peine voilés, il les accuse , au point qu'il devient un paria dans le peloton, souvent ils briseront toutes ses tentatives d'échappées. Cassani qui était le représentant des coureurs dira en substance: "Nous ne pouvons accepter les allégations de Van Hooydonck. S'il a quelque chose à dire, il lui faudra apporter des preuves." À ce moment-là, on peut comprendre que la plupart des coureurs honnêtes ne préférerons pas l'ouvrir. Même son directeur sportif Jan Raas avait reproché ces paroles à Van Hooydonck. En 2013, Christoph Vandegoor de Sporza publiait un bouquin "Wuyts en Smeets" qui rapportait une discussion entre les deux commentateurs emblématique: Michel Wuyts de Sporza et Mart Smeets, le néerlandais de la NOS. Smeets y rapportait dans ce bouquin des propos que son compatriote, Frans Maassen lui avait confié en privé à l'époque: "Je n'ai pas le droit d'en parler et je ne veux rien dire à ce sujet mais je te le dis en confiance: je me fais lâcher en côte par des coureurs qui était une demi-heure derrière moi avant. Cela ne peut plus continuer et, avec mon épouse, j'ai décidé d'arrêter."
Par Nono2956
#2704612
On est d'accord, Moser n'avait sans doute pas l'exclusivité de la recette. C'est vrai que les PDM (en particulier Rooks et Theunisse) ne traînent pas une bonne image, et pour cause, je crois que Theunisse a été contrôlé positif à 4 reprises et Rooks a avoué se doper (bizarrement en 1989 et non en 1988 quand il fait 2è du Tour...). D'ailleurs Theunisse vit depuis des années avec un pacemaker après de multiples accidents cardiques. Et puis, il y a leur retrait du Tour en 1991, personne n'était dupe!

A ce propos, un article intéressant sur le dopage dans les années 80 aux Pays-Bas, véritable laboratoire des débuts de l'EPO. De nombreux jeunes coureurs néerlandais sont morts à la fin des années 80 quand l'EPO était encore probablement mal maîtrisée et mal dosée. Le voici: http://www.liberation.fr/sports/2015/07 ... us_1341997
La molécule de l'EPO n'a été isolée qu'en 1985 donc pour Moser, ce n'était pas de l'EPO.

Je me souviens aussi de Luis Herrera qui arrête le cyclisme en 1992 et qui dira plus tard: " J'ai pris ma retraite en 1992, lorsque j'ai commencé à voir des gros culs grimper comme des avions. J'ai préféré arrêter plutôt que de subir ça.." Sinon, Pedro Delgado aurait dû être déclassé en 1988 avec la découverte dans son organisme de probénicide, un puissant masquant.

Bref, les années 80 n'étaient pas si claires que ça, même si ça n'a encore rien à voir avec les années 90.
Par Crabtree
#2705077
Je connais par coeur toutes ces théories et ne suis pas pleinement convaincu. Il y a là beaucoup de sensationalisme, d'approximation et de spéculation mais très peu de faits. En réalité, Steven Rooks a fait plusieurs aveux de dopages depuis le début de ce siècle. Dans un premier temps, il a avoué avoir eu recours à des produits dopants pendant l'essentiel de sa carrière, sans jamais parler de dopage sanguin. Ensuite, il y a eu ce reportage de Mart Smeets (suivi d'un livre) au cours duquel il reconnaissait avoir pris de l'EPO. Il y a là une grande confusion puisque ce reportage de 2009 faisait référence au Tour de France de 1989, vingt ans après, mais Rooks a bien parlé d'une découverte de l'EPO après ce Tour de France de 1989. Naturellement, il ne parlait pas de sa saison insolente de 1988 puisque le reportage était consacré à 1989. Ceux qui ont lu l'autobiographie de Rooks (ce n'est pas mon cas) rapporte qu'il reconnait avoir découvert le produit à la fin de l'année 1991. C'est plausible. En 1990, Rooks quitte PDM pour Panasonic. Le Docteur Janssen l'a suivi. Ce faisant, il rate le "train EPO" et sa saison est décevante comme le début de sa saison 1991 mais au mois d'août, le voila vice-champion du monde. Par la suite, il continuera de faire des bons résultats dans les classiques ardennaises lorsque de plus jeunes qui ne connaissent pas l'EPO ont du mal. Ensuite, nous savons aujourd'hui que le secret de la saison 1988 de Rooks n'était pas l'EPO mais bien les transfusions sanguines. Le soigneur de la PDM Bertus Fok l'a révélé pour la première fois en 2013 et a même publié ses notes de l'époque. On peut voir à côté des noms de Rooks, Theunisse et Muller: "zakjes bloed" ("pochettes de sang"),Image
ou encore "andriol" (de la testostérone). Je dois d'ailleurs me corriger puisque rien n'indique sur ces "pièces à conviction" qu'Adrie Van der Poel y ait eu recours. À côté de son nom, il est mentionné "Bentelan", donc un corticostéroïde, n'est-ce pas? C'est l'année de sa victoire à Liège-Bastogne-Liège, cela dit.
Image
Enfin, dans une sortie récente, le docteur Janssen attribue la victoire de Rooks à l'Alpe d'Huez, presque intégralement aux transfusions sanguines. Il prétend même avoir été surpris de l'efficacité de sa méthode. Néanmoins, Rooks a nié les accusations de Janssen, Theunisse n'a pas voulu faire de commentaire. Eddy Bouwmans également pointé du doigt par Janssen a nié en bloc également, tout comme Ad Krook, influent entraineur de patinage de vitesse qui aurait consulté Janssen en même temps qu'Eddy Bouwmans vers 1993.
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Par dolipr4ne
#2717746
T'es le frere de Bradounet, Crabtree? :green:

En tout cas merci pour ces histoires. Manque juste des alinéas quand tu ecris :wink:
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Par nostradamus--dans--le--bus
#2718321
Les attitudes en course, comme des coureurs qui titubent sur la pente étaient courantes dans les années 80.

10 ans plus tard on voit des gars qui semblent très frais à l' arrivée de grandes étapes de montagne, evidement ce sont les meilleurs grimpeurs mais c' est telment différent.

Les courses sont vraiment différentes, ça saute aux yeux quasiment. La vitesse des jambes parait au ralenti , ils ont tous l' air d' avoir un énorme braquet dans les années 80.
Par Crabtree
#2720714
Merci pour ces compliments, je tâcherai d'espacer mes commentaires à l'avenir. Si cela vous intéresse, je voudrais partager avec vous, ce que j'ai retenu du reportage de la série Belga Sport de Canvas au sujet des coureurs Lotto du Tour de France de 1995.

Lorsque le reportage a été diffusé l'année dernière sur Telenet, le tabloïd Humo y a consacré un article (15 novembre 2016)

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Le titre disait: "La 'génération des crêpes' revient". En photo, Sammie Moreels à La Plagne. La légende de la photo nous dit: "Au cours de ce qui aurait du être ses meilleurs années, Sammie Moreels a été expulsé par une tempête EPO"

L'article est une interview du réalisateur du documentaire Dirk Van Nijverseel. À La Plagne, le 11 juillet 1995, jour de la fête de la Communauté flamande, 4 coureurs Lotto terminent hors délais et un autre abandonne en cours de route. Lotto était la risée du monde cycliste. "Mario De Clercq et Sammie Moreels ne manquaient pas de bonnes jambes. Ils manquaient d'EPO." Van Nijverseel nous disait
Les coureurs sentaient qu'il se passait quelque chose. Certainement depuis les classiques printanières de 1995 alors qu'ils se faisaient lachés comme s'ils avaient passé l'hiver allonger sur leur divan. [...] Ce n'est qu'au soir de La Plagne, qu'ils ont parlé franchement avec Jean-Luc Vandenbroucke, leur DS, après que celui-ci les a bien engueulés. Mais il ne les a pas couru. Peut-être a-t-il fait l'autruche mais Jean-Luc Vandenbroucke est aussi devenu directeur sportif au moment où l'on ne parlait pas encore d'EPO et en ce qui concerne l'accompagnement médicale, la Lotto était largement à la traîne par rapport à l'étranger. Il n'y avait pas de docteur d'équipe [en fait si et non des moindres] et il y avait un cardiofréquencemètre que les coureurs se partagaient. Pour ce que nous pouvons en dire, ils étaient vraiment dans l'ombre.


Au sujet du fait, qu'ils étaient comme des "fainéants" et ont perdu leur contrat.
Ils ont surtout le sentiment d'avoir subi une grande injustice. Alex Zulle qui a gagné à La Plagne a ensuite été pris et sanctionné mais, entre-temps, il a gagné beaucoup d'argent grâce au vélo, alors que quelqu'un comme Rudi Verdonck a du ensuite retourner travailler. Sammie Moreels, au cours de sa première année pro, a terminé dans le top5 des deux classiques ardennaises mais dans ce qui aurait du être ses meilleures années, a été expulsé par une tempête EPO. La malhonnêteté est frappante. Plus, l'image qu'ils ont gardé de ce Tour de France, ils étaient la soi-disant "génération des crêpes". Des poules mouillées qui ne vivaient pas pour leur sport.
Le reportage n'a pas fait d'enquête sur l'affaire Landuyt-Versele qui a impliqué Mario De Clercq car le documentaire ne se voulait pas être une enquête sur le dopage mais une histoire humaine sur la façon dont ces coureurs honnêtes ont vécu ce calvaire vers La Plagne mais précise Van Nijverseel, il est clair que ce jour-là a été très dur pour Mario qui dit qu'il aurait bien troqué ce beau palmarès en cyclocross pour la carrière sur route qu'on lui a volé. Notez tout de même que cette réputation que traînaient alors les coureurs Lotto rappelle assez celle que laisseront derrière eux les coureurs français de la génération suivante, ne trouvez-vous pas?

Six des coureurs Lotto de l'époque sont intervenus dans le reportage: Marc Sergeant, Herman Frison, Sammie Moreels, Mario et Peter De Clercq (aucun lien de parenté) et Rudi Verdonck. Le directeur sportif de l'époque Jean-Luc Vandenbroucke ainsi que son assistant de l'époque Jef Braeckeveldt et le journaliste du Laatste Nieuws Roger De Maertelaere. La séquence d'introduction pré-générique vaut déjà son pesant d'or. Les programmateurs du reportage sont parvenus à retrouver des images de France TV de l'étape du lendemain avec Gérard Holtz sur la moto qui procède à une interview de Jean-Luc Vandenbroucke:
Holtz: Sur la plupart des voitures, il y a 5 ou 6 vélos de rechange. Il y a des roues. Et bien, sur la voiture de Jean-Luc Vandenbroucke qui est juste derrière moi - on va le montrer maintenant -, c'est la misère absolue. C'est le désert. Il ne reste plus que deux vélos sur la voiture. Pourquoi? Et bien tout simplement parce que Jean-Luc n'a plus que deux coureurs en course. Jean-Luc, je pense que c'est une très grande tristesse, ce qui vous est arrivé hier, en particulier. Il y a eu l'affaire Nelissen et maintenant, hier, 5 abandons.

Vandenbroucke: Je peux vous dire que, pour un directeur sportif, c'est terrible de vivre ce que j'ai vécu dans la journée d'hier. À mi-parcours, on s'en doutait déjà que l'on allait perdre 5 coureurs sur la même journée mais ça, c'est vraiment catastrophique.

Holtz: Ils étaient malades?

Vandenbroucke: Malades? euh, je ne peux pas dire qu'ils étaient malades. Je pense qu'ici, c'est tout simplement le drame du cyclisme belge.
Il faut tout de même oser dire "le drame du cyclisme belge" (si on part du principe que Vandenbroucke était parfaitement au courant de ce qui était en train de se tramer).

Je n'ai pas le temps d'en dire plus pour le moment mais je peux continuer si vous le souhaitez.
Dernière édition par Crabtree le 09 déc. 2018, 21:25, édité 1 fois.
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Par loloherrera
#2720725
Ah si, continue, c'est très intéressant...et ça fout mal à l'aise à la fois.On suit quand même une discipline qui a des moeurs très spéciales :ouch:
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Par gradouble
#2720921
Oui très intéressant. D'ailleurs je m'en rappelle très bien.
Thévenet qui s'amusait à dire dans les étapes suivantes "tiens, l'ensemble de l'équipe Lotto est présente dans le grupetto" en voyant les 2 coureurs concernés.

Et dire qu'à l'époque je regardais tout ça avec mes yeux candides d'adolescent :mouchoir:

Et pour revenir aux PDM, c'est vrai qu'en regardant certaines vidéos des étapes de montagne des tours 88 et 89, les mecs sont impressionnants de facilité (on reconnait facilement les 2 grandes blondes à l'avant des pelotons, menant un train plus que soutenu).
Je pense aussi au Ronde de 1988 avec des PDM partout qui sur-dominaient la course. Il aura fallu toute la malice (la roublardise?) d'Eddy Planckaert pour les défaire.
Par pampiladuche
#2721030
4 PDM ( Dhaenens, Van der Poel ,Rooks et Theunisse jamais vu à ce niveau) sur le RVV 88 dans un groupe de 8/9 coureurs , ça équivaut à la FW de 1994 avec les Gewiis ou les 7 Festina dans un groupe de 16 sur le TDF 97... :pt1cable: :twisted: :paf-mur: :carton:

Sinon Crabtee , continue oui, c'est vraiment sympa, n'hésite pas. :super: :applaud:
Par Crabtree
#2721687
Alors, le documentaire est, brièvement, revenu sur les premières années Lotto, équipe créée en 1985 dans le but de former de jeunes coureurs belges (façon Sport Vlaanderen maintenant) à une époque où le cyclisme belge connaissant déjà un sérieux déclin par rapport aux années Merckx. Marc Sergeant était en quelque sorte un capitaine de route pendant 3 ans. Vers 1990, bien qu'officiellement toujours une équipe formatrice, l'équipe s'est nettement renforcée. Entre-temps, Peter De Clercq et Sammie Moreels ont fait leur début chez les pros, ainsi que Rudi Verdonck mais qui était de son propre aveu et à l'évidence même, nettement moins doué.

Peter De Clercq est passé pro en 1988 et directement visait le classement de la montagne du Tour de Suisse, ce qui faisait rire tous ses équipiers mais, au final, il a gagné ce classement, lui qui était tout sauf un grimpeur. C'est Peter De Clercq tout craché, le chasseur de classements annexes. Jean-Luc Vandenbroucke (qui ne l'aimait pas du tout, cela se sentait pendant le reportage) disait:
classement par points, classement de la montagne, il mélangeait tout. Du moment qu'il pouvait monter sur le podium, il était content. Mais pour un sponsor, c'est important.


Peter avait une boutade au sujet de son obsession des maillots distinctifs. Comme il était d'une famille modeste, ses parents n'avaient pas de machine à laver et il fallait laver ses vêtements à la main. Dès lors, il était intéressant pour lui de, tous les jours, recevoir un nouveau maillot bien propre qu'il ne fallait pas laver, en plus de la prime qui va avec. Un jour, il avait également remporter un sprint bonus sur une étape du Tour du Luxembourg, pour un mouton. Il voulait récupérer ce mouton chez lui. Braeckeveldt le prenait pour un fou. Le mouton a passé une nuit dans le bus et ils l'ont revendu.

Ensuite, Peter De Clercq a connu son jour de gloire lors de l'avant-dernière étape du Tour de France 1992 (quand c'était toujours possible): https://www.youtube.com/watch?time_cont ... VcPpnYyTQs et aura porté le maillot à pois sur le Tour de France, notamment en 1994, pendant 17 jours. Il accuse d'ailleurs Virenque de lui avoir fait une offre pour le lui reprendre, offre qu'il prétend avoir refusé. Et il portait ce maillot à pois pendant le contre-la-montre par équipe. Il y avait alors une côte répertoriée dans les 5 derniers kilomètres environ. Pendant 30 kilomètres, Peter n'a pas relayé ses coéquipiers et une fois qu'arriva ladite côte, il a laché tout le monde, avec son maillot à pois. Jean-Luc Vandenbroucke était furieux. Sur les classiques, Peter De Clercq n'a jamais vraiment brillé si ce n'est au cours de ce Paris-Roubaix de 1991 où il fait partie des 6 coureurs qui se sont présentés en tête au Carrefour de l'Arbre où Marc Madiot a placé son démarrage décisif. Il y avait là également Wilfried Peeters (pas encore chez Lefevere), John Talen, Franco Ballerini et l'autre Lotto Hendrik Redant qui était parti seul mais rattrapé par le groupe sur crevaison. Peter terminera 13ième.

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Sammie Moreels est passé pro en 1989, plus tard que Peter De Clercq parce qu'il n'était pas vraiment prolifique chez les amateurs du fait qu'il devait travailler car lui aussi issu d'une famille plutôt pauvre. Il était mécanicien dans les usines Volvo à partir d'aout 1985 (il allait sur ses 20 ans). Il dut dès lors arrêter un temps le vélo mais lui est revenu ensuite et devait alors s'entraîner jusque 22h30 tous les jours avec les phares, après le boulot. Le fait qu'il n'ait pas été prolifique en amateur ne signifie pas grand chose car dans ces rangs-là, la qualité prévalait. Il a gagné une étape du Circuit de la Sarthe en tant qu'amateur en 1988 dans une course "open", donc ouverte aux professionnels où il battait des coureurs de Système U ou Hitachi (et si je ne m'abuse, des coureurs de l'Est?), ce qui valait bien une vingtaine de kermesses, disait-il. Tout ceci, je ne l'ai pas découvert dans le reportage Belga Sport mais un vieux reportage de 1989 trouvé sur Youtube (en néerlandais): https://www.youtube.com/watch?time_cont ... HQCUPslzN8

Cette interview suivait de peu ses premiers grands résultats chez les pros (souvenez-vous qu'il était néo-pro!): 4ième de la Flèche wallonne et 5ième de Liège-Bastogne-Liège. À ce sujet, Jean-Luc Vandenbroucke disait dans le récent reportage Belga Sport:
Je me souviens de ses résultats et je me souviens que je me suis dit: "maintenant, j'ai entre les mains un bon bon coureur, je dois tout faire pour le garder et qu'il reste dans l'équipe". Aujourd'hui, un jeune coureur, faire les mêmes résultats que Sammie Moreels, alors là, il aura des offres à gauche et à droite. Il va déjà pouvoir monnayer les prestations.
Jef Braeckeveldt:
Sammie Moreels avait une classe incroyable. Aujourd'hui, si un coureur fait 20ième de la Flèche wallonne et 15ième de Liège-Bastogne-Liège, on dit que c'est une grande vedette pour l'avenir. Lui, il faisait 4ième à la Flèche wallonne et 5ième à Liège-Bastogne-Liège et c'était tout ce qui a de plus normal. Et il était néo-pro.
Moreels est deuxième sur l'image ci-dessous. Il s'agit de cette Flèche wallonne. Son équipier Wim Van Eynde devant lui termine troisième derrière le regretté Claude Criquiélion et Steven Rooks. Marc Madiot dans le fond de l'image termine 5ième.

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Ensuite, Sammie Moreels est, par exemple, 9ième du Tour de Lombardie de 1991 où il a manqué de peu la bonne échappée. Il remporte le Trophée Laigueglia en 1992 en alignant au sprint Andrea Ferrigato et Frédéric Moncassin, excusez du peu. C'est peut-être sa plus belle victoire. https://www.youtube.com/watch?v=ucDatStINU8
Sur le Tour de France de 1992 il est battu par le surpuissant et surprenant Rob Harmeling de la TVM: https://www.youtube.com/watch?v=i5Uom7Vg3_c&t=110s

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Brièvement, le reportage est revenu sur le transfert d'Andreï Tchmil en 1994 et sur sa victoire à Paris-Roubaix. Il était sans doute le seul coureur Lotto a faire des résultats de 1994 à 1996 mais Peter De Clercq ne l'appréciait guère
Il était présent sur toutes les courses mais était aussi très exigeant. C'était un coureur très ambitieux. Il ne pouvait pas supporter que tu [ses équipiers] sois bon. S'il voyait que tu étais bon, il t'envoyait chercher un imperméable alors que le soleil brillait.
. Et puis donc cette fameuse saison 1995 où dès le début, les choses ont changé dans le peloton. Rudi Verdonck disait:
C'était comme si tout l'hiver, j'étais resté allongé sur mon divan et quand je retourne dans le peloton professionnel, je suis largué. Cela, ça serait normal. Et bien, c'est exactement ce que nous avions vécu. Nous ne le sentions pas spécialement mais nous étions bien constamment dans le rouge.
Les docteurs sportifs italiens ont transformé le cyclisme de folklore en science disait le présentateur du reportage. Le peloton semble s'emballer, soi-disant une conséquence de nouveaux schémas alimentaires et de l'entrainement par cardio-fréquencemètre. Mais il n'y avait qu'un seul cardio pour toute l'équipe et les autres équipes belges comme Collstrop ou Asfra ne pouvaient naturellement pas se le permettre au contraire de la Mapei GB (on nous montrait alors des images d'archives d'un stage de la Mapei avec Museeuw qui jouait avec son cardio. Je me souviens très bien de ce reportage-là. Museeuw nourrissait alors de sérieuses ambitions sur Milan-Sanremo).

Herman Frison admettait, cependant, qu'à ses débuts, on ne faisait pas trop attention à son alimentation. Ils n'était pas des poids légers. Le matin, ils mangeaient encore des steaks et spaghettis mais, en 1995, tout cela a été évacué. Peter De Clercq ajoute que c'était pareil pour les croissants. Jean-Luc Vandenbroucke se levait un quart d'heure à l'avance et retirait tous les croissants.

Bref, les coureurs Lotto sont abonnés aux dernières places des classements en 1995. Lors de Liège-Bastogne-Liège, Rudi Verdonck termine déjà hors-délais dans un gruppetto à 31'57" de Mauro Giannetti avec entre autres Alvaro Mejia, Edwig Van Hooydonck, Michel Dernies et Gilles Delion, alors qu'en 1994, il terminait encore dans les délais à "seulement" 19' de Berzin, l'année précédente.

Tout cela nous mène à ce fameux Tour de France de 1995 mais j'y reviendrai plus tard.
Par zwhisop
#2721876
le ver dans le fruit l image se brouille .Armstrong le pire surtout, le meilleur parfois.Le cataclysme mondial 98 festina
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Par Coeur-de-Lyon
#2721900
zwhisop a écrit :
08 déc. 2017, 14:57
le ver dans le fruit l image se brouille .Armstrong le pire surtout, le meilleur parfois.Le cataclysme mondial 98 festina
Tu parles de la victoire de Camenzind ou des footballeurs champions du monde ? :siffle:
Par Crabtree
#2723504
Le Tour de France avait déjà mal commencé pour les Lotto avec la grave chute de Rudi Verdonck lors de la première étape Dinan-Lannion. Une dent d'un plateau a percé sa chaussure pour atteindre son tendon d'achille, avec toute la graisse de la chaine qui se retrouvait sur sa terrible blessure. Malgré tout, il est resté en course sous la pression de Jean-Luc Vandenbroucke.
"il faut avec ton caractère..." ** me disait-il. J'avais un assez mauvais caractère. [...] Si seulement, je pouvais revenir en arrière. J'ai mis toute ma carrière dans le pétrin à cause de cela. C'était bien mieux de prendre la voiture, l'avion et rentrer à la maison, hein. Je ne l'ai pas fait. Pour Monsieur Vandenbroucke. La pire connerie que j'ai jamais faite de ma vie.
** Verdonck prononce ces mots en français pour imiter Vandenbroucke.
Jean-Luc Vandenbroucke fait amende honorable:
Les cyclistes sont des gens qui sortent ... ce sont des gens hors normes. Quand j'ai vu Rudi repartir avec quelques recousures à vif. Ce sont vraiment des gens exceptionnels.
Un détail a cependant retenu mon attention lors du récit de cette grave chute. Le médecin qui a traité la blessure de Rudi Verdonck n'est autre que le fameux Geert Leinders, alors, effectivement, médecin officiel de la Lotto. C'est pourquoi j'ai dit plus haut qu'ils avaient bien un médecin et non des moindres, le futur médecin de la Rabobank et un temps de la Sky, exclu à vie par l'USADA. Ce fait est apparu lorsque les programmateurs du reportage ont montré une vieille coupure de journaux mais jamais oralement le nom de Geert Leinders n'a été cité au cours du reportage.

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Rudi Verdonck: chute et recousure

À une dizaine de kilomètre de l'arrivée, le sprinter italien [Giuseppe] Citterio a touché l'asphalte, ce dimanche. Notre compatriote Rudi Verdonck a fait une pirouette au-dessus de lui. Les deux coureurs ont pu poursuivre leur chemin, non sans quelques grimaces.
Verdonck a terminé l'étape avec une blessure superficielle à la cheville et une rupture du tendon d'achille, touché par un plateau. Le médecin de la Lotto s'est vu obligé de recoudre la blessure.


On peut tirer les conclusions que l'on veut de cette information. Soit, les coureurs Lotto se dopaient comme tout le monde grâce à Leinders, soit Leinders ne dopait pas encore ses coureurs. Il le fera à la saison suivante avec la Rabobank, par contre. D'après un coureur anonyme de la Rabobank de 1996, ce n'est qu'en mai de cette saison-là que les coureurs de Jan Raas ont découvert l'EPO. Article de Thijs Zonneveld pour NRC: https://www.nrc.nl/nieuws/2013/01/21/te ... g-a1437987 La campagne de classiques des Rabobank avaient été catastrophique pour la Rabobank et Raas a piqué une crise. Le sponsor n'était pas satisfait et il fallait faire quelque chose. Leinders les avait pris un par un et a expliqué ce qu'était l'EPO, l'hématocrite, quels étaient les dangers, les avantages et les effets secondaires. Lors du Tour de France de 1996, les Rabobank avait pris de l'EPO pour la première fois, avec modération. En plus, ils prenaient de la testostérone et si je ne m'abuse, ils ont remporté deux étapes avec Boogerd et Sörensen.

Pour en revenir aux Lotto de 1995, Mario De Clercq se souvient:
Je pense avoir été le dernier pion qui pouvait prendre le départ mais à une condition. Je devais certainement terminé. Je n'ai jamais oublié ça. Je pensais en même: "Mais Jean-Luc, enfin, tu sais quand-même bien que c'est impossible".
Lors de la première étape, Marc Sergeant s'est souvenu (commentaires que j'ai déjà cités, je crois):
Il y avait un sprint intermédiaire sur cette étape [...] Je me souviens que j'ai jeté un coup d'oeil sur mon compteur. 60kmh, 62kmh. Pfiouu! À ce moment-là, je ne pouvais plus remonter d'une place dans le peloton, ce n'était plus possible et devant toi, il y avait une file de cent coureurs car tu étais à peu près le centième. Et à l'avant, ils commençaient encore à lancer le sprint. Alors, tu avais le sentiment que pfiou, ça va très vite maintenant.
Des images d'archive de cette étape nous montrent un Peter De Clercq pas vraiment dans son assiette après avoir franchi la ligne et qui dira (donc interview de l'époque)
J'ai l'air d'avoir 5 ans de plus aujourd'hui, hein. Pas bon, pas bon, pas bon!

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Il y eut ensuite le contre-la-montre par équipe que les Lotto terminent dernier, bien sûr, à presque six minutes de la Gewiss. Marc Sergeant n'était pas bien et ne repartira pas. Vandenbroucke, comme d'habitude, a engueulé ses coureurs. Ensuite, Wilfried Nelissen a du abandonner, conséquence d'une chute, provoquée par Sammie Moreels. Vous, en France, aurez sans doute retenu cette chute car elle a fait perdre à Jalabert son maillot jaune mais pour les Lotto, ce sera le retrait du seul coureur qui aurait pu remporter une étape. Moreels explique qu'il a chuté sur un rond-point (c'est un bon terme en français de France?) mais que sur le roadbook, il n'était pas prévu qu'il y avait une sérieuse descente peu de temps avant. Du coup, ils arrivaient là à du 70kmh environ et qu'il était le seul coureur de l'équipe qui pouvait se pointer en tête du peloton pour emmener le sprint pour Nelissen. Nelissen lui-même ne lui en a pas tenu rigueur. Ce n'était pas de sa faute.

Nous en arrivons à la fameuse étape Charleroi-Liège empruntant quelques côtes ardennaises dont le Mont-Theux ou Indurain attaqua rattrapant Bruyneel qui resta bien calé dans sa roue pour protéger ses leaders de la Once. Bien sûr Bruyneel coiffe Indurain au sprint. La moyenne horaire de l'étape: 42,257kmh pour un tel parcours impressionna Marc Vanlombeek qui commentait en direct pour la BRTN. Peter De Clercq a résumé cette étape de façon cinglante:
C'était épingler ton dossard et attendre le moment où tu décroches
Herman Frison:
La plus grande moyenne horaire que j'ai faite, c'était l'étape de Liège. Au milieu du peloton c'était une file. Une file! Tu ne pouvait tout simplement rien faire. Tu ne pouvais pas gagner une place. Rien sinon rester dans les roues à bloc, à bloc et suivre.
Peter De Clercq:
Il s'agissait de s'accrocher du début jusqu'à la fin. Enfin, à la fin, tu n'es même plus là. Au début, tu t'accroches et quand le vrai final commence, tu es largué. J'étais habitué à contribuer à "faire" la course. C'était également un de mes points forts. Alors que là, tu vois ces gars-là venir te battre sur ton terrain, là où, jadis, façon de parler, tu les "poussais" [dans leurs derniers retranchements].
Mario De Clercq:
Je pense que nous étions tous tout simplement dans la mauvaise équipe. Je pense que Sammie [Moreels] était tout aussi bon que Bruyneel. Cela j'en suis à 100% convaincu. C'était l'une des étapes où j'ai le plus souffert de toute ma carrière, oui.


Herman Frison:
Je n'ai jamais roulé aussi vite que sur cette étape et n'ai jamais autant souffert. Juste pour suivre. Pour suivre! Et c'est alors que j'ai posé la question de savoir si tout ceci était encore bien normal.
Mario De Clercq:
Quand tu vas te coucher le soir et que tu prends ton pouls, tu as déjà tout compris, hein. Parfois, tu es juste content de pouvoir te réveiller le lendemain hein, sur le Tour de France. Oui, c'est ainsi.
Rudi Verdonck:
Je ne sais pas à quel kérosène ces gars-là marchaient mais c'était un peu anormal en ce temps-là, hein.
Peter De Clercq:
Mais nous disions toujours à Jean-Luc et à Jef: "Ce n'est pas normal. Ce n'est pas normal. Il se passe quelque chose".
Marc Sergeant:
Mais je pense que Jean-Luc était très naïf. Il disait toujours quelque chose comme "mais ce n'est pas ça les gars. Vous ne vous entrainez tout simplement pas assez. Tel coureur en fait plus. Tel autre en fait plus.
Rudi Verdonck:
Je suis sûr à quasi 200% que Jean-Luc était parfaitement au courant de ce qui se passait.
Jean-Luc Vandenbroucke:
J'étais dans ma bulle mais je n'ai pas vu ce phénomène arriver au niveau médical. Je ne l'ai pas vu arriver. Mais sinon, il n'y a jamais un coureur qui est venu me voir en disant: "Jean-Luc, il se passe quelque chose dans le peloton".
Marc Sergeant:
Et il a été prouvé que cela faisait quelque chose. Vous avez toujours eu des coureurs qui étaient plus doués que d'autres mais là il y avait une vague dans laquelle, précisément, tout le monde était meilleur et au cours des années au sujet desquelles nous parlons, en ce moment, oui, je pense qu'une grande partie du peloton roulait avec.
Peter De Clercq:
Tout simplement, après l'arrivée, j'ai vu deux docteurs d'autres équipes qui se félicitaient. Et nous, en tant que Lotto, n'avions personne. (rit jaune)
Mario De Clercq:
Nous y avons souvent pensé et en avons beaucoup parlé mais, bien sûr, dans les chambres parce qu'il fallait aussi de tenir compte du fait que des coureurs d'autres équipes qui, eux, faisaient des résultats étaient également des amis à nous.


J'évoquerai l'étape de La Plagne, plus-tard.

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